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1er article 


Marie-louise, Anne et Marie Neyssensas

Enfants assistées sous la Troisième République


La marque, une aide à retrouver son enfant,

Un enfant assisté en 1880 en Périgord (Ad-33FI-690)



Nous allons retracer le parcours de trois jeunes filles Neyssensas nées de père inconnu entre 1876 et 1884.

Sans oublier de mentionner de nombreux patronymes d’enfants assistés, leurs parcours douloureux et chaotiques dont le souvenir s’est peu à peu estompé.


Le statut d’enfant assisté (e)

Les Archives départementales de Haute-Vienne résument parfaitement les différentes évolutions du statut d’enfant assisté, du 16ème siècle jusqu’à 1904.

Avant la Révolution, la prise en charge des enfants en dehors du cadre familial n'est pas clairement définie. Leur assistance est laissée au pouvoir seigneurial, aux communautés religieuses voire aux communautés d'habitants.

Au 16ème siècle, les hôpitaux généraux, d'abord créés pour prendre en charge les vagabonds et les mendiants, s'occupent peu à peu des enfants trouvés.

En 1638, Saint-Vincent de Paul crée l’œuvre des Enfants trouvés.

1669 : A Périgueux, l’hôpital de la Manufacture accueille les pauvres et les orphelins.

 


Anne et Marie Neyssensas, dont les parcours sont développés quelques pages après, se rendirent régulièrement à l’hôpital de la Manufacture entre 1880 et 1897, hôpital dans un état sanitaire extrêmement précaire tout au long du 19ème siècle, ainsi, la ventilation est insuffisante dans le dortoir des enfants assistés. En réalité, l’hôpital est essentiellement un lieu d’hébergement pour les indigents, les invalides et les enfants abandonnés où les préoccupations médicales n’ont pas leur place. En 1885, une épidémie de variole a pour origine un malade de l’hospice. La municipalité de Périgueux déclare la situation en centre-ville un danger permanent d’épidémie.

L’hôpital est démoli en 1955 lors de la réhabilitation du quartier Sainte-Ursule.


Un autre hôpital :

L’hôpital Sainte-Marthe, créé en 1643, encore appelé Hôtel-Dieu, Maison-Dieu ou Hôpital Brunet situé au bord de l’Isle tout près de l’actuel « moulin de Saint-Front » est réuni en 1701 à l’hôpital de Manufacture et fonctionnera jusqu’à la Révolution.



Au 19ème siècle, il n’y a plus qu’un hôpital à Périgueux.

 

En 1793, le secours aux enfants assistés est pris en charge par la République. Une série de lois et de mesures sont prises au cours de la Révolution. La loi du 28 juin 1793 déclare les enfants abandonnés « Enfants de la Patrie ».

A Léguillac de l’Auche, le 23 fructidor An II, Isabeau, fille de la Patrie âgé d’1 an décède à la Croze, le 15 brumaire, An IV, une fille de la Patrie âgée de 18 mois, originaire de Saint-Aquilin, décède à Girondeau.

Le maire de Léguillac, Nicolas Labrue, en l’An VI, prend les fonds destinés aux nourrices des enfants de la Patrie dans le canton.

En 1811, par décret impérial, chaque département crée un service des enfants abandonnés et trouvés. Un hospice par département doit pouvoir les accueillir au moyen d’un « tour ».

Le tour de l’hospice de Bordeaux, par exemple, « se composait d’une barrique vide dont on avait scié dans le sens vertical près de la moitié des douves, de façon à conserver intacte la partie inférieure. La barrique était montée sur un pivot central. Un autre pivot la maintenait dans sa partie supérieure et c’est ainsi qu’elle pouvait tourner facilement sur elle-même. Elle était placée juste derrière la façade principale de la maison et communiquait avec l’extérieur par une large baie circulaire pratiquée dans le mur, à hauteur d’appui. A travers cette ouverture on passait l’enfant que l’on déposait dans la barrique. On faisait ensuite pivoter celle-ci, on sonnait et la sœur venait prendre le petit abandonné dans la sinistre machine ». Réf : Enfants trouvés et abandonnés de la Gironde - 19ème siècle.




Le tour de Macon

En 1811, à Léguillac de l’Auche, Sicaire Bouthier découvre attaché à la porte de l’église, « un enfant vêtu d’un mauvais coussin et de quelque peu de linge », un billet indique qu’il « sera réclamé dans quelques temps ». L’enfant prend le prénom d’Antoine et sera remis à l’hospice de Périgueux, son destin est inconnu après ce triste mois d’octobre 1811.

Le même Sicaire Bouthier, sonneur de cloche après son office, « a trouvé dans la porte de l’église, dans un mauvais panier, un enfant vêtu de quatre mauvais morceaux d’étoffe », l’enfant est nommé Jean Annibal puis remis à l’hospice de Périgueux.

En 1823, Eugène Joseph de l’hospice de Bordeaux décède à Jalabrou.

En 1839, l’Inspection départementale permanente des enfants assistés est créée en Dordogne.

En 1849, l’Assistance publique est créée dans chaque département. Les enfants assistés deviennent « pupilles de l’Assistance publique ».

En 1869, un dossier individuel doit être tenu pour chaque enfant pris en charge. Il doit contenir des renseignements sur son état civil, sa filiation (si elle est connue) et l'ensemble des documents sur le suivi de l’enfant jusqu’à la fin de la tutelle (placements, scolarisation, apprentissages, comportement général, état de santé...). L’inspection devient un corps de fonctionnaire.

Réf aux Archives de Périgueux - Registres de tutelle (suivi des enfants de 12 à 21 ans placé(e)s chez des patron(e)s, 1850-1900) : 3 X 217 à 226.

En 1869, Charles Rongieras de Caroly déclare le décès de la petite Gertrude Hurlot qui bénéficiait « en sa qualité d’enfant de fille-mère d’un secours départemental ».

C’est à l’intérieur de ce cadre que s’inscrivent Anne, Marie et Marie-louise Neyssensas, nées respectivement en 1876 à Saint-Germain du Salembre, 1880 à Saint-Astier et 1884 en un lieu inconnu.

En 1904, de nouvelles lois redéfinissent les catégories d’enfants assistés. La tutelle des pupilles est confiée au Préfet.


Les catégories d'enfants assistés

Avant 1811, les enfants assistés sont majoritairement des nouveaux nés. C'est seulement à la Révolution que l'assistance est progressivement étendue à tous les enfants. Il n'existe alors qu'une catégorie « les orphelins et enfants trouvés ».

A partir de 1811, trois catégories sont définies :

Les enfants trouvés : nés de père et de mère inconnus. Ils ont été exposés ou portés au « tour » des hospices destinés à les recevoir. En 1823, les enfants des indigents traités ou admis dans les hospices ainsi que les enfants dont les parents sont détenus ou condamnés sont rattachés à cette catégorie :

Les enfants abandonnés : nés de père et de mère connus et d'abord élevés par eux (ou par d'autres personnes à leur décharge), en sont délaissés, sans qu'on sache ce que les père et mère sont devenus et sans qu'on puisse recourir à eux ;

Les orphelins pauvres : ils n'ont plus ni père ni mère et n'ont aucun moyen d'existence.

En 1889, la loi du 24 juillet ajoute une quatrième catégorie :

Les enfants maltraités ou moralement abandonnés : leurs parents sont déchus de leurs droits par le Président de la chambre du conseil du tribunal du domicile après enquête demandée par le Procureur de la République. Les enfants sont confiés à l'Assistance publique, à des associations de bienfaisance ou à des particuliers jouissant de leurs droits civils.

Les registres matricules des enfants abandonnés, enfants de condamnés, enfants trouvés et orphelins pauvres ainsi que les registres de tutelle de la sous-série 3 X (Assistance publique - service des enfants assistés - hospice de Périgueux) sont aujourd’hui numérisés et mis en ligne.

Si le sort des nourrissons et des enfants placés est de partager la misère des catégories les plus défavorisées de la population rurale, quelle que soit la qualité des nourrices, beaucoup de très jeunes enfants ne survivent pas au-delà des premiers mois comme on le constate, par exemple, à la lecture des registres d’état civil de Saint-Martin de Ribérac ou de Léguillac de l’Auche.

Le statut des survivants n’est guère différent de celui des jeunes de leur âge dans un monde rural où les conditions de travail restent difficiles pour subsister.


Le statut des « survivants »

L’enfant assisté peut, soit rester dans une famille gardienne ou bien être reçu dans une famille qui « passe une soumission » et s’engage « à le nourrir, l’élever, le soigner gratuitement jusqu’à la majorité ».

L’enfant à l’adolescence doit compenser par son travail les frais qu’il occasionne. En conséquence, bien souvent l’enfant est placé comme domestique chez des agriculteurs, souvent à la garde des bêtes ou à l’entretien de l’habitation.

En 1862, des dispositions règlementaires stipulent que l’enfant de moins de 12 ans doit fréquenter une école. On donne ainsi pour incitation une prime à la famille pour compenser la perte de service que rend l’enfant par son travail. Les enfants entre 12 et 15 ans peuvent être mis en apprentissage, et à partir de 15 ans, rémunérés pour leur travail tout en bénéficiant d’un contrat d’engagement.

En ce qui concerne les filles il faut attendre 1867 afin que les communes soient dans l’obligation d’entretenir une école de filles.

La loi de 1882 a permis à tous les enfants de bénéficier d’une école gratuite et laïque.


Anne, Marie et Marie Louise Neyssensas,

enfants assistées entre 1876 et 1897

Les registres de tutelle nous aident à mieux connaitre la population de mères célibataires mais pas seulement :

Aujourd’hui, le terme de fille-mère désigne une adolescente menant une grossesse à terme. Au siècle dernier, il s’agissait de toute femme ayant un enfant hors mariage. La grossesse d’une mère célibataire au 19ème siècle est synonyme de rejet social, elle préfère en général cacher sa situation.

Le plus souvent, l'enfant est inscrit sur les registres paroissiaux au nom et prénom de la mère.

Découvrons le parcours de vie de trois jeunes filles assistées, deux originaires de Dordogne et l’une de Gironde. Le registre de tutelle pour la période 1876-1882 est référencé aux archives de Périgueux - 3 X 224. En ce concerne l’enfant originaire de Gironde, le registre n’est pas en ligne.





 

Anne Neyssensas

Anne est née le 28 septembre 1876 à 8 heures du matin au village des Termes à Saint-Germain du Salembre. Anne est fille d’Anne Neyssensas, 23 ans cultivatrice, domiciliée au Terme et de père inconnu. L’enfant est déclaré par « Pierre Eclancher, 39 ans, beau-frère de l’accouchée domicilié au Terme », en présence de Jérôme Barrière, 68 ans et Jean Barrière, 28 ans tous deux marchands domiciliés dans le bourg. Le déclarant ne sait signer.

Retraçons le parcours d’Anne, mère de l’enfant assistée :

Anne est née le 15 septembre 1853, lieu-dit Barbeau à Saint-Aquilin,  des mariés Jean Neyssensas et Isabeau Rapnouilh, colons. Jean, 42 ans, déclare l’enfant. Les témoins et le déclarant ne savent signer.

Jean Neyssensas est descendant de Martin et Isabeau Dalesme, de Jacques et Guline Garreau, de Martin né en 1707, décédé en 1787, époux d’Aquiline Garreau, cultivateurs et voituriers à Tamarelle, paroisse de Saint-Astier tous descendants de Charles né aux Granges à Léguillac de l’Auche.


Les parents d’Anne se marient le 30 janvier 1842 à Saint-Aquilin.

Les recensements, référencés 6 M, complètent notre connaissance des familles Neyssensas et peut-être des raisons des délaissements d’Anne et Marie.

Le recensement de la population consiste en un dénombrement exhaustif des habitants complété par le recueil de certaines caractéristiques sociologiques (situation familiale), géographiques (lieu de domicile, lieu de travail) ou socio-économiques (activité professionnelle).

En 1822, une ordonnance royale confirme une périodicité quinquennale des recensements toutes les années terminées par 1 et par 6. Pendant plus d’un siècle, cette règle est scrupuleusement respectée avec seulement des modifications contraintes par des situations de guerre.

En 1856, le recensement de Saint-Aquilin ne mentionne pas la présence d’Anne née pourtant en 1853, est-elle placée en nourrice ? est-ce une omission, en effet, il n’est pas rare de rencontrer des erreurs et omissions dans la reconstitution des familles et dans l'exploitation des listes nominatives de population. Il sera nécessaire, dans certains cas, de vérifier l’Etat civil quant à l’âge et au prénom.

En 1856, le foyer est composé de 9 membres. Jean Neyssensas, 44 ans, son épouse, Isabeau Rapnouilh, 32 ans, Jean, 12 ans, Sicarie, 8 ans, Jean, 2 ans, Sicarie, 1 ans, Rapnouilh Jean, frère d’Isabeau, 36 ans, et son fils, Sicaire, 4 ans. Une enfant trouvée de l’hospice de Périgueux, nommée Marie Samol, âgée de 16 ans, apporte une aide en tant que domestique. La grande habitation est la seule maison des Barbeau.

En 1861, Anne 8 ans est citée, ses parents, frères et sœurs, les Rapnouilh soit 10 personnes. Une autre famille est à présent au Barbeau, les Dumonteil, 6 membres sont logés, ou : dans l’une des parties de la grande habitation ou dans une habitation nouvellement construite. En 1973, on remarque plusieurs corps de maison imbriqués….

En 1866, les Dumonteil sont 6, les Neyssensas, 9 dont Anne 13 ans. L’épouse de Jean, Isabeau Rapnouilh née à Mensignac en 1823 est décédée le 25 décembre 1863 au Barbeau à l’âge de 40 ans, peu de temps après la naissance de son dernier enfant, Jean-Baptiste né le 29 septembre 1863 et décédé le 9 septembre 1864. L’enfant est cependant cité par erreur sur le recensement de 1866 âgé de 3 ans.

Le 7 février 1866, peu de temps avant le recensement, Jean, colon, se remarie avec Marie Gasquet née à Redondie - Saint-Astier le 17 mars 1836. Marie décède le 26 janvier 1880 au Barbeau. Le couple donna naissance à au moins 5 enfants entre 1866 et 1879.

Jean, le père d’Anne décède le 4 février 1882 après au moins 40 ans de vie au Barbeau, sous bail à colonage passé avec le propriétaire de la maison des Barbeau.

Le recensement en 1876 ne mentionne plus car Anne âgée de 23 ans est domiciliée à présent à Saint-Germain du Salembre.

Caractérisée par un âge relativement jeune, 23 ans à la naissance de sa fille, Anne est cultivatrice, statut social un peu plus élevé que la plupart des mères célibataires de l’époque.

Anne a-t-elle été séduite puis abandonnée ? la naissance de la petite Anne ne sera jamais légitimée par mariage.

1ère hypothèse :

1874 : Anne, 21 ans à sa majorité quitte ses parents et Saint-Aquilin pour rejoindre l’une de ses sœurs, Anne, 29 ans épouse de Pierre Eclancher, 39 ans cultivateur au village de Terme à Saint-Germain du Salembre.

2ème hypothèse :

1876 : Anne, mère célibataire est obligée de quitter ses parents, ses frères et sœurs, à la naissance d’Anne, fille de père inconnu. Peut-être a-t-elle été rejetée lors de sa maternité, le couple, colon ne pouvant assumer financièrement une bouche à nourrir supplémentaire. L’état civil confirme ce rejet. Aucun membre de la famille Neyssensas n’est présent lors de l’inscription de la petite Anne sur le registre d’état civil.

Anne, qualifiée de cultivatrice est accueillie par Pierre et sa sœur. Leur statut social de cultivateur permettra d’aider Anne de manière relativement provisoire. La petite Anne nait au Terme dans la maison du couple.



L’habitation de Saint-Germain du Salembre abrite 6 personnes, Pierre et son épouse, ses deux enfants, Marie, 7 ans et Louis, 1 an, ainsi qu’Anne, mère de la petite Anne, 3 mois.

Une autre famille est présente au Terme, les Delage, avec Marie Fargeot, cultivatrice, 58 ans, son fils Jean Delage, 32 ans né à Saint-Astier et sa sœur Marguerite Delage, 28 ans qualifiée « d’idiote » par le recenseur, dans la rubrique observations.

Dans le même temps, au Barbeau, la famille s’est agrandit avec deux jeunes filles, Marguerite, 8 ans et Marguerite 2 ans, nées du remariage de Jean, 65 ans avec Marie Gasquet, 41 ans. 4 enfants de Jean sont encore présents, Jean, 33 ans, autre Jean, 26 ans, autre Anne, 19 ans et Rose, 16 ans. L’habitation compte 8 personnes. Jean n’est plus qualifié de colon mais de cultivateur, est-ce une erreur ?

En 1881, Anne et sa petite fille Anne ne vivent plus au hameau de Terme. Anne la mère a quitté Saint-Germain pour un lieu inconnu, aucun généalogiste ne mentionne son mariage ou son décès. Après quelques recherches Anne n’apparait pas à Saint-Aquilin, Saint-Astier……

Sa petite fille Anne est accueillie à l’hospice de Périgueux à l’âge de 5 ans après l’établissement d’un procès-verbal d’abandon par « ses père et mère ». Une autorisation préfectorale d’entrée à l’hospice de Périgueux est délivrée le 9 octobre 1881. Anne portera à présent le numéro matricule 5350 pour tout enregistrement auprès de l’autorité administrative.



La même année, le service des enfants assistés du département est assuré par Eugène Meunier, inspecteur départemental, Rémy Vitrac et Hippolyte Chaumette sous-inspecteurs.

A compter de ce mois d’octobre 1881, Anne est placée dans une nouvelle famille.

Le choix de la première famille d’accueil en 1881 n’est pas dû au hasard. Il s’agit de Marguerite Neyssensas et son époux Jean Peytoureau habitants du hameau de Reverdy, situé à 570 mètres du village de Saint-Aquilin, en remontant le chemin du Bois du loup puis vers la route du bourg. La composition du foyer et de l’unique maison est la suivante : Jean Neyssensas, 68 ans, chef, Peytoureau Jean 41 ans, gendre de Jean, son épouse Marguerite Neyssensas, 41 ans, Peytoureau Jean, 14 ans, fils de Jean Peytoureau, Blaise, 11 ans et Marie Neyssensas, 5 ans, en nourrice. Est-ce Anne, même âge, avec un prénom différent ?

Quel est le lien entre Anne, mère de l’enfant et Marguerite Neyssensas ?

Leurs pères respectifs étaient frères et enfants de Martin et Isabeau Dalesme du hameau des Meynichoux à Saint-Aquilin.

La petite Anne rencontra-t-elle son grand-père, ses oncles et tantes entre décembre 1881 et septembre 1882 ? Jean Neyssensas âgé de 70 ans et ses enfants habitent les Barbeau à 530 mètres de Reverdy en passant par le hameau du Jard tout en cheminant par la route du Bois du Loup.

Il y a 28 ans Anne la mère de l’enfant naissait au Barbeau. En 1881, vivent au Barbeau, 10 membres Neyssensas. Jean, 70 ans, cultivateur, sa fille Rose, 20 ans, Marie, 24 ans, Jean, fils ainé, 37 ans, Julienne, 15 ans et Zélie, 26 ans et Celina, 2 ans, filles du fils ainé Jean, autre Jean jeune, 31 ans, fils du « chef », Anne Delubriac, 24 ans, femme de Jean le plus jeune et Rose Neyssensas, 11 mois, fille du couple.

Anne est hébergée par Marguerite Neyssensas et Jean Peytoureau du 1er décembre 1881 au 4 septembre 1888, date de son entrée à l’hospice de Périgueux, 24 jours exactement avant son 12ème anniversaire. Anne sera restée chez sa tante 5 années, puis sera placée 9 années entre l’hospice et ses « patrons ».

Le tableau ci-dessous retrace les 19 placements d’Anne de l’âge de 12 ans à ses 21 ans.

 


La durée des placements est extrêmement variable ; allant de 1 mois, 3 mois, 6 mois à un peu plus de 2 ans chez Marie Charrière et Louis Jeammet à Vergt entre 1893 et 1895.

Peu de renseignements sur les familles d’accueil classées par rang : quelques maisons contemporaines de la petite Anne sont encore visibles. Les recensements nous permettent de cerner la composition des familles d’accueil mais ne permettent pas de connaitre sous quel statut est employée Anne, les recensements entre 1892 et 1900 n’étant pas détenus par les archives de la Dordogne.

Une deuxième famille accueille Anne pendant 1 an 1 mois, du 12 septembre 1888 au 6 novembre 1889. Il s’agit des Fayard, nouvellement arrivé à Chaurac ; Jean 29 ans, cultivateur, époux de Marguerite Labrousse, 26 ans, Henri, 4 ans, Anna, 1 ans. Le hameau se situe à 700 mètres du château de Caussade à vol d’oiseau.



En 1891, les Fayard ont quitté Chaurac et logent à présent au hameau de Degain, en bordure de la rivière l’Isle à proximité du centre sportif Franck Grandou.

Mademoiselle Jacquemin Marie Eugénie, rang 3, directrice de l’Ecole normale d’institutrices, accueille Anne du 7 novembre 1889 au 31 décembre 1889, soit 1 mois et 24 jours. Anne est âgée de 13 ans. L’ouvrage de Mme Jeanne Luce Marcouly en 2005, « Le Périgord à l’école de la République », page 127, mentionne la nomination de Mademoiselle Jacquemin (1889-1900) par arrêté du 19 aout 1889, actuellement directrice de l’Ecole normale de la Roche-sur-Yon, (peu avant sur Blois), nommée directrice de l’Ecole normale de Périgueux en remplacement de Mademoiselle Morand nommée à Nîmes. Anne est « employée » un peu plus de 2 mois après la nomination de la nouvelle directrice, à quelques dizaines de mètres de la tour Mataguerre et de la cathédrale Saint-Front. C’est en ce lieu, « véritable couvent de la République » qu’en 1891, Marie Lacore est admise ; il s’agit de la future Suzanne Lacore qui deviendra l’une des trois femmes sous-secrétaires d’Etat de Léon Blum en 1936. Les quelques jours passés à l’Ecole Normale ne laissèrent pas Anne indifférente, les journées des élèves sont de 50 heures par semaine, lever 5 heures du matin, 8 heures début des cours, discipline de fer, « le silence de rigueur, tout courrier est soumis à la directrice, aucun livre n’est admis sans son autorisation, le port de l’uniforme est obligatoire, quant aux sorties elles se font sous la forme d’une promenade de deux heures le jeudi après-midi et le dimanche … ». Robert Lacoste de P. Brana et J. Dusseau - 2010.



Les Laporte, rang 9 sur le registre, un foyer de 5 personnes habitant au 11 rue du Plantier à Périgueux. Le couple, Jean Laporte, 76 ans, contrôleur des comptes des Domaines et son épouse, Anna Sardin, sans profession, 42 ans, hébergent Anne du 15 février 1892 au 3 juin 1892 avant son retour à l’hospice. Sont présents dans la maison de la rue du Plantier, Etienne, 72 ans, frère de Jean Laporte, Lacroix Guillaumette, 71 ans, belle-mère de Jean Laporte et Jean Laporte, 19 ans, employé de commerce.



Les Veyri, rang 10, accueillent Anne très peu de temps, du 8 juin 1892 au 15 aout 1892, jour où Anne de retour à l’hospice. Le recensement de 1891 nous donne quelques indications sur la composition du foyer. Le père est jardinier, le foyer se compose de 5 personnes. L’épouse Elisa Laprade n’est pas mentionnée. Anne, 16 ans, est domestique et veille sur les 2 enfants en bas âge de Raymond (Sicaire sur la fiche de tutelle d’Anne), Sabine 4 ans, Suzanne 11 ans, les deux autres enfants, se nomment Marie, 16 ans, et Franc 20 ans. La famille habite Plaine du Petit Change aux Mondoux.



Les Dupont, rang 11, à Cornille, lieu-dit Montrany, au nombre de 7 membres, accueillent Anne, 16 ans, assurément domestique du 3 septembre 1892 au 8 mars 1893, soit 7 mois. Les Dupont sont cultivateurs, Emile est âgé de 38 ans et son épouse Antoinette Grandisse, 36 ans, leurs 2 fils, François et Louis, 13 et 11 ans. Léonard, 72 ans, son épouse Jeanne Vacher, 66 ans et leur fille Jeanne, 42 ans, cultivatrice.



Anne est accueillie du 8 mars 1893 au 27 aout 1895 par la famille Jeammet de Vergt, rang 12, sise au lieu-dit la Poussière. Louis Jeammet prend en charge Anne à l’hospice de Périgueux le 8 mars 1893. L’hospice se situe à un peu de plus d’une vingtaine de kilomètres du lieu-dit la Poussière. Le chemin de fer n’arrivera à Vergt qu’en 1899.



Anne fête ses 17 ans chez les Jeammet le 28 septembre 1893.

Le foyer est composé de 4 personnes. Louis, 40 ans, propriétaire et son épouse Marie Charrière, 21 ans, Justin Jeammet, 33 ans frère de Louis et Anne Peschescot, leur mère, âgée de 69 ans. Les Jeammet ont à leur service régulièrement un ou une domestique, comme en 1901, avec Cyprien Fléchou.

Le 2 mars 1895, il est noté sur la fiche : Anne est « une forte fille, d’une bonne santé, sait lire, écrire et compter, est contente de ses maitres qui également sont satisfaits ».

Ayant atteint l’âge de sa majorité, 21 ans, Anne quitte son dernier patron, Monsieur Michel habitant le Roulet à Vergt dans le courant de l’année 1897. Nous perdons sa trace à partir de là. Anne ne sera jamais « réclamée » par ses parents.


Marie Neyssensas

Marie nait « le 27 mai 1880 à 8 heures du matin, née hier à cinq heures du matin à 5 heures du matin au chef-lieu de la commune de Saint-Astier, de Marie Neyssensas, sans profession, domiciliée à Saint-Astier, âgée de 30 ans et de père inconnu. Sur la déclaration de Madame Catherine Ladevie, épouse de Jean Faurie, sage-femme, âgée de 43 ans qui a présidé à l’accouchement, domiciliée à Saint-Astier ». Aucun ascendant n’est présent.

Les témoins sont Gabriel Chirat, garde-champêtre âgé de 60 ans et Etienne Louis Nogué, secrétaire de mairie, âgé de 28 ans domiciliés l’un et l’autre à Saint-Astier. Généanet nous indique que la sage-femme habite rue du Bateau en 1891. Quant à Etienne Louis Nogué, il est père de l’abbé Edouard Nogué, (1878-1964) auteur de « Saint-Astier - Pito Vilo, Grand Cluchié » en 1933.




Marie, mère de la petite Marie naquit le 19 janvier 1851 à Davaland, commune de Saint-Astier, des époux Jean et Jeanne Duranthon, agriculteurs. Le déclarant Jean, âgé de 36 ans est accompagné du témoin François Neycensas son frère, 40 ans, cultivateur, habitant Tamarelle. Les deux Neyssensas signent l’acte de naissance.

Marie est la 4ème enfant d’une fratrie de 7 enfants.



Les recensements de 1866, 1872, 1876 et 1881 permettent de suivre le parcours de la mère de la petite Marie. En 1866, Marie est âgée de 15 ans vit à Davaland avec ses parents, ses frères et sœurs. Le 3 février 1872, Marie, cultivatrice, se marie à Saint-Astier avec Jean Parrot et quitte Davaland pour le village des Roches à l’âge de 21 ans.

En 1881, l’ensemble de la famille Parrot habite au village des Roches ; la maison appartient à Jérôme Parrot, 72 ans et Marie Roche, 58 ans. Jean Parrot, 26 ans et son frère, autre Jean, 35 ans et son épouse Marie Neyssensas, 31 ans, ainsi que leurs enfants, Jeanne nait en décembre 1872, Marie en 1876 et Jean en 1883 habitent sous le même toit.

Lors de la naissance de la petite Marie en 1880 sa mère est donc en couple avec Jean Parrot et n’accouche pas au domicile des Roches. Marie a-t-elle était victime d’un viol ou est-ce une relation adultérine ?

La sage-femme, Madame Ladevie déclare l’enfant.

Le recensement pour l’année 1881, nous apprend que la mère de Marie a immédiatement confiée sa petite fille auprès d’une famille de la commune, les Lacoste propriétaires d’une habitation modeste à Ferrière, à 4 km du hameau des Roches.




Le foyer est composé de Jean Lacoste, 45 ans et son épouse Marie Lacombe, 30 ans, leurs trois enfants, Marie, 9 ans, Marguerite, 6 ans, Josepha, 3 ans, et un nourrisson de 6 mois, Marie Neyssensas sans autre précision quant à la filiation. Marie sera-t-elle confiée en échange de quelque argent.

Le 19 juin 1885 un procès-verbal d’abandon est établi à la préfecture de Périgueux ; Marie, 5 ans est admise à l’hospice de Périgueux, numéro 5512, en attente d’une famille d’accueil.




A ce stade, les registres de tutelles diffèrent quelque peu quant aux nombres de familles d’accueil mentionnées. En effet le registre référencé 3X184 ne mentionne que la veuve Magne et les époux Chassaing. Le registre référencé 3X224 mentionne outre la veuve Magne et les époux Chassaing, Jean Simon de Saint-Aquilin puis Léguillac de l’Auche et un certain Jarjavey de Savignac les Eglises. Ce feuillet-là est rayé par le gestionnaire du registre.

Après échange en aout 2025 avec l’Archiviste responsable des Archives Contemporaines à Périgueux, nous concluons ensemble que les feuillets rayés, comme quelques autres feuillets, du registre ne le sont qu’après mariage ou engagement dans l’armée et après soldes des livrets d’Epargne.

Quelques jours après, le 5 juillet 1885, le placement n° 1 concerne Madame Anne Magne, 45 ans, mentionnée veuve sur le registre des enfants assistés.




Madame Magne est habitante du hameau de Vitrac à Saint-Aquilin et accueille Marie jusqu’à son départ chez un nouvel accueillant en avril 1892 sis à Léguillac de l’Auche.


Le recensement de Saint-Aquilin en 1886


En 1886, le hameau de Vitrac se compose de 23 maisons et 23 ménages, 74 habitants dont 9 enfants assistés, ainsi les Subrenat, avec Jacques-Joseph Eyraud, 3 ans de l’hospice de Périgueux, Les Rousseau avec Lancelot Albert, 6 ans de l’hospice de Bordeaux et Jean Sibiale, 10 ans de l’hospice de Périgueux, Les Dumonteil avec Charles Gantch, 5 ans de l’hospice de Bordeaux, les Joubert avec Louise Dassier, 2 ans de l’hospice de Bordeaux, les Beau avec Marie Antoine, 9 ans de l’hospice de Bordeaux, les Loiseaux avec Pierre Durieux, 11 ans, de l’hospice de Périgueux et Louis Batisse, 8 ans de l’hospice de Bordeaux.

Cinq années plus tard, le recensement de 1891 apparait ainsi : Marie n’est plus la seule enfant de l’hospice, une petite Mélanie Bittard, 8 ans accompagne ses jeux d’enfant.



La deuxième famille d’accueil : il s’agit de Jean Simon, domicilié à Férodie, commune de Saint-Aquilin le 1er avril 1892.

Lors de l’inspection du lieu de vie, le 29 mai 1892, Marie, 12 ans est qualifiée de « bon petit sujet ayant une bonne santé, sachant lire, écrire et compter ». L’inspecteur le 20 juin 1895 note que Marie « est une très gentille fillette, intelligente, satisfait ses maîtres ». L’inspecteur commet une erreur en indiquant que Marie est sœur d’Anne, n° 5350.

Le recensement pour la période 1892-1896 ne permet pas de connaitre la composition du foyer de Jean Simon.

Jean Simon perçoit 40 francs de gage dont 10 destinés au livret d’Epargne de Marie.

En 1893, Jean Simon perçoit 50 francs de gage dont 35 francs pour l’entretien et 15 francs placés à la Caisse d’Epargne. Le 18 avril 1896, le registre situe Jean Simon à présent à la Font de l’Auche avec Marie.

Marie est à nouveau dans une 3ème famille d’accueil le 18 avril 1896, hébergée auprès des époux Chassaing à la Peytelie à Savignac les Eglises.


Quelques habitations à proximité de la petite chapelle du 17ème


Une maison bourgeoise …. Au temps de Marie

En l’absence de recensement lors de la présence de Marie chez les Chassaing, à l’aide du recensement de 1901 on peut se projeter vers le passé et connaitre la composition du foyer en 1896. Antoine Chassaing âgé de 61 ans, cultivateur, son épouse Marguerite Lacotte, 52 ans, peut-être leur fils Jean, 22 ans, compte-t-il encore parmi les membres du foyer peu de temps avant son mariage avec Françoise Longeat en octobre 1896 ?

En réalité, Marie ne reste que peu de temps chez les Chassaing, en effet du 18 juillet 1896 au mois d’aout 1897, Marie est logée chez les Jarjavay une famille bourgeoise domiciliée à la Peytelie.

La dernière inspection du 7 juin 1897 mentionne, « santé bonne, belle jeune fille, ses maîtres sont satisfaits, bien placés ».

Marie, mineure de 17 ans, rejoint en septembre son futur époux rencontré quelques mois auparavant à Léguillac.




Marie se marie




Le 21 septembre 1897, le futur époux de Marie, Pierre Eclancher bénéficie d’un certificat de bonne conduite délivrée par le Maire de Léguillac de l’Auche. « Le nommé Eclancher né le 6 mars 1866 à Léguillac de l’Auche est de bonne vie et mœurs et que sa conduite a toujours été régulière et irréprochable ».

Quant à Marie elle obtient l’autorisation de se marier le 24 septembre 1897. Marie est âgée de 17 ans.

« Par délibération de la Commission Administrative de l’hospice de Périgueux en date du   24 septembre 1897, l’assistée Neyssensas Marie a été autorisée à s’unir en mariage avec le Sieur Eclancher Pierre, âgé de 36 ans, cultivateur domicilié à Léguillac de l’Auche. Monsieur Ronan a été délégué tuteur ».




Pierre est originaire de Veyrieras, petit hameau composé de 8 habitations et 21 habitants. Léonard, père de Pierre est cultivateur propriétaire, âgé de 59 ans en 1891, son épouse et mère, Duchoze Jeanne, 53 ans et la sœur de Pierre, Mélanie, 20 ans. Pierre n’est pas cité sur ce recensement. L’acte de mariage, nous apprend que le couple a rejoint la propriété des Eclancher à Veyrieras et la mère de Pierre, après le décès de Léonard le 30 juin 1894.

Le mariage se déroule le 6 novembre 1897 dans la petite église de Savignac les Eglises. Aucun membre de la famille Eclancher n’est présent lors de l’union.




Pierre, âgé de 31 ans est couvreur à Léguillac de l’Auche. Marie est servante à la Peytelie, paroisse de Savignac les Eglises, « procédant avec l’assistance de Léon Bernard, 37 ans, jardinier, de Savignac, agissant en vertu de la délégation de Mr Eugène Rom, administrateur de l’hospice de Périgueux par date du 24 septembre 1897 ».

Sans contrat de mariage, les futurs époux se prennent pour mari et femme devant le maire, officier d’état civil, Mr Jouvet, publiquement en présence des témoins, Pierre Ellier, 37 ans, tailleur d’habits dans le bourg, non parent des futurs, André Gueydon, 25 ans, ouvrier maréchal-ferrant de Coulounieix, non parent des futurs, François Tournier Lasserve, 43 ans greffier de la justice de paix et habitant du bourg, Pierre Sudreau, 40 ans, bourrelier, non parent des futurs, habitant du bourg. Les mariés signent l’acte de mariage.

Le couple utilisa-t-il le nouveau tramway de Savignac les Eglises à destination de Périgueux ? La ligne venait d’Excideuil, Sarliac, Antonne et Trigonnant, Trélissac et enfin Périgueux.




Après le départ de Marie de Savignac les Eglises nous perdons sa trace comme celle d’Anne d’ailleurs après leur majorité, après quelques recherches sur les recensements de Mensignac, Léguillac, Saint-Astier, et Savignac, entre 1901 et 1911.

Seuls quelques Savignacois présents sur une vieille carte postale croisèrent peut-être Marie, une décennie auparavant.




Le manoir de la Peytelie, situé au lieu-dit éponyme, a été construit au 18ème siècle. Cette ancienne demeure noble appartenait à la famille Jarjavay. En 1897, le foyer est composé de Charles Jarjavay, 35 ans, médecin, Henriette Auvard, sa mère, 64 ans, Germaine Jarjavay, 3 ans, et Marie, 17 ans.




Le bâtiment est composé d’un corps de logis rectangulaire établi sur trois niveaux et de dépendances. Ses façades sont percées de nombreuses fenêtres et les étages sont séparés par une corniche. La porte principale est contenue dans un portail de pierre. Il est surplombé d’une voussure reposant sur deux colonnettes à chapiteaux sobres. L’entrée dans la propriété se fait au travers d’un porche de pierre comportant une arcade en plein cintre avec des claveaux. Au sommet de l’arcade, la pierre centrale est gravée de deux dates : 1789 et 1894. Il peut s’agir de la date de construction du manoir et de celle du porche. Les portes d’origine ont fait place à un portail de fer. Dans cette propriété on peut voir la chapelle de Peytelie, de forme rectangulaire, de style sobre et rustique, bâtie au 17ème siècle.


Dans les deux cas étudiés, Anne et Marie n’ont pas été abandonnées. Leur statut d’enfant assistée n’a cependant pas permis leur retour auprès de leur mère ou père.


Anne et Marie n’ont pas eu de descendance connue.



Taux de mortalité des enfants abandonnés placés en hospice, en nourrice…


En 1847, dans Éléments de Statistique par Moreau de Jonnès, on lit : « Il y a 15 ans, la mortalité des enfants trouvés était dans les hospices de 25 %. La statistique dénonça ce méfait et cette mortalité aujourd’hui est réduite de moitié. Sans elle, on eût continué d’ignorer que depuis cent ans peut-être, il y avait des hôpitaux où la mort emportait le quart des malheureuses créatures confiées à leur meurtrière charité ».

Les causes de mortalité sont multiples : santé précaire de la mère, accouchement délicat, hygiène déficiente, nourriture inadaptée, pénibilité du trajet de l’hospice vers la nourrice, …. Ainsi à la moitié du siècle, à défaut de voiture suspendue, l’enfant est placé dans un panier attaché sur l’âne, le cheval, ou le mulet….

Le décès à Saint-Martin de Ribérac de la petite Marie-Louise Nesensac, en 1884, illustre bien notre propos.En fin d’article, un paragraphe sera consacré à la mortalité infantile à Saint-Martin de Ribérac et Léguillac de l’Auche en 1884.




Marie-louise ne fut pas la seule enfant de l’hospice de Bordeaux à être inhumée dans le petit cimetière de Saint-Martin de Ribérac, en mars l’officier de l’Etat civil enregistre les décès de Marie Jeanne Rigas âgée de 3 mois et Marie Rosalie Mathieux âgée de 10 mois puis Henriette Ferrieux âgée de 8 mois en avril et en fin d’année Madeleine Lambort âgée de 3 mois en novembre 1884.

Marie-Louise est née 4 mois plus tôt en un lieu inconnu et déposée à l’hospice de Bordeaux en mai 1884, lieu où elle fit son entrée officielle dans la société.

Après avoir été baptisé et passé quelques jours passés à l’hospice, Marie-Louise est accueillie par la famille Fargeaud installée à Saint-Martin de Ribérac depuis un peu plus de 7 ans.

Marie-Louise emprunta-t-elle le train entre Bordeaux et Ribérac, en passant par Périgueux et la toute nouvelle ligne ferroviaire Périgueux-Ribérac (3 trajets quotidiens) ouverte aux passagers en 1881 ?

C’est une probabilité car la durée du voyage entre Bordeaux et Ribérac était d’environ 3 heures 30 à une vitesse de 50 km/h pour une distance de 173 km, plutôt qu’en hippomobile, la durée étant de 12 h 30 à 10 km/h pour 124 km.

Le « chef de famille » Félix Fargeaud, né le 10 mai 1851 à Saint-Pardoux de Drône, habite Douchapt lorsqu’il se marie le 22 avril 1877, quant à la future, Jeanne Beau, née le 25 novembre 1847 à Neuvic, elle est veuve en premières noces.

Tous deux sont cultivateurs, vivent chez leurs parents et ne savent signer. Voir registre des mariages : 5 E 455/7 page 1/7.

Marie-Louise, comme bon nombre d’enfants en bas âge ne survivra pas au-delà de quelques mois tout en ayant peut-être partagé la misère du couple Fargeaud quelques semaines.

Si le recenseur en 1881 omet d’inscrire le couple, en 1891, Félix et Jeanne sont bien présents, accompagnés d’une nouvelle enfant assistée nommée Emma Garrigoux âgée de 9 ans.




La petite Marie-Louise est accueillie en 1884, tout comme Emma en 1891, par un couple qui ne peut avoir d’enfant. Le couple avait donc le désir de s’attacher d’une manière plus intime à une enfant de l’hospice.

Marguerite Emma est née le 10 septembre 1882 à Libourne de Marie Garrigoux, sans domicile connu et de père inconnu.

La famille Fargeaud recueille Emma au moins jusqu’à ses douze ans et perçoit régulièrement des gages. Lorsqu’Emma fréquente l’école (gratuite et laïque depuis 1882), la famille complète ses revenus par une prime qui compense la perte du service que rend Emma par son travail quotidien.

A partir de ses 13 ans, Emma a peut-être été placée comme domestique, la famille Fargeaud n’ayant plus les moyens de l’élever et de l’entretenir ……

En effet le recensement de 1901 souligne la précarité professionnelle du couple, Félix, 50 ans est domestique agricole, Jeanne, 54 ans est journalière agricole.

Le 24 avril 1899, et après consentement de la Commission Administrative des Hospices civils de Bordeaux et de son représentant tuteur délégué, le Sieur Pierre-Paul-Ernest Lanusse, Emma, 17 ans, sans profession se marie avec Jean Pichardie, ouvrier tuilier, habitant la rue de Chez Videau à Saint-Martin de Ribérac (rue située à gauche sur la photo, derrière le groupe d’habitants).

La mère d’Emma, absente lors du mariage de sa fille, est en 1899 sans profession ni domicile.

Voir réf : Mariages, 1899, 5 E 455/9, page 5/11.




La petite église de « Sent Martin de Rabairac » où se marièrent Emma et Jean



Les signatures d’Emma et Jean

En l’absence de son père nourricier, Félix Fargeot.

18 années après son mariage, le 5 mars 1917 à 7 heures du matin, Marguerite Emma Garrigoux, 35 ans décède à son domicile de Saint-Martin de Ribérac. Son père nourricier, Félix Fargeot, 65 ans, déclare le décès de sa petite « Emma » en présence de l’instituteur du village, Guillaume Faure. Les deux déclarants sont reçus par le conseiller municipal Bernard Dignac faisant fonction de maire.

Emma aura, jusqu’à son décès, connu quelque stabilité en côtoyant le couple Fargeot durant presque 3 décennies ce qui n’était pas le cas de la majorité des enfants assistés.




L’hospice de Bordeaux au 19ème siècle

Emma et Marie-Louise sont accueillies respectivement en 1882 et 1884 à l’Hôpital de la Manufacture, fermé définitivement en 1887 pour insalubrité.

La Manufacture était située dans le quartier Sainte-Croix, regardant la Garonne quai de Paludate, et les anciens chantiers de construction de la marine du Roi.




Un nouvel Hôpital est inauguré en 1888



« Construit cours de l’Argonne selon les idées de Pasteur et d’Eiffel, il comporte une dizaine de pavillons à 3 niveaux, aérés par de hautes fenêtres et reliés par des passerelles métalliques au bâtiment central. Ainsi, on espère par l’isolement éviter la contagion de maladies comme la diphtérie, la coqueluche ».

Les enfants ne restaient que quelques jours à la Manufacture avant d’être dirigés vers leurs nourrices ou gardiens, principalement localisés dans le nord de la Gironde, le sud de la Charente-Inférieure, de la Charente et dans l'est de la Dordogne.

Une fois parvenus à la campagne, « où ils grandissaient on les appelait « bourdeaux », en référence aux lieux de mauvaise vie, de mauvaises mères ».

En parcourant les registres paroissiaux de l’année 1884 et les recensements de 1881 de Saint-Martin de Ribérac et Léguillac de l’Auche, avec beaucoup de précaution, on peut établir peut-être sans être exhaustif sur un aussi petit panel, la répartition en nombre de décès des enfants assistés en bas âge, ainsi que le nombre de « survivants » et leurs statuts professionnels à venir sur ces deux communes éloignées l’une de l’autre de 22 km.

Concernant les registres d’état civil, les marges d’erreurs restent minimes d’autant plus qu’il s’agit de petites entités, le village, le hameau.

Il n’en est pas de même des recensements de population qui donnent lieu tout au long du 19ème siècle, et à fortiori bien avant, à de nombreuses interprétations des circulaires officielles de la part des recenseurs et autorités municipales, qui pourtant connaissent leurs administrés, mais manquent cruellement de préparation ou qui, par méfiance ou par fraude minimisaient volontairement le nombre de maisons et le nombre de personnes afin d’éviter certains impôts….

La saison choisie pour effectuer le recensement, notamment en milieu rural est le printemps car les travaux préparatoires aux semailles retiennent les paysans à leur domicile, quant aux émigrants ils sont rentrés chez eux….

En matière de recensement l’une des tâches les plus délicates est le classement de certaines catégories d’individus comme les enfants assistés, en nourrice, à tel point que certains maires dans la 1ère moitié du 19ème siècle ne comptaient pas, tout simplement, les enfants de moins de 2 ans.

Remarque : au 19ème siècle, les femmes commencent à travailler dans les usines et confient leur enfant en nourrice à la campagne. Bientôt ce placement touche toutes les classes sociales et non plus une catégorie sociale aisée.


Les recensements et l’enfant assisté

L’exemple de Saint-Martin de Ribérac



L’exemple de Léguillac de l’Auche



1876 - le recensement de Saint-Martin de Ribérac : on ne peut distinguer les adolescents, ou mineurs provenant des hospices ; seuls sont notés les métiers exercés, servantes ou domestiques et leurs lieux de naissance, Bordeaux ou Périgueux ; cela laisse à penser qu’ils sont enfants assistés.

Quant aux enfants de moins de 5 ans en nourrice, on ne peut se baser simplement sur leur lieu de naissance, sont-ils enfants assistés ou placés par quelques familles aisées de Bordeaux ou Périgueux ?

En 1881, toujours sur Saint-Martin de Ribérac, le recenseur n’indique pas la provenance de l’enfant assisté, est-il de l’hospice de Bordeaux ou de Périgueux, contrairement au recenseur de Léguillac de l’Auche. C’est donc par déduction que l’on doit procéder.

En 1891, le recenseur de Saint-Martin de Ribérac ne mentionne que l’intitulé « assisté(e) », celui de Léguillac de l’Auche, « pupille de l’hospice de Bordeaux ou Périgueux ».

Une permanence, l’enfant assisté(e), la servante, le domestique ou l’apprenti sont toujours indiqués par le recenseur naturellement après les membres de la famille.

La population de Saint-Martin de Ribérac en 1881 est composée de 937 habitants dont 159 agglomérés avec 42 maisons et 42 ménages et 778 éparses avec 191 maisons et 191 ménages.

La population de Léguillac de l’Auche en 1881 est composée de 651 habitants dont 86 agglomérés avec 21 maisons et 20 ménages et 565 éparses avec 113 maisons et 113 ménages.

Les deux premières remarques notables communes aux deux villages sont les suivantes. Les enfants assistés sont majoritairement présents en dehors du bourg et placés principalement auprès de familles d’agriculteurs.

Sur le bourg de Saint-Martin, seul le chapelier Jean Elie Moran accueille un enfant de l’hospice, Lubret Alphonse, 3 ans.

Après leurs 12 ans, sans avoir l’assurance que ce sont des enfants assistés, on rencontre dans le bourg, le charpentier Duriaublanc employeur d’une servante âgée de 16 ans, Hélène Bille, le scieur, Ribot Jean qui emploie Marie Ribeyrie, servante âgée de 14 ans, le curé, l’institutrice et un cultivateur, emploient des domestiques ou servantes de plus de 59 ans. Un maréchal et un cordonnier emploient de jeunes ouvriers âgés de 17 ans….

Sur Léguillac bourg, une famille emploie un domestique âgé de 13 ans nommé André Desmaisons et une servante de 54 ans, un propriétaire cultivateur, un domestique sourd-muet, Simon Henri âgé de 55 ans.

Sur Saint-Martin, hors bourg, le « chef de famille » est soit cultivateur (10) soit colon (3), sur Léguillac, 8 sont cultivateurs-métayers, 5 sont propriétaires-cultivateurs. (Le colon partiaire, synonyme de métayer est un type de bail rural).

Les foyers sont composés à Saint-Martin de 3 à 4 membres, sur Léguillac, il n’est pas rare de rencontrer des foyers de 6 à 7 membres.

Considérons les enfants assistés de moins de 12 ans :

L’âge moyen de leurs « gardiens ou patrons » est de 57 ans sur Saint-Martin, 34 ans sur Léguillac. L’âge moyen des enfants assistés de moins de 12 ans est de 4 ans sur Saint-Martin, 3 ans sur Léguillac. Toujours sur Léguillac, si l’on ajoute les 4 enfants assistés de plus de 12 ans, l’âge moyen des patrons est de 51 ans.

A ce stade il faut souligner que l’acte d’accueil est essentiellement à but lucratif, ainsi sur Saint-Martin 8 gardiens de plus de 50 ans accueillent de jeunes enfants âgés en moyenne de 4 ans et demi.

Sur Léguillac, 5 gardiens de plus de 50 ans accueillent de jeunes enfants âgés en moyenne de 4 ans.

Sur Saint-Martin, les enfants assistés sont majoritairement des garçons, 9 garçons et 5 filles, sur Léguillac de l’Auche, 7 garçons et 7 filles.

L’hospice de Bordeaux est moins représenté sur Saint-Martin avec 5 enfants que celui de Périgueux avec 8 enfants.

A Léguillac 7 enfants sont issus de l’hospice de Périgueux et 6 de l’hospice de Bordeaux.

A Saint-Martin, 12 hameaux accueillent des enfants assistés, « Chez Pouyou » deux frères prennent en charge deux enfants de 7 ans et au « Cluzelard » le colon Jean Fougeras accueille deux enfants âgés de 7 ans pour le garçon et 8 mois pour la fille.

Sur 13 enfants assistés hors bourg de Saint-Martin nous avons pu recueillir quelques informations personnelles sur seulement 9.

Ainsi on peut suivre le parcours de Louis Dufort devenu charpentier, marié en 1901 et signataire de son acte de mariage ce qui dénote d’un niveau certain d’éducation. Guillot Marie se marie en 1905, elle est à présent cuisinière. Louis Angeli décède au front en 1915 à l’âge de 36 ans. Paul Mathiens décède à l’âge de 2 ans.

Praudel Pierre, 7 ans en 1881, est le seul enfant assisté sur Saint-Martin encore présent 10 ans après chez son gardien Trigoulet Léonard. Cultivateur, il se marie en 1903 et ne signe pas son acte de mariage, c’est aussi le seul enfant assisté sur les deux villages à être reconnu par ses parents.

Marie Berthe se marie en 1899. Emile Lachaud est un « enfant honnête, sait lire et écrire », selon l’écrit du registre de tutelle de l’hospice de Périgueux. Emile est domestique en 1891. Berthe Lacour en 1901 bénéficie d’un don Olanyer attribué par la Commission Départementale de Bordeaux. Enfin Jean Bouty décède en 1895 à l’âge de 18 ans.

Sur Léguillac de l’Auche, 10 hameaux accueillent des enfants assistés. Au But, deux cultivateurs hébergent 1 garçon de 3 ans et une petite fille d’1 ans. A Caroly, deux enfants, une fille de 1 an et un garçon de 6 ans sont hébergés par deux cultivateurs propriétaires. Quant au hameau de Linard deux couples de métayers emploient deux adultes des hospices, l’un de 20 ans, domestique et l’autre 22 ans, servante.

Dans le détail des parcours de vie des enfants assistés Léguillacois, sur 13 enfants, nous avons glané quelques informations sur 8 d’entre eux.

Tout d’abord, Jean Pommier qualifié sur le registre de tutelle par son gardien, « d’illettré et mou ». Jean Pommier est domestique à l’âge de 10 ans à Saint-Léon sur l’Isle.

Laurence Roubinet est un « très bon sujet, soignée et en bonne santé » selon l’avis de l’inspecteur de l’hospice de Périgueux. Nous retrouvons Laurence, 17 ans sur le recensement de 1886 servante à Perpezat chez Jean Riboulet, 71 ans.

Devenue cultivatrice, Laurence contracte mariage en 1888 et signe son acte de mariage. Son époux n’est autre qu’Alexandre Souletis, domestique en 1881 à Linard, qualifié de cultivateur en 1888 aux hameaux des Granges. Les deux futurs habitent à 2,5 km l’un de l’autre. (Une famille Neyssensas sera employée aux Granges par un certain Guillaume Rondet, fils du notaire local dans les années 1693)

Alexandre ne signe pas son acte de mariage. Les deux futurs passent contrat devant le notaire Duchazeau de Mensignac.




En 1888, quelques jours après son mariage, l’hospice de Périgueux remet à Laurence son livret de Caisse d’Epargne alimenté d’une partie de ses salaires perçus depuis ses 15 ans. « Reçut mon livret de famille ».



Sur notre étude il s’agit du seul mariage entre deux enfants de l’hospice de Périgueux.

Jeanne Belingard, 14 ans en 1881 est maltraitée par son gardien Jean Maze de la Croze.

Ce que l’on sait de Jeanne selon les informations délivrées par le registre de tutelle :

Jeanne nait le 12 juillet 1867 et porte le matricule 3489, avec une date d’autorisation préfectorale du 17 aout 1867. Jeanne, baptisée le 18 aout 1867 à l’hospice de Périgueux sera vaccinée contre la variole le 12 juillet 1868.

Le procès-verbal mentionne le lieu de naissance de l’enfant, Saint-Germain des Prés, les prénoms et nom de sa mère, Marie-Anna Belingard, âgé de 20 ans, cultivatrice, père inconnu.

Le 21 aout 1867, Jeanne est placée chez Monsieur Jean Bernard époux de Jeanne Soulier, nourrice enceinte à Mensignac. En Janvier 1868, le placement se situe à Annesse, en Décembre 1868 à Thenon, en Décembre 1876 à Puybouchey, Saint-Geyrac en juin 1878, Léguillac de l’Auche le 1er octobre 1879, chez Monsieur Maze Jean et Marguerite Chastanet son épouse domiciliés au hameau de la Croze.

Attardons-nous sur le placement le plus long d’une durée de 6 ans et 11 mois chez Jean Maze à la Croze. Jean Maze est âgé de 72 ans, qualifié de boucher cultivateur propriétaire lorsqu’il accueille Jeanne, âgée de 12 ans.

Le 30 septembre 1879, le maire Rapnouil donne un avis favorable au placement. Il écrit : « Nous soussigné Maire de la commune de Léguillac de l’Auche, certifions qu’il peut être confié un enfant de l’hospice à Marguerite Chastanet épouse de Jean Maze, propriétaire demeurant au village de la Croze ».

En 1882, l’inspecteur note de « bons soins », en 1883 un « assez bon suivi », en 1884 « assez bien soignée, bonne santé », en 1885, Jeanne, jeune servante, est « peu intelligente, surveiller ce placement ».

En 1886, « changée de place, le Sieur Maze son gardien la brutalisant et l’entretenant fort mal. A diverses reprises elle avait été l’objet de mauvais traitements de la part de ses gardiens. Il a été fort difficile à l’inspection de connaitre la vérité ».

Son placement cesse brusquement fin aout 1886 sur avis de l’inspecteur de l’hospice de Périgueux. Jeanne, 19 ans, quitte la Croze et son gardien Jean Maze, 79 ans.

Le 1er septembre 1886, Jeanne est accueillie par Jean Nouailler à Léguillac de l’Auche, puis le dernier placement se situe à Trélissac chez Jacques Boissavy.

Le 24 octobre 1888, le livret de Caisse d’Epargne est remis à Jeanne.

Jeanne Belingard se marie le 2 février 1892 à Trélissac avec Pierre Pothier. Le couple aura au moins 4 enfants connus.

Adélaide Laboutade, 22 ans, chez Guichard Antoine métayer à Linard, est lingère lors de son mariage en 1888, Adélaide ne sait signer.

Laroque Maurice André, enfant assisté de l’hospice de Bordeaux, 1 mois en 1881, est qualifié de domestique en 1901 aux Léches.

Négrier François Lucien, cultivateur, célibataire, décède en 1895 à l’âge de 23 ans.


La situation difficile des enfants assistés tout au long du 19ème siècle

Les enfants assistés sont régulièrement déplacés, ainsi sur Saint-Martin de Ribérac, un seul enfant sur les 14 recensés en 1881 est encore présent dix ans après, Praudel Pierre.

A Léguillac de l’Auche sur 13 enfants assistés, 6 en 1881 sont encore présents en 1891, 10 ans après. Il s’agit de Pommier Jean Claude Léonce, Petite Justin, Belingard Jeanne, Souletis Alexandre, Laroque Maurice André et Négrier François Lucien.

 

« Il est bien rare… que le motif qui pousse les habitants de la campagne à souscrire ces actes soit le désir de s’attacher d’une manière plus intime aux enfants ; ces actes sont demandés presque toujours dans la fausse idée de se considérer comme les maîtres absolus  de ces malheureux orphelins, de les posséder en quelque sorte à titre d’esclaves…Presque jamais, au bout de deux ou trois ans, on ne retrouve les enfants ainsi placés chez les personnes qui les ont retirés : n’ayant pas les moyens de les élever, elles les placent en qualité de domestiques ».

Léonce de Lamothe 1847

Un article paru dans le journal l’Eclair en 1894 met en lumière la situation désastreuse des enfants assistés :

« L’enfant confié au paysan dont le cœur est dur comme un rocher, ne serait pas nourri comme il faut, son origine lui serait souvent reproché. Il servirait de jouet aux autres enfants de son gardien et les filles à l’âge nubile, surtout, seraient victimes de la lubricité de son patron, de ses enfants ou des valets de ferme, leur viol paraissant chose naturelle. L’image de l’enfant hospitalisé élevé dans la tendresse par ses parents nourriciers est bien loin. Les nourriciers ne seraient-ils donc que des Thénardier ?» Extrait de : Enfants trouvés et abandonnés de la Gironde - 19ème siècle - Monique Lambert - Cahiers d’Archives - Des archives…. Des histoires.

Le conseil général de la Gironde décide en avril 1901 une augmentation du taux de salaire des nourrices dans le double but : « de retenir les enfants assistés dans le département de la Gironde où le manque de bras se fait sentir pour l’agriculture et de soustraire à la mort, en leur assurant de meilleurs soins dans les premiers jours de leur existence, le plus grand nombre d’enfants possible ». Le salaire d’une nourrice s’établit à 25 francs mensuels à compter de 1901.


La mortalité des enfants à la fin du 19ème siècle

Cas particulier sur une période réduite, l’année 1884 sur Saint-Martin de Ribérac et Léguillac de l’Auche mais qui cependant donne quelques tendances sur le sort effroyable des nourrissons.

Le nombre de décès en 1884 à Saint-Martin de Ribérac s’élève à 28 tous âges et sexes confondus. Tout comme en 1883, en 1885, 22 et 30 en 1886.

L’âge moyen des habitants décédés est de 32 ans toute population confondue, hommes, femmes et enfants.

Si l’on fait exception des enfants en bas âge (inférieur à 5 ans), l’âge moyen est de 69 ans.

Chez les moins de 5 ans, l’âge moyen des enfants décédés est de 9 mois. Sur 15 enfants en bas âge décédés, 9 enfants sont légitimes et 6 sont assistés originaires de l’hospice de Bordeaux. Sur 6 enfants de l’hospice 5 sont de sexe féminin et sur 9 enfants légitimes, 6 sont de sexe masculin dont 2 nés sans vie pour 1 fille née sans vie. Sur 15 petits enfants décédés 7 sont des filles, 8 sont des garçons.

La plupart des adultes est cultivateur et décède à un âge avancé, 4 ont plus de 68 ans.

4 hommes décèdent à un âge moyen de 63,5 ans, dont 3 cultivateurs et 1 sans profession.

9 femmes décèdent à un âge moyen de 71 ans, 4 cultivatrices et 5 sans profession.

Pour la même année :

Le nombre de décès en 1884 à Léguillac de l’Auche s’élève à 22 tous sexes confondus. En 1883, le nombre de décès s’élèvent à 12, 15 en 1885 et 10 en 1886.

L’âge moyen des décédés est de 36 ans, toute population confondue.

Si l’on retire de la statistique les enfants en bas âge, la moyenne d’âge des décédés adultes est de 65 ans, 4 ans de moins que sur Saint-Martin.

Chez les enfants de moins de 5 ans, l’âge moyen des décédés est de 10 mois, sensiblement identique à Saint Martin. Sur 11 enfants en bas âge, 6 sont légitimes, 5 sont des enfants assistés de l’hospice. (4 pour Bordeaux et 1 pour Périgueux). 3 enfants assistés sont des garçons. En ce qui concerne les enfants légitimes, 3 sont de sexe féminin, 3 de sexe masculin, et un garçon né sans vie.

Sur 11 enfants décédés avant l’âge de 5 ans, 5 sont des filles, 6 sont des garçons.

Les femmes décèdent en moyenne à l’âge de 65 ans, 1 an plus tôt que les hommes. 3 cultivatrices sont âgées de plus de 70 ans.

3 hommes décèdent à un âge moyen de 66 ans, dont 1 maçon, 1 cordonnier et 1 sans profession.

9 femmes décèdent à un âge moyen de 65 ans, dont 4 cultivatrices, 3 veuves et 2 sans profession.

Quelques similitudes entre les deux villages :

C’est donc bien la mortalité infantile qui impacte à la baisse l’âge moyen des personnes décédées.

L’âge moyen des enfants en bas âges décédés se situe entre 9 et 10 mois.

La majorité des enfants assistés décédés provient de l’hospice de Bordeaux. (1 seul pour Périgueux)

Les garçons décédés légitimes ou assistés représentent 1 point de plus que les filles sur les deux villages.

Les femmes travaillent pour certaines bien au-delà des 70 ans, peut-être sont-elles veuves mais cela n’est pas indiqué.

Enfin sur Saint-Martin de Ribérac, 14 adultes décèdent en 1884, 14 enfants décèdent. Sur Léguillac de l’Auche, 11 adultes décèdent, 11 enfants décèdent.

Quelques différences entre les deux villages :

Les adultes décèdent aux environs de 69 ans à Saint-Martin de Ribérac et 65 ans à Léguillac.

Les femmes de Saint-Martin décèdent 8 ans plus tard que les hommes, sur Léguillac il y a peu d’écart, les hommes à 66 ans, les femmes à 65 ans.

On note plus d’enfants légitimes décédés que d’enfants assistés à Saint Martin, le nombre est à peu près identique pour Léguillac.

Sur Saint-Martin de Ribérac, sur 6 enfants assistés, 5 sont des filles, sur Léguillac, sur 5 enfants assistés décédés, 3 sont des garçons.


 En 1809, époque de la « boîte » de l’hospice de Périgueux

Les enfants le plus souvent sont exposés à la boîte, de nuit et de préférence entre minuit et une heure du matin.

Parfois la personne qui dépose l’enfant joint, collé ou agrafé, un billet, un signe distinctif, appelé « marque », une image pieuse par exemple découpée dans du papier, autant d’indices qui permettront peut-être un jour de retrouver la trace de l’enfant.





Le 4 décembre 1806, un enfant à qui l’on donne le prénom de Marc décède le 3 janvier 1807 chez sa nourrice Marie Sadré, veuve de Gabriel Lagrange, à Cornille.



Pierre portant le numéro 589, né en octobre 1806 est confié au couple Pierre Rebière et Armiot Barbeau.

Le commentaire émane d’un notable confiant le « malheureux » enfant Pierre aux soins des Dames de l’hospice. « Peut-être l’époque ne sera pas éloignée, on saura reconnaître tout ce que l’on aura fait pour lui ».



1809 - La famille Villepontou à Tabouri, commune de Léguillac entretient la petite Toinette pour un salaire de 6 francs mensuel.






« Le treize avril 1809 à minuit a été trouvé à la boite une fille vêtue d’un mauvais bourrasou et un serre-bras de coton à petits carreaux et une mauvaise chemise et un bonnet d’indienne brun garni d’une espèce de dentelle bleue, elle a de plus un paquet qui contient quatre mauvais draps, trois mauvaises chemises et deux mauvaises coiffes de coton à carreaux bleus, dont un garni d’un piquot blanc et un mauvais serre-bras et un mauvais bourrasou de cadis, elle a pour marque un morceau de papier où il y a écrit dessus, « a été baptisée, le dix-huit » et a été baptisée à l’hospice sous le nom de sophie. Elle est morte le 16 aout 1810 ».



« Le 13 avril 1809 à huit heures du soir il a été trouvé à la boîte de l’hospice un enfant male nouveau-né vêtu d’un bourrasou demi-usé, un serrebras d’indienne à fleur demi-usé, une bourrette en draps gris garni d’une dentelle noire, et a été baptisé sous le nom de Léonard, mort le 18 avril 1809 ».


Le petit trousseau d’un enfant trouvé au 19ème siècle




Bourrassou : pièce d’étoffe très épaisse, généralement carrée, de laine ou de coton, dont on enveloppe le bébé au maillot par-dessus les couches.

Serre-bras d’Indienne : cotonnade imprimée appelée Indienne.

Bourrette : qualité de fils obtenue avec de la bourre de soie.


80 ans plus tard………

Quelques commentaires des inspecteurs de l’hospice de Périgueux, extraits du registre de tutelle entre 1890 et 1897.

Favard Marie née le 7 octobre 1875 « Inspection du 19 octobre 1890 : très bien placée, sait lire, écrire, et compter. Inspection du 12 septembre 1892 : santé bonne, n’est pas intelligente, le gardien se plaint de son entêtement et prétend qu’il lui arrive parfois d’uriner au lit ». Marie  est âgée de 17 ans.

Chevalier Jean né le 29 novembre 1876 « Inspection du 15 octobre 1889 : enfant petit, bien placé, sait lire et écrire, fera sa 1ère communion en mai 1890, pour cette raison ne rien verser pour 1890. Inspection du 26 avril 1891 : bien placé, bon petit garçon, intelligent, sait un peu lire et écrire. Inspection du 21 mai 1896 : conduit l’omnibus qui fait le service de la gare de Neuvic. Le 30 mai 1897 : été reconnu bien pour le Conseil de révision ». Jean est âgé de 21 ans.

Lalet Adèle née le 26 octobre 1876, mariée le 20 février 1897 : « Inspection du 8 septembre 1889 : bien placée, charmante petite. 1er septembre 1894 : grande et belle fille, sait lire, écrire et compter. On est satisfait de ses services. Mariée le 20 février 1897 avec le fils de son gardien ». (Époux Jacques Mandeix à Champagnac de Belair). Adèle est âgé de 21 ans.

Barthelemy Marie née le 14 aout 1876 : « Inspection du 6 septembre 1889, complétement infirme, sait lire et écrire, bien placée. En 1890, bien placée d’après Monsieur le Maire. En 1891, fréquente toujours l’école. En 1894, sait coudre et tricoter. En 1895, continue d’aller à l’école, pense obtenir son certificat d’études ». Marie est âgée de 19 ans.

Vitrac Marie, est née le 18 juin 1876 à Jumilhac le Grand de Jean Vitrac décédé le 5 février 1876 et d’Anne Château décédée le 4 janvier 1877. Marie à présent orpheline est placée pour la première fois le 23 janvier 1878.

« Cette fille est une mauvaise tête qui ne peut rester dans aucune place. En 1892, santé bonne, toujours paresseuse. Le 30 mai 1893, l’Inspecteur note : illettrée, santé bonne, parait décider à travailler. Le 26 mai 1895, prétend avoir trop de travail, ses maîtres sont assez satisfaits d’elle. Le 11 septembre 1896, toujours les mêmes constatations, ne restera pas à cette place, projet de mariage et s’en défaire ». Marie sera placée 37 fois en 9 années dont chez les Valbrune de Saint -Astier du 18 avril 1896 au 6 mai 1896.

Marie se marie le 26 février 1897 avec Eugène Mazière de Saint- Apre à l’âge de 21 ans.

Vigier Marie née le 16 juin 1876, mariée le 6 juillet 1895. « Inspection du 16 mai 1891, santé bonne, illettrée, ses précédents gardiens avaient à se plaindre de son bavardage. En 1895, forte fille, sait coudre et tricoter. Est guérie de sa pneumonie ». Marie est âgée de 19 ans en 1895.

Bayle Marguerite née le 9 octobre 1876, « Inspection en 1892, paraît intelligente, santé et conduite bonnes, illettrée. Le 19 février 1896, entre à la maternité où elle accouche d’un enfant décédé le 28 février, le 25 juillet santé bonne, illettrée, se conduit bien jusqu’à présent ». Marguerite est âgée de 20 ans en 1896.

Delugin Marie, née le 21 janvier 1877, « Inspection du 26 octobre 1890, bien placée, illettrée, santé bonne. Inspection du 29 avril 1895, grande fille mais frêle et peu robuste. Parait avoir un vrai culte pour son père adoptif qu’elle ne veut plus quitter, ce dernier et déjà un vieillard sans enfant, lui a fait donation de son avoir par testament passé devant Maitre…. Notaire à Cubjac. Cette pupille travaille en ce moment à l’usine de bijouterie de Cubjac où elle gagne 0.50 franc par jour qu’elle promet de verser en majeure partie à la Caisse d’Epargne. A perdu sa patente ». Marie travaille à l’usine à l’âge de 18 ans.

Viremouneix Jean né le 9 avril 1877, « Inspection du 22 février 1886, gentil petit, ne va pas à l’école, faire verser en 1886 s’il n’a pas fréquenté l’école. En 1893, s’est bien remis de sa fièvre typhoïde, voudrait revenir chez son 1er gardien, en 1894, embarras gastrique, en 1895, santé bonne, sait labourer et faucher, ira le 18 mai 1897 chez son frère à Château l’Evêque où il gagnera 180 francs ». Jean rejoint son frère à l’âge de 20 ans. Se mariera le 21 avril 1906 avec Catherine Reparat à Saint-Paul la Roche.

Domert Jean, né le 17 aout 1877, « Rentré à l’hospice le 13 aout 1891, sa sœur ayant disparue, inspection du 30 avril 1893, bien placé, pas très fort pour son âge, on est assez satisfait de son service. En 1895, était absent, 1896, était aux champs, en 1898, grand et fort pour son âge, sait faucher et labourer. A tiré le numéro 289 pour le service auxiliaire ». Se marie le 11 mai 1899 à Annesse et Beaulieu avec Marie Comte. Jean est âgé de 22 ans lors de son mariage.

Granger Achille né le 8 octobre 1877, « Inspection du 29 mai 1889, bien placé, ne fréquente pas l’école, en 1891, petit pour son âge, 1898, s’est un peu développé, est satisfait de ses maîtres, a tiré le numéro 188, ajourné ». Achille est âgé de 21 ans lors de son ajournement.

Bouthineau Grégoire né le 7 mars 1878, « Inspection du 12 octobre 1890, bien placé, mauvais sujet, les gardiens ne veulent plus le garder s’il ne se corrige pas. En 1891, conduite meilleure. En 1892, santé bonne, sait lire et un peu écrire, paresseux et maraudeur. S’est évadé de son dernier placement. Le 20 mars 1893, rencontré par l’inspecteur dans les rues de Périgueux, a été remis entre les mains de la Police qui le recherchait à cause de plusieurs vols commis au préjudice de ses gardiens. En avril 1893, condamné à être interné dans une maison de correction jusqu’à sa majorité ».

Il est alors logé par Arnaud Champarnaud, lieu-dit Maison Neuve à Léguillac de Cercles. « Le 1er février 1896, deux jeunes évadés, Pierre Maysman et Grégoire Boutineau s’étant échappés de la colonie agricole de Jommelières de Javerlhac ont été arrêtés par la brigade de Mareuil » in journal La France de Bordeaux et Sud-Ouest - 1896.

Grégoire est âgé de 15 ans lors de son internement et 18 ans lorsqu’il est arrêté par les gendarmes de Mareuil.

Roche Adrienne, née le 29 avril 1878, « Inspection du 8 juillet 1887, bien placée, bonne petite, fréquente l’école, en 1891, santé médiocre, sait lire, écrire et compter, en 1895, grande et belle fille, bien placée, sait un peu lire et écrire, en 1897 a été malade, a été soigné et s’est bien remise, sait coudre et tricoter, en juillet 1898, était dans les champs, va très bien m’a-t-on assuré, en décembre 1898, pas encore rencontré, sa gardienne m’a assuré qu’elle allait très bien, cette dernière est également satisfaite ».

Adrienne est âgée de 20 ans, l’inspecteur ne l’a pas rencontré durant l’année 1898 malgré un 2ème passage en fin d’année.

Pinaud Louis, né le 1er novembre 1878, « Inspection du 10 septembre 1896, fort garçon intelligent, sais lire et peu écrire, l’augmenter au prochain contrat de 20 à 25 francs. Son gardien doit l’apprendre à labourer. Le 20 décembre 1897, santé bonne, commence à savoir labourer, bon sujet, bon placement. Le 8 décembre 1898, garçon sérieux été intelligent, fera un bon soldat ». Louis est âgé de 20 ans lors du dernier passage de l’inspecteur en 1898.

Dussol Ludovic né le 5 aout 1878, « Inspection du 20 mars 1890, bien placé, sait lire et écrire, en 1891, même notes, insolent, en 1894, se plaint de n’être pas très bien entretenu, à vérifier avec soin le compte produit par le gardien ». Ludovic est âgé de 16 ans lorsqu’il se plaint de son gardien.

Auzard René, né le 29 novembre 1878, « Inspection du 21 mai 1891, santé et conduite bonnes - illétré et trapu. Ne rien faire verser en 1892, le pupille ayant perdu une pièce de 20 francs qu’il avait prise à son gardien. Jean Borie, gardien aux Massonnaux à Agonac a conduit l’enfant auprès du Maire. Selon le Maire d’Agonac, « le pupille Auzard a reconnu avoir pris une pièce de 20 francs dans la poche de son gardien et l’avoir ensuite perdue. Le pupille m’a paru sensible aux diverses réprimandes et recommandations que je lui ai faites ». Incorporé au 21ème d’artillerie à Angoulême. René est âgé de 14 ans lorsqu’il rencontre le Maire d’Agonac après le vol d’une pièce de 20 francs.


Conclusion

« Heureusement quelques-uns de ces enfants assistés ont survécu et ayant grandi, vont faire souche à Léguillac.

Bernard Hubert, enfant de l’hospice de Périgueux, résidant toujours chez sa nourrice à Pépinie épouse Anne Varaillon, servante au bourg, en 1855. Au même village, Jacques Garraud, cultivateur à Pépinie, fut le père nourricier de Théodore Borel, qui épouse en 1862 Marie Marcille, elle-même de l’hospice de Périgueux.

Jean dit Venou né en 1803 de père et de mère inconnus, fut le premier de la lignée des Venou de Puychaud ». Françoise Raluy - Léguillac de l’Auche - 2016

Puychaud pour mémoire fut la demeure du notaire Charles Rondet et de son épouse Annette Meyssensas, fille de Mathieu d’Armagnac en 1630. 


Annexe

 


Davaland, aujourd’hui encore, « l’arbre de mai », vieille tradition occitane, est planté dans le village. En occitanie, afin de célébrer l’arrivée du printemps, les jeunes gens coupaient et transportaient « l’arbre du mai » l’ enrubannaient et le plantaient sur la petite place à Davaland.

Moment de grande importance pour les habitants du hameau, symbole de jeunesse et de fécondité, « l’arbre de mai » est un souvenir antique du culte de la Déesse Nature, Maïa, célébrée chez les romains.

Encore de nos jours, « l’arbre de mai » célèbre l’élection d’un nouvel élu local (couleurs du drapeau) ou l’achèvement de la charpente d’une maison.









2ème  article 


Jane de Puychirpel - Meyssensas - 1630


Les Puychirpel, des notables ruraux Léguillacois


Etudions tout d’abord la répartition d’un patronyme relativement rare en France, sans qu’il y ait de lien avec les Puychirpel de Dordogne :

La première apparition du patronyme en France est attestée en 1081 avec le chevalier Maurice Eschirpel cité lors de la donation d’une pièce de terre sise à Chaumont sur Loire dans le Loir et Cher.

En 1118, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jean d’Angély en Charente Maritime, dans un Etat des rentes, mentionne un Rainaldi Aischirpel ou Eschirpel.

Plus près de nous, en Dordogne, en consultant le registre des Comptes du consulat de Périgueux - Série CC on relève :

En 1323, Porte Limogeanne, Hélias Eschirpel est vendeur de fer. En 1339, rue l’Eguillerie, vit Aymeric d'Eschirpel, en 1444, Raymond Eschirpel est prudhomme et allègue sa qualité de clerc. Entre 1449 et 1467, on rencontre Aymeric de Puey Eschirpel et enfin, en 1630, le patronyme Puychirpel apparait sur les liasses judiciaires des Insinuations de la Sénéchaussée de Périgueux.

Madame Raluy cite dans son ouvrage consacré à Léguillac de l’Auche, un texte daté de 1321, émanant des archives du prieuré de la Faye, rédigé lors de « la vente d’une pièce de terre appartenant à Guillaume de Puychipel, un autre daté de 1400 concerne un pré de Puychipel ».

« D’anciens documents de 1474 et 1503, du temps d’Arnaud de Fayolle, citent aussi la présence d’un meynement de Puychipel et d’un Joanni de Puychipelt, d’une Catherine de Puychipel et enfin d’un Léonardo de Puychipel ».

Deux actes de baptême marquent encore la présence des Puychirpel sur Léguillac jusqu’à la moitié du 17ème siècle, dont le premier ne témoigne pas de leur lieu de vie, le curé ne mentionnant pas le hameau.



Le 28 novembre 1606, la famille De Puychirpel apparait sur le registre paroissial pour la première fois, sous la plume du vicaire Arnoudy, officiant à Léguillac lors de la naissance de Girou De Puychirpel, fils de Thoumas De Puychirpel, parrain Girou de Puychirpel, marraine, Guilhoune
« Chieze ».

En 1624, une petite Jacquette, fille de Pierre Brunet, sieur de la Chieze et de Demoiselle Catherine de Bourdeilles nait à Léguillac de l’Auche, puis plus aucune trace de la famille Chieze.



Le 26 juillet 1628, Thomas De Puychirpel est parrain de Thomas Descouts, fils de Seguin Descouts et Marguerite Puychirpel, marraine Marion Descouts, en présence de Charles Rondet, Rampnouilh, les curés Pierre Charrière et Conseillaud. 


« Le 1er avril 1630, a été baptisée dans l’église paroissiale de Lagulhac de Lauche, Jane de Puychirpel, fille naturelle et légitime de Thomas de Puychirpel et Guilhou Meyssenssas, conjointe, du présent bourg, a été parrain, Martial Rahnouilh, métayer du Seigneur de Puy Saint-Astier et la marraine, Jane Vergnaud, en présence de Mathieu Meyssenssas et de Pierre Meyssenssas, sacristains, ne sachant signer »
. Acte de baptême établi pas le curé Charrière.

Le couple n’habite pas Puychaud mais le bourg de Léguillac. En effet ceux sont les notaires Pierre Rondet et son fils Charles, son épouse Annette Meyssensas, qui habitent à présent Puychaud un peu avant 1615, accompagnés peut-être d’une famille de métayer entretenant la propriété….

Sur l’acte de baptême, les parrain et marraine Puychirpel des années 1600 ont disparu, tout comme le patronyme Puychirpel disparait de Léguillac après


1635
avec le décès de Guilloune De Puychirpel, avec présence par ascendance, de quelques arrières petits-enfants Meyssensas.


Le parrain Girou de Puychirpel est absent, peut-être décédé pendant les épisodes de peste à Léguillac entre 1611 et 1616, voir un peu plus tard, entre 1628 et 1632.

Autre remarque, Thomas contrairement à Guirou de Puychirpel ne sait signer, peut être cette branche est elle tombée dans la condition paysanne ?

1620, naissance à Puychaud d’un enfant Rondet et Meyssensas

On localise de même le patronyme Puychirpel sur Neuvic, dans le courant du 16ème avec Girou Puychirpel et son épouse Anne Durieux vers 1613. Girou est laboureur au lieu de Seycat. Les descendants seront nombreux jusqu’en 1792. Le prénom Girou se retrouve à la même époque sur Neuvic et Léguillac, un simple hasard ?


Une hypothèse sur l’implantation des Puychirpel à Neuvic

Une partie des membres De Puychirpel de Puychaud, certains de simples laboureurs, participèrent-t-ils à la construction, à l’entretien des terres du château de Neuvic dont les travaux débutèrent en 1520 au temps d’Annet de Fayolle, époux de Charlotte d’Abzac de la Douze. Il s’agit de la même famille de Fayolle qui revendique en 1723 le ténement de Puychipel à Léguillac de l’Auche par actes passés en 1474 et 1503.



Peu à peu, le patronyme, au fil des écrits des curés et officiers d’état civil, évoluera en Peychirpel, Puychirpel, Eychirpel, et aujourd’hui, Echirpeau,  ….


L’origine du patronyme De Puychirpel

Madame Higounet Nadal dans son ouvrage « Périgueux aux 14ème et 15ème siècle : étude de démographie - 1978 ».

« Les lieux composés de « puey » : Parmi les collines de la région en effet, les plus massives ou les plus riches ou celles qui constituaient des repères topographiques ont donné leur nom à certain laboureurs, tel Puy Astier, Puey Chirpel ».

Quant au diminutif, escarpe / eschirpe - il peut s’agir d’un talus de fortification, au-dessus d'un fossé - « pied » d’une muraille, d’un rempart.

(Mais aussi, avec peu de probabilité cependant, issu d’eschirpel / ecirpel - diminutif d’escirpa / eschirpa qui signifie bourse ou eschirpeu qui désigne aussi une sorte de piège à oiseau).



En 1172, dans le cartulaire de Chancelade, Puychaud se nomme déjà « Nemus de Poichaus », dérivé peut-être d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs.

Bien que la particule « De » dans un nom de famille soit souvent associée à la noblesse française, celle-ci n'en est pas un gage. En 1321, la particule « De » utilisée par Guillaume de Puychirpel, signifie simplement que nous sommes en présence d’un patronyme toponymique, qui devint peut-être par la suite un titre de noblesse d’apparence. L’ascension sociale des De Puychirpel se traduit par la présence d’une belle signature au 17ème siècle. Les De Puychirpel ne sont pas cités dans l’armorial de la Noblesse du Périgord.

L’actuel Puychaud, confirme Mme Raluy, correspond bien géographiquement aux descriptions des parcelles présentes dans les archives de la famille de Fayolle.


La signature, témoignage d’une position sociale

Les documents signés sont d’une grande diversité. La position sociale a une incidence sur la pratique de la signature, dans le cas de Girou nous n’avons pas affaire à la signature d’un simple laboureur mais d’un notable bien établi à Léguillac. 



Seules deux signatures de Girou de Puychirpel sont recensées sur le registre paroissial, en 1606, lors de la naissance de Girou de Puychirpel et 1611 lors de la naissance de Charles Janailhat, parrain Charles Rondet, notaire à Puychaud.

La présence de Girou en 1611 sur un acte de baptême demeure l’unique preuve des liens des Puychirpel avec quelques notables locaux, les Rondet père et fils, notaires, les Ducluzel, (peut-être Pierre ainé Ducluzel) une famille prospère, seigneurs de Brouillaud à Annesse et Beaulieu et bien sur les Janailhat.



Un Cluzel paye la dime en 1641, en 1688, un Cluzel, avocat à la cour de Périgueux, possède la métairie des Biarneix. La famille Ducluzel est une famille de magistrat anoblie en 1723. Pierre Ducluzel de la Chabrerie émigre à la Révolution et ses biens confisqués. Il possédera, après 1770, le domaine du But, dont dépendaient les métairies de Fareyrou, Leyterie, Levraut et enfin Caroly. En 1671, à une époque peu prospère pour le château du But, lors d’un inventaire après le décès de Samuel De Testard, sont cités à Puychaud, une maison, grange, aysine, terre et vigne, 18 journaux 24 brasses. (6,6 hectares)

En 1688, après le départ des Rondet, une famille Bouthier entretient les terres de Puychaud, puis une famille Bardon en 1751.

En 1777, la métairie de Puychaud appartient au Sieur Jean Simon Dumaine.

En 1808, sur le plan cadastral, une seule habitation est signalée, entourée d’un jardin, d’un pré, de pâture et de terre.

On ne sait si Guilhoune Meyssensas habita Puychaud, de même le registre paroissial ne permet pas de découvrir sa filiation, sa date de naissance peut se situer aux alentours de 1580. Aucune mention du décès du couple. Ont-ils migrer vers un autre village ?

Le prénom féminin Guilhoune en 1599 chez les Meyssensas



Ce que l’on sait et ce que l’on peut imaginer

Peu de temps avant 1606, Thomas de Puychipel contracte alliance avec une roturière, Guilhoune Meyssensas. Thomas, faute d’apporter une situation confortable, octroi la notoriété de sa famille à sa future épouse, qui, de son côté, considère peut-être son mariage comme moyen d'ascension sociale.

Dans le courant du 14ème siècle, Guillaume de Puychirpel est possesseur de terres à Puychaud, simples laboureurs au départ, par l’acquisition de biens fonciers, comme peut-être le maynement de Puychirpel par Johanni de Puychirpel, les Puychirpel se hissent au rang des notables Léguillacois et Guirou signera d’une belle écriture les actes du 17ème siècle. 

Ainsi tout au long du 16ème siècle, susceptibles d’être à tout moment renvoyés à leurs origines roturières, les Puychirpel auront à cœur d’adopter le mode de vie des notables par l’acquisition de terres notamment. Devenus riches roturiers, les Puychirpel eurent  « le désir plus ou moins conscient de renouer avec des racines rurales à travers l’acquisition d’un fief et rejoignait la possibilité de mener un train de vie de notable, de paraître ce que l’on entendait devenir » - Figeac M. dans Les noblesses en France.









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