1470-Léguillac de l'Auche



Léguillac de l’Auche, découvrez l’une des plus anciennes familles présente depuis 1470 dans le bourg, après 30 années de recherches partons à la découverte des patronymes Meyssensas, Neyssensas, Neycensas et autres orthographes.


Plus de 5 siècles d’archives privées et publiques, de documents historiques, des centaines d’actes et de noms de famille.




Berceau des familles Neyssensas depuis 1470 

Par Madame Françoise Bourreau-Raluy



1er prix au concours des "clochers d'or" 

qui honore les monographies historiques en Dordogne



Françoise Bourreau-Raluy, l’auteur, après avoir évoqué les temps les plus anciens, met en scène à partir du début du 17e siècle de nombreux personnages, qu’ils soient prieurs de la Faye, nobles, bourgeois ou gens du peuple.
L’histoire de nombreuses familles, dont le patronyme est souvent encore en usage de nos jours, l’histoire du bourg, des 45 hameaux de la commune, les chapitres thématiques, lui ont permis de raconter de quelles façons les habitants de Léguillac ont traversé les évènements historiques, ainsi qu’une foule d’anecdotes révélatrices d’aspects de la vie quotidienne selon les époques.
Elle a choisi de finir cette monographie en 1999, pour pouvoir traiter de la révolution silencieuse qui a notablement transformé la vie des habitants durant les 25 dernières années du XXe siècle.


Françoise Bourreau-Raluy est d’origine parisienne et a exercé le métier de psychologue. Installée en Périgord en 1993, habitante de Léguillac depuis l’an 2000, elle y a été conseillère municipale. à cette occasion, elle s’est intéressée au patrimoine de sa commune. Elle a ainsi commencé à fréquenter les Archives Départementales et à recueillir les témoignages des anciens de la commune. Elle a voulu transmettre ses découvertes dans ce livre. Elle est membre de la Société Historique et Archéologique du Périgord, et présidente de la Société Botanique du Périgord.





Si La Font de l'Auche m'était racontée

par Annie Jarry

Un hameau de Léguillac de l'Auche



Plus de 5 siècles d’archives privées et publiques, de documents historiques, des centaines d’actes et de noms de famille.





Origines du nom Léguillac




Patron Saint Grégoire




Différentes appellations au fil des siècles

Parochia de Lagulac en 1219, (prieuré de La Faye). Lagulhac en 1260, réf 23 J 11 aux Archives départementales de Périgueux, dans un état des biens et rentes du prieuré de la Faye détenus sur Annesse.

Languillat de Lanche en 1679 sur la carte de Guillaume Sanson. Saint-Astier à haute justice sur la paroisse de Léguillac en 1760. Le Guilhac, Fon de Lauche, en 1760


Lenguilhacum en 1350 et Lagulhacum en 1380. En 1384 Léguillac dépend de l’ancien bailliage royal de Saint-Astier composé de 18 paroisses. L'Aiguillât de Lauche en 1596 dans Chronique du Périgord. Léguillac est un ancien repaire noble relevant de la châtellenie de Saint-Astier et dépend au 14ème de l’archiprêtré de Biras composé, selon le pouillé de 1733, de vingt-trois paroisses. Léguilhac au 16ème (Pau, Châtellenies du Périgord). Languillat de Lanche en 1679 sur la carte de Guillaume Sanson. Saint-Astier à haute justice sur la paroisse de Léguillac en 1760. Le Guilhac, Fon de Lauche, en 1760.





Retrouvez vos ancêtres et découvrez l’origine de notre patronyme, notre histoire familiale, une famille originaire de Dordogne


De qu’elles informations dispose-t-on pour établir une chronologie de l’histoire de l’occupation du sol sur Léguillac-bourg, la toponymie pourrait-elle se substituer à l’archéologie ? La tentation est grande …….

L’analyse linguistique du toponyme « Léguillac » attribue son origine à l’époque gallo-romaine, et donc laisse à penser qu’une ancienne propriété antique existait à cet emplacement.

En effet le suffixe occitan « ac », en latin, « acum » ou « acus », emprunté au gaulois « acos », était ajouté à la suite d’un nom de personne et désignait la plupart du temps un domaine antique auxquels ont succédés les villes et villages d’aujourd’hui - Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965.

D’autres variantes sont présentes sous la forme « at » en Auvergne, « ieu » dans les Alpes, « ey » dans l’Est et le Bordelais, « y » en France dans le parler de langue d’Oil et « é » dans l’Ouest.

« Ac » peut-être aussi utilisé comme suffixe localisateur lorsque l’on est en présence inhabituelle ou en grande quantité de plantes ou d’éléments naturels et se fixe, dans ce cas, sur un nom propre, ex : bals (rocher) devient Balzac, ou hassang (chêne) qui devient Chassagn-at.

Les suffixes latin « acum » et « acus » apparaissent dans le courant du 1er siècle après J.c. Le suffixe « ac » peut donc être antérieur à la conquête romaine s’il est formé sur un nom de personne Gaulois.

On note que le poète chrétien Aquitain Sulpice Sévère confirme la résistance de la langue Gauloise face au Latin au-delà du 4ème siècle, quant aux moines médiévaux, ils écrivirent en latin « L’Aguilhacum » ou « Lenguilhacum «  jusqu’au 14ème siècle des toponymes qui n’appartenaient pas forcément à la couche latine. Ce procédé de formation fut repris à l'époque Mérovingienne et au début de l’époque Franque en ajoutant le suffixe « acum » mais aussi « iacus » à des noms propres romans ou germaniques.

Le toponyme Léguillac apparaît pour la première fois dans une source écrite médiévale sous la forme « Lagulhac » donc près de cinq siècles après le passage de la civilisation antique à l’époque médiévale.

Une évidence, le toponyme Léguillac n’est parvenu jusqu’à nous que parce qu’il a été transmis de générations en générations. Mais est-on sûr que la phonétique ait été restituée de façon correcte et n’a pas été modifiée par quelques erreurs de transcription, de variantes de prononciation locale ou de mauvaises interprétations de son sens originel comme c’est le cas pour le peuple des « Pétrucores » du latin « petru », quatre, souvent nommé à tort « Pétrocores ». Un autre exemple est celui d’Eguilly, en Côte d’Or, aujourd’hui nommé Saint-Apollinaire, qui s’écrivit, selon les sources, de trois façons différentes entre 869 et 889 - Aguliacus,  Aculiacus et Aquilliacus.

De l’évolution des paysages ruraux gallo-romains

Les sites protohistoriques élevés sont délaissés dans le courant du 1er siècle avant notre ère au profit des sites de plaines et cela tout au long de la période gallo-romaine. La population du Périgord se densifie en particulier le long des voies romaines, des fleuves et des rivières. On note une présence notable de sites gallo-romains au nord de la Dronne (Léguillac de Cercles) et entre Dronne et Isle (Léguillac de l’Auche) et bien sûr à proximité de points d’eau

L’apparition des premières fermes et villas en Périgord se situent dans le milieu du 1er siècle après J.c Occupées le plus souvent par une élite non-romaine, leurs emplacements correspondront parfois plus à un désir culturel qu’économique et ceux ne sont que leurs dépendances, situées parfois en dehors de la civitas, qui seront sources de revenus. (Ausone, poète Bordelais - entre 309 et 394 - possède 8 maisons à Bordeaux, en Bigorre, dans les Deux-Sèvres ….).

Quelques tegulae - tuiles - ou moellons à proximité d’une source ne suffisent pas pour qualifier les sites antiques du But et de La Veyssière à Mensignac, petit site en fond de vallée, de villas, faute d’éléments de confort, mosaïques ou termes, il s’agira plutôt de petits domaines ruraux, ou bien de simples bâtiments d’exploitation. (le moellon se définit comme un élément rocheux taillé et de petite dimension pour pouvoir être porté par un homme).

Les premières sources écrites rappellent la présence de 5000 Pétrucoriens en 52 avant J.c. au côté de Vercingétorix lors du siège d’Alesia, puis en 27 avant J.c. la Civitas Pétrucoriorum devient l’une des circonscriptions d’Aquitaine sous Auguste correspondant à peu près au département de la Dordogne.

C’est entre le 2ème tiers du 1er siècle que la capitale de la Civitas, Vesunna, s’urbanise et se développe ensuite tout au long des 2ème et 3ème siècles.

Si depuis quelques années l’archéologie préventive et la collecte systématique d’objets de surface a permis de découvrir de nombreux sites gallo-romains, ce qui dans la plupart des cas permet de donner une indication chronologique précise, à l’échelle de son territoire, la commune de Léguillac a connu une occupation du sol depuis la protohistoire, avec 5 sites néolithiques de plein air ou « halte », puis une occupation gallo-romaine qui ne met pas en évidence, à ce jour, la présence d’une villa d’importance.


Léguillac de L’Auche et Léguillac de Cercles

Le toponyme « Léguillac » de l’Auche a-t-il un lien avec le toponyme « Léguillac » de Cercles situé à 30 km ?

L’existence de toponymes identiques n’est pas une exception, ainsi, par exemple, les deux Boussac situés Aveyron, Boussac dans le Cantal, ou les deux Boussac dans la Creuse formés selon Dauzat sur le nom d’homme gaulois Buccius, et sur le nom d’homme romain selon Nègre.

Dans le cas de Léguillac, on est peut-être en présence d’un toponyme qui a suivi un habitat au cours de son déplacement jusqu’à sa fixation sur l’emplacement actuel, vraisemblablement après l’époque Mérovingienne (aucun vestige Mérovingien n’a été découvert à proximité de l’église), soit après l’an 800 - voir l’article sur la motte castrale du Moutot.

Quant à Léguillac de Cercles, quelques faits accréditent sa création à l’époque gallo-romaine, même si l’on-a pas découvert de vestiges gallo-romains à proximité immédiate du village.

Tout d’abord son emplacement : environné de nombreux sites gallo-romains au nord de la Dronne,  un village localisé à 187 mètres d’altitude se situant à 355 mètres d’une rivière, la Sandonie, et à 1 km du lieu-dit Les Potences, lieu de passage de l’antique voie romaine Limoges-Bordeaux, qui, en venant de Chalus en Limousin, passait par Firbeix, et du nord vers le sud, par les Potences puis traversait la forêt de Saint-James, se dirigeait vers La Tour Blanche, Ribérac puis Coutras et enfin Bordeaux.

Sont découverts dans un rayon de 14 km autour de Léguillac de Cercles, un bas-relief à Jovelle, une superbe villa à Cherval, et, dans l'environnement direct de la villa gallo-romaine, à la Tour Blanche, un lot de tegulae, des lots de terre cuites à Saint-Just et un lot de mobilier de terre cuite à Cercles.

L’appellation Cercles est un ajout effectué après 1700 peut-être par différentiation avec Léguillac de l’Auche après 1700.


Evolutions étymologiques

Parallèles étymologiques entre Léguillac d’Auche, Léguillac de Cercles,  Guillac et Eguilly à différentes époques.


« Etude de la Toponymie du Puy d’Issolud » situé dans le Lot, par Maynard et Bazalgues, est cité le hameau d’Aiguillat, Aguillal, ou Léguillat qui serait issu du latin acus signifiant pointe, désignant aussi une borne, une limite territoriale. La forme Laguillal parfois noté peut avoir un lien avec le prénom Guillaume. Le hameau est situé à près d’un oppidum gaulois.

 
1902 - Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur Eguilly en Côte d’Or, aujourd’hui Saint-Apollinaire, avec une présence gallo-romaine attestée, est mentionné en 869 « Aguliacus » issu du nom propre romain Aquilius + acum venu du cognomen Aquilus, le brun, ou Aculiacus formé sur le gentilice Aculius, Aculiacus donnerait Eguilly par changement de l’a initial atone et bref, en ai, et changement de C en G. On note aussi l’évocation d’Aqualiacus issu du Latin « aqua locus », lieu où il a de l’eau mais sans référence.

Léguillac issu d’un nom commun ?

En 1754, Bullet dans « Mémoire sur la langue celtique » note les mots « Guil » pour habitation, ou parfois «  Guil » devient synonyme d’eau tumultueuse, mais aussi « Aiguillé », village ferré et caché entre deux montagnes, Agil / Aguil pour caché.

En 1873, De Gourgues dans « Dictionnaire topographique du département de la Dordogne » indique, en référence à Bullet, « Agia - Aga » la forêt, selon Bullet - avec un son dur produirait Lagudal, pays de bois et de landes à l’Est de Bergerac, Lagut nom d’une ancienne maison du Périgord, Lagulhac, avec la variante Legium pour Agia, ou La Guilhe, toujours dans le sens de forêt.

Aquilius ou Aculius

En 1990, Ernest Négre dans « Toponymie générale de la France » note « Léguillac de l’Auche, peut-être issu du nom propre « Luculleus », avec attraction de l’occitan l’Agulha qui signifie Aiguille ».
Le Guil, affluent de la Durance et Guillestre, toponymes Haut-Alpins, peuvent être formés sur « Aquilius-rivus » pour cours d’eau brun foncé, ou « Guil  / Gil » issus du radical préceltique « gar » qui désigne  l'eau.

Guillac en Gironde (Guilhac en occitan) cité sous la forme « Agulhac » au 13ème siècle : selon Dauzat et Rostaing  et Monsieur Jacques Astor, le nom serait issu d’un nom d’homme « Aculius » suivit du suffixe celtique - acum, quant à Ernest Nègre, il postule pour un nom de personne gaulois Agillius traité comme Aguillius + acos, mais non attesté.La première forme aurait donné Agilhac puis Gilhac, forme orale constatée.

1985, Gerhard Rohlfs dans « Antroponimia e Toponomastica nelle Lingue Neolatine », note Guillos ou Guilhos faisant penser à Guillac, Equilly dans l’Aube, Agugliano et Gugliano en Italie tous issus du gentilice Aquilius et attesté dans une inscription d’Aquae Sextiae- Aix en Provence.

En 2010, la traduction de Monsieur Jean Roux du Petit Livre Noir de Périgueux entre 1360 - 1449, note pour « Lagulhac » : un nom de domaine gallo-romain, en latin Aculiacum, issu d’un nom de personne latin Aculius pour Dauzat, avec ajout et agglutination ancienne de l’article par attraction de l’Occitan agullha pour aiguille, francisé en L’Aiguillat en 1596.

En 2016, sur le web, le site « Le nom occitan des communes du Périgord » indique : Léguillac de l’Auche est la forme française, Lagulhac, la forme occitane, avec l’étymologie « probable » issue du domaine d’Aquilius, nom de personne gallo-romain, puis attraction de l’occitan agulha pour aiguille. Prononciation [lɒgy’ʎa].


Aujourd’hui le Dictionnaire latin note

« Aquilius » dérive d’un nom de famille Romaine présent au 1er siècle avant J.c 

« Aquilus » signifie brun ou noir et « aquila » aigle mais aussi nom d’homme.

Certains ouvrages attribue le terme « Aquilus » au latin Aqua - eau, la métaphore étant celle des sombres nuages qui apportent la pluie.

« Aculius » nom d’homme romain, présent sous le règne d’Hadrien vers 170 sur un cippe funéraire « Aculius Seurinus et son fils Aculius Ventidius ».

« Acilius » » lieutenant Romain qui défait les Angevins et les Tourangeaux en 774.

En 2006, Agullana près de Figueras en Espagne issu du nom de personne Aculius selon d’Arbois de Jubainville cité dans « Etude de toponymie Catalane » par Marti et Castell.



Léguillac dans le domaine occitan

Où le toponyme dérive d’un nom commun,
En 1956, Alibert puis Lebel dans Méthode d’Hydronymie Française, indique que l’occitan « agulha » prend aussi, le sens de « canal ou rigole » et situe la présence de moulins. La rigole évasée et peu profonde peut être nommée « aiguille », et, est issu du latin « acucula », « agulhièra », rigole d'irrigation. Agulhierar, verbe transitif - tracer des sillons pour l'écoulement des eaux ou pour guider les semeurs, « agulha » dériverait alors du latin aqua, eau, où la racine acucula pour aiguille prend le sens d’aiguillage, dans le sens de guider l’eau.


En 1956, Alibert puis Lebel dans Méthode d’Hydronymie Française, indique que l’occitan « agulha » prend aussi, le sens de « canal ou rigole » et situe la présence de moulins. La rigole évasée et peu profonde peut être nommée « aiguille », et, est issu du latin « acucula », « agulhièra », rigole d'irrigation. Agulhierar, verbe transitif - tracer des sillons pour l'écoulement des eaux ou pour guider les semeurs, « agulha » dériverait alors du latin aqua, eau, où la racine acucula pour aiguille prend le sens d’aiguillage, dans le sens de guider l’eau.

En 1966, Alibert dans son Dictionnaire Occitan mentionne : « agulha » issu de l’étymon latin « acus », signifie aiguille - pointe et « agulhat » aiguillon du laboureur, piquet qui sert à maintenir un chargement de foin ou de paille.

En 2016, Dans « Etude de la Toponymie du Puy d’Issolud » situé dans le Lot, par Maynard et Bazalgues, est cité le hameau d’Aiguillat, Aguillal, ou Léguillat qui serait issu du latin acus signifiant pointe, désignant aussi une borne, une limite territoriale. La forme Laguillal parfois noté peut avoir un lien avec le prénom Guillaume. Le hameau est situé à près d’un oppidum gaulois.


Phonétique

Dans le domaine occitan la sonorisation de /Kʷ/ en /Gʷ/ intervient dans le courant du 5ème siècle, avec par exemple Aqua et Agwa pour aygua/aiga/agua, ou Acui/Aqui se transformant en Agwi, l'évolution s'arrêtant là pour Laguillac, ou bien du C / Q vers le G avec « securum » en latin, en Occitan, « segur » puis en Français « sur ».
En Français la consonne \w\ (à l'initiale de oui) est d’origine gallo-romaine, son utilisation se situe en particulier  dans le Centre / le Midi avec la forme /vw/ en Auvergne.
On assiste aussi et de façon très courante à l’amuïssement de la voyelle initiale ou de la syllabe qui place alors le phonème /gw/ à l'initiale, comme dans Guyenne issue du latin « Aquitania » ou Guillac issu du latin « Aquilius ».
En phonétique, l'amuïssement consiste en l'atténuation ou, le plus souvent, la disparition complète d'un phonème ou d'une syllabe dans un mot. Contrairement à Guillac en Gironde, Léguillac conserve le phonème initial en période occitane [lɒgy’ʎa].


L’hypothèse Scandinave

Une hypothèse, non vérifiée sur le terrain de l’archéologie, évoque une piste plus récente, à l’époque des invasions Viking, vers 850 après J.c. où Léguillac se serait formé sur le prénom scandinave « Egill » - développement en annexe 1- Etude sur les toponymes Léguillacois entre 1598 et nos jours.

Proche de Léguillac, se situe le village de Saint-Aquilin, Saynt-Agulhi - Agulhin / Agulin , du latin « Aquilinus », qui signifie aigle, courbé en bec.


Origines du nom « Auche »


Peu probable mais toujours issue de l’occitan « aucha » qui signifie oie, du latin tardif « avica », dérivé du latin « avis » oiseau en français. La légende conte qu’une oie, tombée dans un gouffre près de Mensignac, serait ressortie à la fontaine de la Font de l’Auche, déplumée et bien vivante.1 - Issue de l’occitan « oucha » très bonnes terres de labour situées à proximité du village et qui montrent l’intérêt qu’elles représentent pour la subsistance des habitants mais aussi pour la fiscalité seigneuriale, ou « aucho » terres défrichées de longue date, toujours à proximité du village. L’apparition probable de « l’auche » peut se situer à la fin de la guerre de cent-ans, après 1450 donc, période de défrichements intenses.

2 - Peu probable mais toujours issue de l’occitan « aucha » qui signifie oie, du latin tardif « avica », dérivé du latin « avis » oiseau en français. La légende conte qu’une oie, tombée dans un gouffre près de Mensignac, serait ressortie à la fontaine de la Font de l’Auche, déplumée et bien vivante.

Le canton de Léguillac possède un habitat antique remontant à l’époque gallo-romaine avec quelques débris de constructions découverts au lieu-dit Le But et Laveyssière, un ensemble funéraire Mérovingien, entre Linard - Girondeau et Glenon suggère une occupation, dans la 2ème moitié du 5ème  siècle, et une motte castrale antérieure au 10ème siècle au lieu-dit La Redoute - Le Moutot.



Les sarcophages de la Fontaine de Girondeau

La publication la plus complète sur le sujet est celle de Monsieur S. Baunac - Shap - 2001 - 4ème livraison, pages 597 à 606 - voir aussi Gallia-1969 p 362 sur le web.

C’est à la frontière de l’Antiquité et du Haut-Moyen-Age, vers 476, après la chute du dernier empereur romain d'Occident, que l’auteur situe la plaque-boucle découverte dans l'un des sarcophages de « La Fontaine de Girondeau ».

L’histoire nous conte que dès le 3ème siècle après Jésus-Christ, l’empire Romain subit de grandes invasions. Le chroniqueur Grégoire de Tours, en 580, cite les Francs, qui, ayant remonté le Danube, se seraient installés au nord-est de l’empire Romain intégrant pour certains l’armée Romaine.

L’arrivée des Huns, vers 375, venant d'Asie va bientôt pousser d’autres peuples, les Vandales, les Wisigoths et les Burgondes vers l'ouest. Les Wisigoths, branche du peuple Goths, localisés en Ukraine, vont alors connaître l’errance jusqu’au début du 5ème siècle.

Ravageant les Balkans en 401, puis Rome, en 410, leur chef, Alaric 1er, pénètre en Gaule en 412. Puis c’est au tour de Wallia, fédéré de l’empire Romain, d’obtenir d’Honorius un tiers des terres arables d’Aquitaine, en 418. Vers 470, Euric conquiert le centre de la Gaule entre Loire et Auvergne.

Ces décennies d’instabilité isolent les Wisigoths de leur fond culturel originel. Ils adoptent, peu à peu, une partie des éléments de culture des pays traversés, et vivent finalement à la « romaine ».

A la mort de Childéric, en 481, plusieurs dynasties se côtoient du nord au sud de la Gaule :



a)         En Gaule Belge, le royaume des Francs (Mérovingien) en souvenir de son roi légendaire, Mérovée, que Grégoire de Tours cite brièvement dans ses « Dix Livres d’Histoire » comme possible descendant de Claudion le Chevelu,

b)        au nord de la Gaule le royaume de Syagrius, général romain, qualifié de « Roi des Romains » par Grégoire de Tours, entre 430 et 486, puis,

c)         plus au sud de la Gaule, incluant une grande partie de l’Espagne vers 500, un royaume d’environ 100 000 Wisigoths avec pour capitale Toulouse.




La victoire de Clovis à Vouillé, en 507, met un terme à la domination Wisigoth. La plupart quittent définitivement l’Aquitaine pour le royaume de Tolède, quelques-uns restent en Languedoc Roussillon.

De ce très court règne de moins d’un siècle, en Périgord, perdurent quelques toponymes en « ingos » occitanisés en « ens » comme Mauzens, Festalens, ou Vanxains, ou fixés sur un nom de personne, Vila-Amblard, Villamblard, ou le lieu-dit la « Garmanie » à Saint-Astier fixé sur le prénom Garman, mais il faut rester prudent dans ces analyses lorsqu’elles ne donnent pas lieu à des recherches de terrain.

Le contexte historique en Périgord avant l’arrivée des Wisigoths

De 407 à 418, l’Aquitaine est soumise aux passages permanents de bandes armées, qu’elles soient « barbares » ou pas. Des « villae » sont détruites, comme peut-être celles du But ou de Laveyssière dont ils ne restent aucune trace d’infrastructure, vraisemblablement incendiées peut-être par quelques esclaves « bagaudes » qui, profitant de l’arrivée des « barbares » tentent de s’émanciper du joug du seigneur local. En réalité l’installation des Wisigoths en Périgord, vers 439, est l’un des outils politiques utilisé par les Romains afin d’enrayer la rébellion Gauloise.

Pratiques d’inhumations

Afin de dater précisément les sépultures de Girondeau il est nécessaire de faire référence aux coutumes d’inhumations pratiquées entre le 4ème et 5ème siècle en Gaule.

Si les juristes Romains des 1er siècles n’autorisent pas le dépôt de mobilier funéraire dans la sépulture, la coutume gallo-romaine déroge parfois à la règle puisqu’il n’est pas rare de trouver des vases, des parures et offrandes alimentaires.

Quant aux Mérovingiens du nord de la Gaule, note Grégoire de Tours, « qu’ils soient riches ou pauvres, ils pratiquent l’inhumation habillée et déposent dans la sépulture des éléments de costume, comme fibules, plaques-boucles, vaisselles, ou armes ».

Rien de tout cela dans le sud de la France, comme le prouve les sépultures de Girondeau, en effet, seule une plaque-boucle est découverte sur ce site rural.

C’est pendant le hiatus archéologique de la fin du 5ème et le début du 6ème siècle, que l’interprétation ethnique reste la plus ouverte (voir Kazanski Michel - 1994 - étude typologique des boucles de ceinture et plaques-boucles articulées) avec une période charnière se situant entre l’apogée du royaume Wisigoth, l’incursion de Clovis jusqu’à Bordeaux en 478, et la conquête Franque de 507.

Localisation du site funéraire

Le hameau de Girondeau se situe à 1 km 200 de Léguillac de l’Auche à environ 187 mètres d’altitude, le deuxième site le plus élevé du canton après Les Tuilières (hors Le Moutot).

Le hameau de Girondeau se situe à 1 km 200 de Léguillac de l’Auche à environ 187 mètres d’altitude, le deuxième site le plus élevé du canton après Les Tuilières (hors Le Moutot).


On peut aisément imaginer, avant l’arrivée des Wisigoths puis des Mérovingiens en Périgord, la présence de quelques petites fermes gallo-romaines sur Girondeau, Linard, Boudeau, Glenon, peut-être Font-Chauvet, précédées par deux « villae » situées à  Laveyssière et Le But. (Voir étymologies des lieux-dits dans les « annexes »). Aujourd’hui encore, la densité exacte de population wisigothe et Mérovingienne est méconnue en Périgord du fait de la destruction de sites ou de fouilles privées avant l’observation archéologique.

Dans le cas des sépultures de Girondeau la position de l’un des crânes est différente en fonction des prises de vues.

Le petit site funéraire isolé en zone agraire, composé de deux sépultures inviolées, est découvert le 1er février 1967 sur la parcelle n° 45, section AC, appartenant à Mr. Moulles. La charrue du tracteur du propriétaire, lors d’un labour précédé d’un défrichement de « lande à genièvres », heurte les couvercles de deux sarcophages trapézoïdaux situés à environ 40 cm sous terre, parfaitement taillés, orientés est-ouest.

Archéologie aérienne – photos prises en 1945 – 1966 et 2009

 Les sarcophages et leur contenu

Les deux sarcophages d’une longueur d’1 mètre 90 chacun, 0,44 de large à l’ouest et 0,21 à l’est sont recouverts de couvercles en bâtière en forme de toit à deux pentes. L’ensemble est taillé en pierre calcaire originaire de Paussac-Saint-Vivien situé à 25 km de Léguillac. Le calcaire est blanc-jaunâtre avec débris de coquilles - Recherches sur l'histoire de l'occupation du sol du Périgord - Centre national de la recherche scientifique, 1978.

La carrière de Chancelade, plus proche, ne débute son exploitation qu’au tout début du 12ème siècle avec la construction de l’église Saint-Jean de Chancelade en 1135.

Mr. Watelin, des Monuments Historiques, constate la présence de squelettes intacts dans chacune des tombes, mesurant chacun entre 1 m 70 et 1 m 75, têtes à l’ouest, légèrement surélevées et quelques os épars en pleine terre à 3 m 70 des sépultures.


Photos Persée - Aquitaine - In: Gallia. Tome 27 fascicule 2, 1969. pp. 343-380
par J Coupry et blog de Fred


Les défunts

L’un des squelettes possède un frontal plus ou moins aplati et sur la partie supérieure du crâne une déformation significative sans que l’on sache si la déformation est volontaire ou involontaire. Deux hypothèses sont envisageables,

- sans souhait d’allonger le crâne, les parents mettaient en place, à la naissance, un système de contention dans le but de protéger le nourrisson contre le froid et les chocs au niveau des fontanelles et le port de la coiffe chez les filles contribuaient à la modification du volume crânien et à son développement inhabituel. (Ex : Saint-Etienne de Beaune en Côte d’Or, Routier dans l’Aude ou Venerque en Haute-Garonne).

- longtemps les anthropologues pensèrent à une influence germanique, en fonction du rang et par soucis d’esthétisme, dans la pratique d’une compression du crâne à l’aide de liens et de planchettes positionnées dans le sens antéro-postérieur. En réalité d’autres peuples pratiquèrent de la même façon à différents époques, au Néolithique en France, et sur d’autres continents.

A ce stade et sur un aussi petit nombre de tombes analysé il est évident qu’il ne pourra s’agir d’un marqueur ethnique exploitable, mais on ne peut écarter la survivance d’une coutume dans un groupe restreint avec le souhait de se distinguer des autres habitants.

Les cimetières du haut Moyen-Age en Languedoc - Des champs d'inhumation « à la campagne » aux premiers cimetières d'églises - Presses universitaires de Perpignan - 2015 - Duchesne et E Crubézy.


Une tradition artistique


Seule une boucle de ceinture, aujourd’hui au musée du Périgord, est découverte dans l’un des sarcophages. Faite de bronze, elle se compose d'une contre-plaque et d’une plaque, d'une boucle et d'un ardillon. Sur sa face et son revers subsistent trois tenons, disposés en triangles, servant à fixer la plaque au cuir. Inconnues lors des grandes invasions germaniques, elles apparaissent au 5ème siècle sous la forme de petites plaques-boucles cloisonnées ou en fer damasquiné. La plaque-boucle est destinée à fermer la ceinture tout en constituant l’un des ornements des plus riches et des plus variés des œuvres wisigoths et mérovingiennes.

La boucle de ceinture réniforme de Girondeau, plaquée d’un alliage d’or et de cuivre, comporte deux motifs floraux en forme de trèfle à cinq feuilles, l’un vert, l’autre vide, quatre cercles ronds dont deux de couleur rouge et deux de couleur verte. Au centre se situe un motif en forme de cœur dont on ne connaît pas la couleur.

Les sept emplacements sont destinés à recevoir des inclusions de pâte de verre moulées sur le support. Le cabochon rectangulaire situé sur l’ardillon devait recevoir peut-être une pierre précieuse telle qu’un rubis en référence à d’autres objets semblables connus.


Les incrustations de couleurs

En occident les peuples Germaniques diffusent la technique de l’incrustation à froid de grenats, gemmes, et pâtes de verre colorées en rouge, vert, ou bleu, et, qui parfois ressemble à la technique de l’émail à chaud diffusé dans l’empire Byzantin et le monde Méditerranéen dès le 6ème siècle.

Provenance de la boucle

Les objets originaires de l’empire romain transitent au 5ème siècle par trois axes principaux : à l’est, en provenance des régions Danubiennes, des régions alpines, à partir de l’Italie, sous domination  Lombarde et enfin du sud par le royaume wisigoth d’Espagne. 

Si l’on se réfère aux découvertes effectuées sur le site d’Estagel dans les Pyrénées Orientales, datées de la fin du 5ème siècle, il y a déjà quelques analogies avec la plaque-boucle de Girondeau. A-t-elle été exécutée dans l’un des ateliers travaillant dans la Péninsule Ibérique ? En effet on ne dispose que de peu de renseignements sur les ateliers d'orfèvres installés en Gaule Méridionale et surtout en Aquitaine Seconde, alors que l’Espagne, possède déjà à l’époque une longue tradition du travail du métal.

La plaque-boucle de Girondeau reste un objet archéologique rare pour le Périgord. Ces types de productions répandues à travers les possessions Wisigothiques de la Gaule, deviennent de plus en rare à mesure que l’on s’éloigne des ateliers espagnols. Les Wisigoths restent donc plutôt consommateurs que producteurs d’objets.

La plupart de ces plaque-boucles se rencontrent dans l’Aude, l’Hérault, le Lot-et-Garonne, le Tarn et le Tarn-et-Garonne. La plaque-boucle de Girondeau a pu être importée d’Espagne entre 469 et 475 lorsque les troupes d’Euric conquièrent le Berry, puis l’Auvergne pour finalement contrôler l’ensemble du Sud-Ouest de la Gaule. L’Histoire du Périgord d’Arlette Higounet Nadal en 1983 nous indique que la cité des Pétrocoriens, Vésonne, n’accueillit pas les nouveaux venus immédiatement, ceux-ci étant « cantonnés plutôt en Poitou et Saintonge, le code d’Euric attestant ensuite qu’on procéda à de nouveaux bornages ».

Le site funéraire de Girondeau est-il situé à proximité de l’emplacement d’une ancienne petite garnison militaire Wisigoth ou Mérovingienne en limite de frontière, ou d’une route ?

Les Wisigoths, un christianisme simplifié

Les petites communautés chrétiennes du Périgord cohabitent avec une communauté wisigothe pratiquant l’arianisme, un christianisme qui ne reconnait pas la divinité du Christ. Peu de massacres de civils, de martyrs, entre 439 - date de la signature du traité d’alliance entre romains et wisigoths - et 507. Les communautés se resserrent autour de l’église, pendant que les wisigoths enterrent leurs morts dans des sépultures rurales.  Ce qui importe c’est qu’il n’y ait pas d’unions matrimoniales entre communautés.

Si l’évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire, en 476 et Vérus de Tours en 496 sont soupçonnés d’entente avec les Burgondes ou les Francs, ils sont déportés. L’évêque de Périgueux s’organise pour diriger sa petite communauté et n’a qu’un droit de regard réduit sur les quelques églises rurales qui peuvent à tout instant être prise par l’occupant. Après le départ des Wisigoths, l’église de Léguillac se dote très tôt d’un premier saint Mérovingien, Grégoire puis d’un deuxième avec Saint-Cloud.

Peu à peu la christianisation imposent le regroupement des tombes autour de l’église, le mobilier disparaît alors de la sépulture.

Conclusion

Malgré la présence d’un élément méditerranéen dans l’un des deux sarcophages, il est difficile de considérer les deux individus inhumés ainsi que les sarcophages comme nécessairement d’origine « Wisigoth ».

Voir le sarcophage de Glenon identifié sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine d’époque Mérovingienne. 

2012 - hameau de Glenon - le sarcophage est disloqué par le gel

2012 - hameau de Glenon - le sarcophage est disloqué par le gel
Sarcophage de Glenon

Boucle de ceinture


Relevé aimablement communiqué par Monsieur Serge Avrilleau






L’étude des Saints titulaires de l’église

L’étude des 1ers Saints titulaires de l’église de Léguillac, autour desquels la paroisse s’est constituée permet de distinguer trois grandes périodes de dévotion.

Il sera peut-être alors possible d’établir les dates de dédicace de l’église primitive puis la naissance de la paroisse, en général postérieure.

La toponymie de Léguillac nous ramène à l’époque gallo-romaine des 1er et 2ème siècles après Jésus-Christ, trace de la première occupation humaine, mais, comme Le But et Laveyssière, la « villae » de Léguillac a disparue avant le moyen-âge.

L’organisation des premières paroisses se met en place dès le début du 5ème siècle. En effet, l’époque Mérovingienne, et surtout Carolingienne, entre le 5ème et le 8ème siècle, sans faire disparaître les cultes des apôtres, (église de Mensignac dédiée à Saint-Pierre et Saint-Paul) choisit de nouvelles dédicaces et met en avant de nombreux évêques :

- comme Saint-Martin au 4ème siècle, protecteur des dynasties Mérovingienne et Carolingienne, ou Saint-Grégoire au 6ème siècle, tous deux évêques de Tours, Saint-Médard, évêque de Noyons, que l’on retrouve à Excideuil ou Mussidan, honoré par Clotaire 1er dans la 2ème partie du 6ème siècle, ou Saint-Sulpice, évêque de Bourges au 7ème siècle, à Roumagnac ou Excideuil.

- et de nombreux ermites comme Saint-Astier ou Saint-Aquilin au 7ème siècle.

Les lieux de culte dédiés à Saint-Cloud sont peu nombreux en Périgord, Badefols d’Ans dédicaces à Saint-Martin et Saint-Cloud, avec mosaïque gallo-romaine, Biras nom gallo-romain Biracius, Etouars, avec une villa gallo-romaine, Saint-Cloud, ancienne chapelle en dehors de la Cité de Périgueux et à l'est de la léproserie de Charroux, Pissot - Creyssensac, ancienne paroisse. — Pinsot, 1247 (ch. de Périgueux). —Pischot, 1365 (Lespine Fouage). — Ecclesia nova de Pischol, 1382 (P. V. M.). Voc. Saint-Cloud,

L’église de Léguillac ne va pas choisir un martyr d’Orient ou d’Occident, mais un évêque, un ermite Mérovingien et un laïc.

Léguillac de l’Auche s’est doté secondairement d’une fête patronale, le 7 septembre pour la Saint-Cloud, distincte de la fête du titulaire de la paroisse, le 17 novembre, la date étant mieux adaptée aux fêtes populaires que la date du titulaire, comme Badelofs d’Ans, dédiée à Saint-Martin, fêté le 11 novembre, et dont la fête patronale se déroule pour la Saint-Cloud.

Découvrir la chronologie la plus ancienne du 1er culte, c’est connaître la date de décès ou la canonisation des Saints de l’église de Léguillac - Saint-Cloud, Saint-Grégoire puis Saint-Roch.

Saint-Cloud

Clodoald ou Clodoaldus, plus connu sous le nom de Saint-Cloud nait en 522 et décède le 7 septembre 560. Prince mérovingien du 6ème siècle et petit-fils de Clovis 1er , il renonce à la royauté et devint ermite puis moine. Il se retire en l’église de Saint-Cloud et fait construire un monastère.

Grégoire de Tours

Grégoire de Tours nait le 30 novembre 539 ou 538 dans le territoire des Arvernes, actuelle ville de Clermont-Ferrand et décède en 594
Il devient évêque de Tours et laisse de nombreux traités d'histoire et d'astronomie, une hagiographie merveilleuse et terrifiante de Saint-Julien et Saint- Martin, mais aussi, en qualité d’historien, la première « Histoire des Francs ».


Saint-Roch

Saint-Roch est canonisé en 1414 par Benoit XIII. C’est le favori du monde paysan au 15ème et surtout 17ème siècle lors des grandes épidémies, patron des pèlerins, des animaux et des végétaux (vignes).  On rencontre son culte à Montpellier puis en 1475 à Venise puis il se répandra en Europe au début du 15ème siècle. Saint-Cloud est choisi au moment de la dédicace de la nouvelle église.




Le souterrain du bourg, un refuge populaire près de l’église



Monsieur Serge Avrilleau dans son ouvrage Cluzeaux et Souterrains du Périgord - tome 6, page 351 paru chez Plb au Bugue en 2015, nous présente le cluzeau de Léguillac - voir aussi Shap - 1972 page 188.
Découvert lors de la construction du monument aux morts en 1925 en démontant une vieille muraille qui en obstrue l’entrée, le souterrain-refuge, composé de trois salles, fait l’objet d’une visite en 1971 par les Groupes Spéléologiques de Saint-Astier et Périgueux.


Le souterrain « ramifié » de Léguillac possède une galerie avec deux embranchements successifs comme celui de Saint-Michel de Villadeix.

En 1991 une « prospection-nettoyage » se déroule excluant toutes recherches dans les niveaux inférieurs du moyen-âge. « Une cruche destinée à contenir de l’eau à usage culinaire » datée entre les 11ème siècle et 14ème siècle, fourchette large donc, est seule témoin d’importance à ce jour de l’occupation du cluzeau.

Le jeudi 4 septembre 2008 un représentant de la Direction Régionale des Affaires Culturelle visite le cluzeau afin d’envisager une ouverture du souterrain au public mais l’humidité et la boue ne le permettent pas.

Datés du haut-moyen âge, entre 476 et 987, période Mérovingienne, la plupart des cluzeaux sont obstrués lors de l’Inquisition peu de temps après l’édit de Raymond VII en 1233. A ce jour, on dénombre près de 1600 cluzeaux  en Périgord dont quelques-uns se situent en dessous d’une église. 200 sont creusés par des spécialistes.

Sept autres cluzeaux et souterrains sont répertoriés sur la commune, la crypte du château du But, les souterrains de Baby du Moyen-age, la Croze, du Crâne, du château de la Font-de-l’Auche, un souterrain à Cayot vraisemblablement, et la fosse ovoïde de Girondeau contenant cendres et fragments de briques, située à proximité des sarcophages Wisigoths.

Monsieur Avrilleau nous livre ainsi un inventaire précieux du patrimoine des cluzeaux et souterrains du Périgord, fruit de 40 années de travail et de relevés.


L’ancienne église

Lorsqu’en 1902 l’ancienne église disparait c’est l’âme du village de Léguillac qui s’en est allée  avec ses 900 ans d’histoire, ses angélus qui rythmaient le temps des paroissiens.

En 1903, le curé de Léguillac de l’Auche Joseph Roux est invité par le président de la Société Historique et Archéologique du Périgord à participer à la séance du 3 décembre et présenter le résultat de ses découvertes et relevés effectués pendant la démolition de l’église romane, un an auparavant.

Il est convenu, ce 3 décembre, que l’abbé Roux publierait dans un prochain bulletin ses travaux, dessins et photographies. Le Marquis de Fayolle en guise de conclusion souligne que « l’église de Léguillac était l’un des édifices romans les plus anciens et les plus intéressants, non seulement du Périgord, mais même de France ». Sa disparition est déplorée.

La même année l’ancien curé de Léguillac devient membre de la S.h.a.p. présenté par son président le Marquis de Fayolle, inspecteur général  de la Société Française d’Archéologie, et le chanoine Brugière vice-président honoraire.

En 1904 « l’abbé Joseph Roux dépose sur le bureau de la Shap plusieurs objets découverts au cours des travaux de reconstruction de son église ; un petit reliquaire en étain du 12ème, ayant la forme des anciennes granges limousines et périgourdines ; lorsque cet objet fut trouvé, il contenait encore un ossement et des fragments d’un linge qui, au toucher, tombèrent en poussière ; plusieurs clefs des 13ème et 14ème siècles, enfin, une petite croix du 17ème avec la figuration naïve du Christ, en cuivre estampé ».

En 1925, le chanoine Roux présente « un fragment de vase découvert sur l’emplacement de l’ancienne église, la matière est de verre, à la couverte très belle, et rappelle les fabrications orientales des premiers siècles de notre ère ».

L’étude ci-dessous résume les écrits de l’abbé Roux présentés en séance le jeudi 1er mars 1906 et parus dans le bulletin de la S.h.a.p., tome 33, pages 136 à 152 de la même année. Pour mémoire, Joseph Roux est président de la Shap entre 1933 et 1944.

Nous allons découvrir les 4 périodes d’évolutions architecturales de l’édifice, aux 11ème, 12ème, 13ème et 15ème siècles, avec deux représentations, envisageables, de la façade de l’édifice aux 11ème et 12ème siècles.

Les photographies, reflets de l’édifice disparu, appartiennent pour la plupart à des églises situées à quelques kilomètres de Léguillac de l’Auche.

Comme nous allons le découvrir, les  nombreux événements militaires survenus à Saint-Astier entre les 11ème et 15ème siècles ont immanquablement eu des répercussions à Léguillac distant seulement  de 6 km.


Repères historiques

C’est au tout début du 11ème siècle, en 1013 que l’église de Saint-Astier est consacrée par Grimoard de Mussidan, abbé de Brantôme puis évêque d’Angoulême entre 991 et 1018.

Quelques décennies plus tard, entre 1050 et 1100, l’église de Léguillac de l’Auche est élevée dans un style architectural roman caractéristique du Moyen Age. Si l’art roman en Europe évolue peu à peu vers l’art gothique au cours du 12ème siècle ce n’est que dans le courant de la première moitié du 15ème siècle, qu’au nord, la partie gothique est édifiée.


Architecture

Entre le milieu et la toute fin du 11ème la 1ère église est construite d’après un plan roman simple, une nef et une abside en cul de four, sans absidiole, typique de la région de Ribérac avec une entrée romane à l’ouest.

Composé de voûtes en pierre afin d’éviter l’incendie des toitures faites auparavant de bois, l’édifice est en conséquence moins large. Les murs sont peut-être recouverts de fresques simples à motifs religieux, les chapiteaux et colonnes sculptés de façon sommaire. L’église, sobre, au style dépouillé est construite pour durer. La petite communauté de Léguillac, avec une trentaine de feux-foyer au 11ème siècle, ne peut financer de gros coûts de construction  et n’a donc pas recours à une taille soigneuse des pierres. La nef, dite à « fil de coupole » comme celle de Cherval située à une trentaine de kilomètres, est un assemblage de « petits moellons noyés dans d’énormes épaisseurs  de mortier rouge » mélangés avec du « charbon concassé » et de la « chaux blanche non délayée » déposé en lits successifs sur un coffrage en bois. La solidité de la vôute est renforcée à intervalles réguliers par des arcs de pierres soigneusement taillés et ajustés, les arcs-doubleaux. La surface de leur pendentif est peut-être recouverte de stuc afin de masquer le gros appareillage.

La présence de voûtes exerce d’énormes pressions sur les murs latéraux. Afin de palier à l’écartement, les murs sont construits très épais peu élevés et munis de petites ouvertures. A l’extérieur, l’église possède des contreforts plats pour renforcer le tout.



11ème siècle


Entre le milieu et la toute fin du 11ème la 1ère église est construite d’après un plan roman simple, une nef et une abside en cul de four, sans absidiole, typique de la région de Ribérac avec une entrée romane à l’ouest.
Façade de l’église au 11ème siècle



 
Les habitants de Léguillac au 11ème siècle accèdent à l’intérieur de l’église par une porte romane « des plus curieuses, surmontée de 5 archivoltes reposant de chaque côté sur trois pilastres et deux colonnes » La cinquième archivolte avec moulure se situe à 5 m 20 du sol de la porte d’entrée. Les deux dernières fines colonnes intérieures soutiennent un tympan. Les colonnes reposent sur des chapiteaux coniques « renversés » ornés de dessins gravés seulement au trait et très primitifs avec des croix potencées ou chevrons.

La porte à 3 m 40 de largeur entre les deux pilastres extérieurs. Les tailloirs sont à 3 m 50 et chaque voussure à 0 m 20.






Un cordon horizontal occupe toute la façade situé à 1 m 70 de la dernière archivolte. Il est agrémenté de corbelets ou modillons historisés que l’on retrouve tout autour, à l’est, au sud et au nord.

Un petit oculus est présent entre la porte et le cordon.

La façade, ornée d'une arcature aveugle ou ouverte au-dessus de la porte, se termine peut-être par un pignon triangulaire aigu comme la chapelle Saint-Jean de Chancelade ou l’église de Bois Moreau en Saintonge. L’intérieur en forme de rectangle de 6 m 40 de largeur se termine par une abside circulaire de 3 m 75 de diamètre, le tout peu éclairé et appelée vôute en cul de four. 
 
  
 
 
 Lorsqu’on lève la tête, 3 coupoles sont alignées, avec 6 m 40 de diamètre chacune soutenues par des arcs à pendentifs. La présence de clefs de vôute bloquent les sommets des arcs. Dans l’architecture romane la présence de l’arc devient un véritable progrès par son rôle dynamique. De par sa forme il dévie le poids des voûtes ou coupoles vers la partie inférieure et permet ainsi d’ouvrir un plus grand espace entre les arcades et colonnes. 



Eglise de Segonzac








Au 12ème siècle l’église s'embellie d’un clocher carré et de deux absidioles






Début 12ème, entre 1100 et 1150 l’église est dotée « d’un clocher à coupole très élévé, agrémenté par côté de deux absidioles ou chapelle rayonnante et d’une abside de la même largeur que le reste de l’église». Côté Est, est accolé au clocher carré un chevet identique à celui de Saint-Martin de Limeuil ou celui de Ribérac.

« Le grand arc de la coupole était à 10 m 40 d’élévation sous clef », dépassant les deux autres coupoles de 3 m 60 et supportant un clocher carré. Les absidioles de 4 m 80 de diamètre et 2 m 80 de profondeurs ont une hauteur inconnue. En outre un escalier permet d’accéder au sommet du clocher.



Eglise de Segonzac



L’édifice reconstitué présente un type complet de l'architecture romane du Périgord. La grande coupole repose sur des chapiteaux coniques sans sculpture et deux autres au niveau des corbeilles « superbement sculpés » situés aujourd’hui à l’intérieur de la nouvelle église. L’une des sculptures représente le Malin crachant ses rinceaux (motif ornemental représentant des feuillages). Le rôle de la corbeille est didactique, relativement bas pour être à portée de regards, et permet au sculpteur de donner libre cours à son imagination.

La fonction de la colonne est de recevoir la retombée des arcs situés au-dessus et de diffuser la poussée vers le fut de la colonne puis le sol. Sa forme diffère suivant sa fonction, soit en colonne adossée, pilier carré ou cruciforme, ou colonne engagée dans le mur. Le haut de la colonne de forme carré se nomme le tailloir ou abaque, la corbeille le plus souvent historiée, l’astragale en forme d’anneau, le fût, et enfin la base rectangulaire.



Découverte de cachettes sous l’autel

Au 13ème siècle, sous l’autel, à l’est, sont pratiquées deux cachettes creusées dans la terre. La 1ère cachette a une forme conique très évasée, d’un diamètre d’1 mètre à la base et de 0 m 30 à l’orifice, contenant un modeste trésor, des monnaies de Saint-Front, la 2ème et un peu plus grande et comblée.


Toujours à proximité de ces cachettes une fosse ronde un peu ovoide, d’1 m 20 de hauteur, d’1 mètre au sommet,  repose sur un foyer empli de cendre et de débris de charbon, laissant à penser que la cloche fut fondue à cet endroit avec la présence de « bronze rouge fondu ». (J. Berthelé - Opuscules Campanaires 3ème fascicule pages 25 à 36 Les fontes de cloches à l’intérieur des églises – publié en 1908). Moule à cloche d’Escaudes en Gironde au 14ème siècle.

Moule à cloche


L’énigmatique inscription


Le jeudi 6 janvier 1887, lors d’une séance de la Société Historique et Archéologique du Périgord, Monsieur Michel Hardy, président de la Shap entre 1887 et 1893, présente le calque d’une inscription funéraire découverte lors de la modification du tracé du « chemin » situé à l’est de l’église.

Lors de l’élargissement de ce chemin, passant sur l’ancienne abside, la tombe d’un jeune homme de 20 à 25 ans portant coquille Saint-Jacques sur la poitrine est mise à jour. La tombe trapézoïdale est recouverte de dalles plates. L’une d’elle est posée au-dessus de la tête du pèlerin et porte une inscription « regardant » le jeune défunt.

Longtemps le texte médiéval est considéré comme l’acte de consécration de l’église romane à la fin du 11ème siècle.

En 2001, un article de Monsieur F. Michel paru dans le bulletin de la Shap, pages 411 à 428, nous dévoile une partie de son secret. L’étude épigraphique situe la réalisation de la gravure entre 1130 et 1230 soit le dernier tiers du 12ème et 1er tiers du 13ème siècle et propose la traduction suivante.

« Je supplie celui qui lira cette épitaphe qu’il connaisse Grimoard »




L’auteur situe l’écriture de l’épitaphe dans « l’orbite de l’école de gravure de Périgueux » en la comparant à celles présentes sur les épitaphes des évêques Jean d’Asside et Pierre Mimet, situées dans l’église Saint-Etienne de la Cité de Périgueux, elles aussi versifiées et invitant les passants à se souvenir des défunts par une prière. La pierre supportant l’épitaphe, d’après son aspect, aurait été placée sur l’un des murs ou de l’abside ou des absidioles avant leurs destructions entre 1152 et 1224.
 
 
L’épitaphe sera réutilisée à une date ultérieure de façon isolée et positionnée au-dessus du visage du jeune pèlerin. L’épitaphe ne portant pas de titre ecclésiastique il ne peut s’agir de Grimoard de Mussidan, évêque d’Angoulême en 1013 qui consacra l’église de Saint-Astier ou de Grimoard 1er évêque de Comminges en 1230, par contre l’auteur, avec réserve, note la présence, dans le cartulaire de l’abbaye de Chancelade, d’un laïc, Grimoard Veger, prévôt de l’évêque de Périgueux entre 1198 et 1230 lors de donations, à l’abbaye, de biens situés à proximité de Léguillac.


 
Les habitants ne conservent pas leur église très longtemps. Le clocher et les absidioles sont détruits lorsque l’Aquitaine devient Anglaise après le mariage d’Aliénor d’Aquitaine en 1137 avec le roi d’Angleterre.

Dans ce même temps, en 1158, Henri II de Plantagenêt de passage à Périgueux exige la venue de Jean d’Asside en remplacement d’Arnaud de Mareuil nommé archevêque de Bordeaux. Jean d’Asside combat les hérétiques vers 1165, octroi des bienfaits aux abbayes de Chancelade et Saint-Astier.

 
Le conflit avec les Anglais n’est peut-être pas la seule raison de la destruction indique Mr Joseph Roux, car « sous le règne de Louis VII en l’an 1160, alors que la guerre était la plus échauffée entre ce prince et Henri, roi d’Angleterre, une troupe de ces fanatiques s’étant saisis du château de Gavaudun en Agenais, ils en firent leurs places d’armes, et se répandirent en Périgord, où joints par ceux qu’on appellait brabançons, cottereaux ou palliers, ils s’attachèrent principalement à la destruction des églises, et au massacre des prêtres qui les desservaient. L’évêque de Périgueux, Jean d’Asside, crut devoir remédier. Pour cet effet il ramassa les milices de ses domaines, et s’étant mis à leur tête, il assiégea la place où ces malheureux s’étaient établis et après l’avoir emportée, il la fit raser pour leur ôter le moyen ou l’envie de la reprendre ».  Collection Périgord à la BnF - Tome 30 - Par l’abbé Lespine - Fol. 32.

Pierre Mimet (1169-1182) succède à Jean d’Asside lorsqu’Henri II roi d’Angleterre assiège le Puy-Saint-Front. En 1170 il accompagne, en Espagne, Eléonore fille d’Henri II lors de son mariage avec Alphonse de Castille. Pierre Mimet consacre l’église de Saint-Alvère et plusieurs autels à Chancelade entre 1171 et 1178.

En 1190 Philippe Auguste et Richard, fils d’Henri II d’Angleterre oublient leurs querelles et partent en Palestine. Richard, le « diable enchaîné », de retour en Limousin, en 1193, est à nouveau en conflit avec Philippe Auguste. En 1224 Louis VIII reconquiert le Périgord.







13ème siècle

Le clocher et les absidioles détruits, l’architecte condamne tout nouvel agrandissement en élevant un mur à l’est très épais, de 4 m 30, enfermant une partie de la coupole, la clef de son grand arc, l’arc à doubleau et une partie du pendentif nord et …… les deux belles colonnes.

Le chevet plat prend dorénavant une belle allure défensive. Le mur nouvellement construit conserve une partie de l’escalier à vis qui permettait l’accès au clocher et ce jusqu’à 16 mètres de hauteur. L’accès s’effectue par un étroit couloir aménagé dans le mur à gauche de la nouvelle abside.

L’architecte pratique « une ouverture en plein ceintre très haute et peu large percée dans un contrefort plat et semblable à la fenêtre du chevet de Bourg les Maisons » entre les années 1230 et 1300.



Le cube en pierre rectangulaire mesure à présent 16 mètres de longueur.

L’évêque Adhémar 1er de la Tour entre 1182 et 1201 précède Raymond IV de Castelnau (1202-1211) consacré dans l’église de la Couronne par Hélie de Bordeaux en présence de l’évêque d’Angoulême.

Sous son épiscopat cinq frères de la maison de La Faye offrent leurs biens de Léguillac et Mensignac à la fondation du prieuré de l’Ordre de Saint-Augustin, il s’agit de Grimoard, évêque de Comminges, Gérard, évêque de Bayonne, Arnaud de la Faye, chanoine de Saint-Front, Jean, moine de La Grande Selve, et Guillaume, laïc.

Peu de temps après la déposition de Raymond IV accusé d’hérésie par le pape Innocent III, Rodolphe de la Tour (1210-1232) devient évêque de Périgueux. C’est de retour de pèlerinage en Terre-Sainte qu’il confirme la fondation du prieuré de La Faye en 1219.


Un jeune pèlerin de retour de Compostelle

En 834, Alphonse II, roi des Asturies, quitte Oviedo, au nord de l’Espagne, pour vénérer le tombeau de Saint-Jacques découvert il y a peu de temps, c’est en quelque sorte le premier pèlerinage, le « Camino Primitif ». Godescalc, évêque du Puy-en-Velay effectue entre 950 et 951 un nouveau pèlerinage vers Saint-Jacques ouvrant ainsi la voie de l’une des plus importantes routes européennes, Compostelle devient dès lors l’un des grands centres de la chrétienté en Europe. Le pèlerinage atteint son apogée au 12ème siècle.


L’un des quatre chemins vers Compostelle traverse le Périgord sur près de 140 kilomètres. Il s’agit de la via Lemovicensis ou voie limousine ou voie de Vézelay (Bourgogne) qui, en provenance de Limoges, passe par Périgueux, l’un des trois lieux incontournables de vénérations de reliques avec Saint-Front, puis Chancelade, les Andrivaux, les Fieux, Gravelle, Annesse et Saint-Astier en continuant vers Bergerac.

Un autre chemin plus au nord en provenance de Saint-Jean de Côle, Brantôme, emprunte le GR 645 à Chancelade, puis la Roche, les Granges, situé à 600 mètres de Léguillac de l’Auche, Levrault, Tamarelle, et Saint-Astier.

Saint-Astier
C’est peut-être par ce petit « camino » que le jeune pèlerin, dont la tombe fut découverte en 1887, chemina, de retour de Compostelle après un passage par Saint-Astier, lieu de dévotion important au 12ème siècle, après s’être recueilli devant les reliques du Saint, des deux saintes épines et d’un fragment de la vraie croix, tous disparus lors de la Fronde. Puis il prend la direction des hauts de Tamarelle, des Granges et aperçoit l’église romane de Léguillac. Peut-être s’est-il recueilli devant le reliquaire en étain contenant l’os et le tissu d’un personnage inconnu. Peut-être était-il, d’ailleurs, habitant de Léguillac issu d’une famille relativement aisée… !!
Le pèlerinage, expression de la piété chrétienne, est d’une grande intensité du 11ème au 15ème siècle. Il recouvre de nombreux rites et pratiques. Après avoir dépassé la forme pénitentielle des débuts, le pèlerinage s’attache de plus en plus à la dévotion des reliques et des objets de cultes. La relique est placée dans la pénombre de la crypte ou à proximité de l’autel. La faiblesse financière des uns les contraints au pèlerinage local ou régional, s’accompagnant d’une croyance en un pouvoir de la relique conservée, même si elle se trouve dans un modeste sanctuaire comme Léguillac et au détriment parfois de sanctuaires dotés de vraies reliques.

Dès le 13ème siècle un guide décrit les chemins et haltes de dévotion vers la Galice, peut-être met-il en garde les pèlerins des dangers du voyage d’ailleurs la plupart voyage en groupe.
Le rituel : c’est la vision ou le contact avec la relique, mais surtout le vœu inspiré par Dieu sous sa protection, on passe ainsi de l’ordre naturel au sacré.

Le pèlerinage s’accompagne d’offrandes, cierges ou ex-voto pour les plus aisés. On ramène une coquille pour Saint-Jacques de Compostelle comme le pèlerin de Léguillac. Au siècle des Lumières, la prière personnelle et la méditation prennent le pas sur le culte ostentatoire et collectif.


Tentative de datation de la tombe

La tombe du pèlerin découverte en 1887 à l’est de l’église se présente « presque à fleur du sol façonnée à l’aide de pierres plates posées de champ et dont le couvercle était formé de dalles juxtaposées ….l’une d’elles, celle du chevet, présentait à sa face inférieure une inscription ».

L’occupation funéraire est donc attestée à l’est de l’église après la destruction de l’abside et des deux absidioles entre 1152 et 1224 et ne montre pas de trace d’occupation mérovingienne.

Même si la forme trapézoidale rappelle les tombes-sarcophages des 7ème et 8ème siècle présents sur de nombreux sites urbains et ruraux autour d’édifices religieux comme en plein champ, la tombe de notre pèlerin présente une construction simple en pierres d’appareil. Le contenant est réalisé sur place en pierres calcaire disposées de chant. Il n’y a pas de fond, le corps enveloppé est déposé directement sur la terre. Le coffrage est dit « anthropomorphe » c'est-à-dire de forme trapézoidale intégrant les proportions du corps humain avec une alvéole céphalique recouverte par l’épitaphe. Le couvercle est formé de dalles, plaques monolithes taillées dans le calcaire. Les dalles sont peut-être des dalles de réemploi provenant d’une carrière de calcaire toute proche. On ne note pas la présence de mortier.

On peut donc situer le creusement de la tombe entre la moitié du 13ème siècle et la fin de la moitié du 14ème siècle, entre 1230 et 1340, avant le début du conflit qui oppose Français et Anglais, qui débute en Périgord en mars - avril 1339 avec le siège de la bastide de Puyguilhem, tout près de Thénac en Périgord. En effet lors des périodes de conflits les pélerinages sur de longues distances s’interrompent.



Litige en 1243

Hélie de Saint Astier, damoiseau, seigneur en partie de l’Isle, cède une portion de la dîme, à la maison ou prieuré de la Faye, paroisse de Laiguillac, et sur laquelle il prétend avoir des droits.

 Lieu disparu - 1244

«  P. episcopus Petrag. ... noveritis quod cum B. M. Gri. Convenarum et G. Baion. episcopi et Arn. de Faya et Willelmus fratres carnales dedissent domui de Faya mansum Beronene in par. de Legulhac... Raymundus Salomonis miles de cujus feodo erat, consensit, de consilio W. Salomonis clerici, et P. Salomonis militis, cognati germani ejusdem ».



Litige en 1257

« Le prieur et les frères de la maison de la Faye jouissent des dixmes et novales de l’église de Legulhac, des novales sur les terres qui n’auront pas été cultivées depuis 20 ans. Les frères s’acquitteront sur les distes novales d’un sextier de froment pour le repos de l’âme de la mère d’Arnaud de Saint Astier, qui leur fit legs ».


1304 - La visite de Bertrand de Goth en Périgord


Le 15 au soir il se dirige vers le prieuré de La Faye par le chemin de Léguillac et la Font de l’Auche. Accueilli par le cinquième prieur du lieu, l’abbé de la Serre, il visite l’hôpital des pauvres.Bertrand de Goth, premier des sept papes qui siège en Avignon sous le nom de Clément V, séjourne à l’abbatiale de Saint-Astier les 13 et 14 octobre 1304. Le 15 au soir il se dirige vers le prieuré de La Faye par le chemin de Léguillac et la Font de l’Auche. Accueilli par le cinquième prieur du lieu, l’abbé de la Serre, il visite l’hôpital des pauvres.

Né vers 1264, à proximité de Villandraut en Gironde, Bertrand de Goth est élu pape en 1305 et décède le 20 avril 1314. Evêque de Saint-Bertrand-de-Comminges c’est en qualité d’archevêque de Bordeaux que  « le dict seigneur seroit allé au prieuré de La Faye, ordre de la Corone, avoit annunce la parolle de Dieu, confirmé et tonsuré plusieurs et faict aultres actes de visite : y coucha avecq sa famille aux despens du dict prieur ». Shap 1885

L’archevêque parcourt le Périgord accompagné d’une suite nombreuse et de sa famille. Ce train dispendieux séjourne aux frais des abbayes qu’il visite et excommunie ceux qui lui refusent l’hospitalité. Il est vraisemblable que les finances du prieuré et de la paroisse de Léguillac s’en ressentirent longtemps.

Le 16 octobre Bertrand de Goth quitte le prieuré en direction de l’abbaye de Chancelade, puis au petit matin du 17, se dirige vers Tourtoirac.

L’histoire mentionne, que sous la pression de Philippe le Bel, Clément V dissout l’ordre des Templiers peu de temps après la grande rafle des Templiers le 13 octobre 1307.





14ème siècle

En 1365 Léguillac de l’Auche compte 56 feux soit 280 habitants.

Un nouvel incendie détruit pour la 2ème fois l’édifice dans le courant du 14ème siècle, lors de la guerre de cent-ans. Cette fois c’est la façade ouest qui est durement touchée. En se référant aux recherches effectuées par le professeur Henri Denifle aux archives du Vatican on peut imaginer la période de destruction, ainsi pour la période 1340 - 1380 les coups de mains militaires de Derby se multiplient, le 24 aout 1345 Bergerac est prise, puis c’est au tour de l’abbaye de Saint-Astier. Pendant l'hiver 1369 - 1370, le roi de France reprend Saint-Astier et plusieurs autres localités.

« L’église de Saint-Astier s'étant écroulée, les guerres, la mortalité, les pillages des bandes ne laissant pas les moyens de la rebâtir, Clément VII remet au chapitre 100 francs d'or. La situation de l’église de Saint-Astier et du pays empire tellement, qu'avant le milieu du 15ème siècle, le culte divin est totalement interrompu, Saint-Astier ne comprend plus que cinq feux. Les routes sont alors tellement infestées qu'on ne peut guère se rendre aux églises paroissiales, quand elles sont éloignées des places fortes qui offrent un refuge ». Shap 1915 Notes et documents « Le Périgord pendant la guerre de Cent-ans » d'après les Archives du Vatican p. 611-688.

« abbatia saecularis S. Asterii Petragoricen. dioec. partim spoliata, partim demolita; canonici dispersi, habitatores circumvicini pauci ». L'abbaye séculière de Saint-Astier du diocèse de Périgueux, est, en partie dépouillée, en partie démolie ; les chanoines sont dispersés ; la population du voisinage très clairsemée.

A la fin de la guerre de Cent-ans « les églises de la ville et du diocèse de Périgueux, souillées et transformées en forteresses, semblent des cavernes de brigands; prêtres et religieux sont captifs ». Archives du Vatican.


15ème siècle

L’église est rénovée un peu avant la moitié du 15ème siècle, entre 1420 et 1450, et surtout agrandie par une partie gothique côté Nord avec 2 travées permettant l’accès à la partie romane plus élevée de 6 mètres par rapport à la partie gothique. La partie dégradée, à l’ouest avec sa belle porte romane, est définitivement condamnée par un nouveau mur très épais de 2 m 45 plaqué sur la façade, portant la largeur du mur ouest à 4 m 15. Une étroite entrée est utilisée pour accéder au nouveau clocher et deux chambres de défense sont pratiquées dans le mur du 11ème côté ouest.

Lieu disparu - 1485


« Transaction du 4 juillet 1485 portant reconnaissance par noble homme Jean de Sto Asterio senior, damoiseau, seigneur des Bories, et en partie de l’hospice de Barnabé, d’un sext. froment, &c. 5 s. d’argent, et 2 d. d’acapte sur l’hospice de Chaminelx, en faveur de vener. et religieux homme Guillaume Ademar bachelier ez loix, prêtre et prieur de la Faye.

Et de celui de Chaminelx, paroisse de Laiguillac. Ledit de St Astier disait que tam ipse quam sui predecessore acquisiverant alias et diu est per modum donationis vel alias a predicto quondam nobili viro Helia Vigerii domicello loci de Frastels habitator, tam quam de progenie et parentela ejusdem existens, dictam domum de Chaminelx una cum villagiis, maynamentis, domibus, &c. et le prieur disait que Thomas Tantalo et ses predecesseurs avait acquis en 1405 dudit Vigier. (art. retenu de mémoire et sujet à révision). Témoins, Jean Chassarelli bourg. et autres. Original en parchemin. »



L’église est rénovée un peu avant la moitié du 15ème siècle, entre 1420 et 1450, et surtout agrandie par une partie gothique côté Nord avec 2 travées permettant l’accès à la partie romane plus élevée de 6 mètres par rapport à la partie gothique.




L'église de Léguillac de l'Auche au début du 15ème siècle



Côte : 41 Fi 12 - 
A39P20 - dessin réalisé en 1894 par A Roumejoux -

Archives Départementales de Périgueux


A quelques kilomètres de là, Hélie de Bourdeilles embellit l’église de Saint-Astier en 1462.

La dernière construction du 15ème siècle n’est pas épargnée puisqu’un 3ème incendie, lors des affrontements entre catholiques et protestants, détruit l’escalier du clocher provoquant l’effondrement des voûtes.


Des liens entre Saint-Astier et Léguillac en 1526

Foucault de Saint-Astier, écuyer, seigneur de Saint Laurent de Double et du Chauze, hérite de Jean de Saint Astier, Seigneur des Bories, de la maison noble de Saint Astier, par testament du 11 aout 1526, des cens, rentes et autres droits et notamment sur les paroisses de Mensignac et Leguillac de l’Auche.

Les familles Neyssensas sont déjà bien implantées sur Léguillac, en 1562, lorsque débutent les guerres de religion. La présence d’un habitat dispersé avec quelques couples à Font-Chauvet Linard ou Armagnac vers 1650 à peut-être son origine dans la période troublée que nous allons développer à présent.

Emergence des tensions - les guerres de religion

Les nobles et la bourgeoisie urbaine du Sud du département incitent les fidèles, paysans et laboureurs, à ne plus payer la dîme au clergé. Marguerite de Valois, sœur de François 1er, après son mariage avec Henri d’Albret, puis leur fille, Jeanne d’Albret épouse d’Antoine de Bourbon, participent à la propagation des idées Calvinistes au moins dans la partie Française de la Navarre entre 1561 et 1610 et seront les plus importants soutiens de la Réforme dans le Sud-Ouest.  A l’ouest de la Dordogne la vallée de la Dronne, peu éloignée de la Saintonge et de l’Angoumois, est protestante avec Aubeterre en point stratégique et notamment lieu de replis pour l’armée de Duras après la bataille de Vergt puis des soldats de Mouvans après la bataille de Chantegeline près de Mensignac.

Dans la vallée de Lisle seul Mussidan est protestant et Périgueux l’un des points de résistance catholique en Périgord. Cela n’empêche pas quelques protestants séditieux le 24 janvier 1551 de renverser des croix de pierre et de bois à Marsac, on retrouve presque à la même période, les ossements des Saints de l’église de la Cité dans le jardin de Mademoiselle Des Fieux.

En 1555 une grande famine sévi en Périgord, on dénombre près de 1500 décès à Périgueux.

Le 8 novembre 1557 le roi de Navarre Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, parents du futur Henri IV, sont reçus à Périgueux à la « lueurs des torches ». Guy Penaud dans Histoire de Périgueux chez Fanlac - 1983.

Le gentilhomme Périgourdin Du Bary seigneur de La Renaudie originaire de Nontron prend la  tête de la conjuration d'Amboise en mars 1560 et tente d’enlever le roi François II afin de le soustraire de la tutelle des Guises. C’est l’un des événements majeurs qui va déclencher les guerres de religion.

En mars 1562, le duc François de Guise perpétue le massacre d’une centaine de protestants à Wassy en Haute-Marne. En juin 1562 Catherine de Médicis tente de ramener la paix en convoquant les protestants Condé, son frère Antoine de Bourbon et François de Guise à l’abbaye Saint Simon, près de Talcy dans le Loir et Cher, mais  l’entrevue se solde par un échec.

Bientôt les trois fronts de la guerre civile se situent en Normandie, sur la Loire, dans le Languedoc et le Sud-Ouest.

Le Périgord devient l’un des passages incontournable des Calvinistes du Midi, du Sud-Est, et du Centre de la France - Shap 1887 - tome 14 - pages 410 à 439.

Les protestants du Haut-Limousin parcourent la vallée de l’Isle en passant par Périgueux, Razac et Saint-Astier pour enfin parvenir dans la Double ; deux autres voies permettent l’accès à Ribérac, l’une par Chancelade, Mensignac et Chantepoule, une deuxième qui nous intéresse particulièrement, par Razac, Léguillac de l’Auche et Chantepoule.

Les protestants de Chalus passent par Champagnac de Belair, Brantôme, Lisle et rejoignent Ribérac puis Aubeterre.

 
Les principaux protagonistes qui marquent l’histoire des guerres de religion en Périgord sont, côté catholique, les maréchaux  de Losse, et Armand de Gontaut-Biron qui participe à toutes les batailles des Guise et du Duc d’Anjou futur Henri III, les d'Hautefort et Pierre de Bourdeille dit Brantôme,  du côté des protestants, Montluc et  Geoffroy de Vivans né au Château de Castelnaud un proche du comte du Périgord Henri IV.

Si le Périgord ne subit pas d’importantes batailles, de nombreux combats émaillent la période 1562 à 1570. Ainsi Saint-Astier est tour à tour pris par les protestants et les catholiques.

Le 27 aout 1562, Saint-Astier est aux mains des protestants, les alentours sont ravagés. Le 9 octobre, à environ une trentaine de kilomètres de Léguillac de l’Auche, le catholique et seigneur Blaise de Monluc, réputé pour sa férocité, après avoir terrorisé les populations, défait les insurgés de Duras lors de la bataille de Vergt. La plupart des fuyards se dirigent vers la Double puis c’est au tour du parti protestant de tuer 500 catholiques près de Mussidan.

Les échauffourées s’atténuent durant le terrible hiver 1564, la rivière l’Isle est en grande partie gelée.

En aout 1565 Catherine de Médicis en compagnie de Charles IX se rend à Bergerac et Bordeaux en passant par Mussidan et découvre un pays dévasté. « les pauvres laboureurs sont chassés de leurs maisons, spoliés de leurs meubles et bétail, rançonnés, volés aujourd'hui des uns, demain des autres, et s'enfuient comme des bêtes sauvages».

Le mauvais état des routes et chemins du Périgord rend tout déplacement périlleux, les paysans rongés par la misère, dépouillés de leurs biens, sans nourriture, deviennent à leur tour soldats à la solde de quelques seigneurs catholiques ou protestants, les églises ou les temples, les tombeaux de familles sont pillés.

Le 14 octobre 1568 Saint-Astier est à nouveau entre les mains des protestants de Dassier pendant quelques jours. La campagne aux alentours est encore une fois dévastée. Les Neyssensas, face aux nombreux sièges que subit Léguillac, se sont peut-être réfugiés dans les bois aux alentours, embrigadés de force ou victimes des combats…..

1568 est peut-être bien l’année de la destruction de l’église et de ses voûtes.

Le 17 octobre 1568, Mouvans et François de Barjac seigneur de Pierregourde se retranchent à Mensignac. Le comte Cossé-Brissac et le jeune duc de Guise « connaissant l’humeur bouillante de Mouvans » se dirigent alors vers le château de Fayolle et se cachent derrière un côteaux voisins. Mouvans les croyant partis, et sans écouter Dassier, tombe dans le piège du « bois de Chantegeline », le duc de Guise « le voit de loin se donner de la tête contre les arbres ». Entre mille et deux mille huguenots « sont taillés en pièce ». Pierregourde est tué dans le « bois de Fayolle » quant à Mouvans, il décède quelques jours après dans une maison du village de Chantegeline. Le restant de l’armée huguenote, poursuivie par les paysans, s’enfuit vers Ribérac. Dassier et l’armée des Provençaux, logés à Saint-Astier, apprenant la défaite de Mouvans  et empêchés par François de Bourbon, duc de Monpensier, se rendent  à Aubeterre où l’attend le prince de Condé.

Dans Les Mémoires de Messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière en 1621, Mouvans est ainsi décrit. « Il vint mourir en Périgord, en un petit village que l’on appelle Chantegeline, je croy le plus chétif du Pays, et ce fut par sa faute, comme j’ay ouy dire à quelques-uns des siens, car Mr d’Acier estant arrivé avec tout son armée à Saint-Astier, Mr de Mouvans ne se voulant pas contenter du logis assez bon qu’on luy avait donné, se facha fort et maugréa fort, et trop présumant de soy, dédaigna un peu Monsieur d’Acier…. Il alla loger à deux grandes lieues par-delà Monsignac …… ses soldats affirmérent qu’étant au combat, où il se montra très résolu, il eut une grande arquebusade dans le corps, et le vit-on souvent plein de colère et rage et dépit s’appuyer la tête avec ses deux mains contre un arbre, pensez plus de dépit, d’ennuy et de regret d’avoir perdu ses gens, que de sa blessure ».

En 1569, les huguenots de l'amiral de Coligny tue 260 paysans catholiques réfugiés à Château-l’Evêque. La nuit du 24 aout 1572 dite de la Saint-Barthélemy n’a pas d’écho à Léguillac comme dans le reste du Périgord.

 
Lorsque Périgueux en 1575 est prise par les protestants Vivans et Langoiran, l’église de la Cité est détruite, le château Barrière des d’Abzac de la Douze disparaît dans les flammes.

En 1577, les nobles et bourgeois se réfugient à Brantôme, Château L’Evêque ou Saint-Astier à présent, lieu de la justice royale. Vivans tente de prendre à plusieurs reprises Saint-Astier mais la défense acharnée de l’écuyer et seigneur des Fieux, Jean de Chillaud, à la tête d’une troupe de 160 hommes levée dans les paroisses et juridiction de Saint-Astier, notamment Léguillac de l’Auche, l’en empêche.

L’abbaye de Chancelade est pillée, brûlée, et les quelques religieux âgés sont tués sur place faute de pouvoir s’enfuir - Shap 1904.

On lit dans Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, en 1856 : année 1580, Armand de Gontaut-Biron, avec le désir de protéger la ville de Périgueux, ordonne la commission suivante « afin que les ennemis ne puissent s’emparer de Saint-Astier qui est de très grande importance à toute la séneschaussée du Périgord et qui provoquerait beaucoup de dommage a tout le pays s’il advenait qu’elle fut prise, par ces moyens nous avons demandé l’avis du conseil du Roy étant dans cette ville d’ordonner que le nombre de soixante hommes de guerre a pied à la charge de Bertrand de la Porte écuyer, seigneur de Puy-ferrât, et en son absence, de Jehan de Chilhaud Seigneur Des Fieux de rester et tenir garnison à  Saint-Astier et de pourvoir à la solde, à l’entretien pour les faire vivre doucement et pacifiquement en payant raisonnablement, vivre, nourriture, et autres choses qui leur feront besoin à la moindre foule et oppression du peuple que faire se pourra. Nous vous mandons et enjoignons d’imposer et lever sur tous et un chacun des manans et habitants des paroisses et justices de Saint-Astier, Saint-Acquilin, Mensignac, Laguillac, le fort portant le faible, le plus justement et également.
Il sera nécessaire de contraindre les refusants de payer par toutes voies et notamment par la saisie et vente de leurs biens, emprisonnement de leurs personnes ».



Jean de Chillaud libère finalement Périgueux le 26 juillet 1581, après six années de présence Calviniste.


Le Périgord en 1584 par Bonsignori

En 1598, c’est la fin du conflit religieux, l’Edit de Nantes est signé. Le curé de Léguillac, Arnouldye, rédige les premiers feuillets du registre paroissial d’une belle écriture.

Le patronyme Meyssensas apparait pour la première fois sur un acte officiel. Andrieu Meyssensas, du village de Font-Chauvet en 1598, lors du baptême de son fils Guirou, accède à l’intérieur de l’église par une porte gothique, la 3ème entrée aménagée côté sud. A l’est et au nord de la partie gothique les murs sont ceints de mâchicoulis.



Soulèvements des Croquants

Les décennies de guerres larvées, les épidémies de pestes de 1554, 1564, 1594 avec les attaques du château de Grignols, berceau des Talleyrand, puis Saint-Astier en 1627 par les Croquants, puis 1628 et 1634, nourrissent les premières révoltes paysannes de 1635


 

 « le Périgord est épuisé »,  Guirou Meyssensas ne peut plus vendre son bétail, son vin ou ses châtaignes sur les marchés et subit par intermittence les gens de guerre qui commettent d’innombrables méfaits.

1610 - assassinat d’Henri IV et avènement de Louis XIII.

Entre 1620 et 1630 le curé Charrière fait appel aux dons des habitants afin de restaurer l’église.



Jane de Puychirpel - Meyssensas - 1630


Les Puychirpel, des notables ruraux Léguillacois


Etudions tout d’abord la répartition d’un patronyme relativement rare en France, sans qu’il y ait de lien avec les Puychirpel de Dordogne :

La première apparition du patronyme en France est attestée en 1081 avec le chevalier Maurice Eschirpel cité lors de la donation d’une pièce de terre sise à Chaumont sur Loire dans le Loir et Cher.

En 1118, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jean d’Angély en Charente Maritime, dans un Etat des rentes, mentionne un Rainaldi Aischirpel ou Eschirpel.

Plus près de nous, en Dordogne, en consultant le registre des Comptes du consulat de Périgueux - Série CC on relève :

En 1323, Porte Limogeanne, Hélias Eschirpel est vendeur de fer. En 1339, rue l’Eguillerie, vit Aymeric d'Eschirpel, en 1444, Raymond Eschirpel est prudhomme et allègue sa qualité de clerc. Entre 1449 et 1467, on rencontre Aymeric de Puey Eschirpel et enfin, en 1630, le patronyme Puychirpel apparait sur les liasses judiciaires des Insinuations de la Sénéchaussée de Périgueux.

Madame Raluy cite dans son ouvrage consacré à Léguillac de l’Auche, un texte daté de 1321, émanant des archives du prieuré de la Faye, rédigé lors de « la vente d’une pièce de terre appartenant à Guillaume de Puychipel, un autre daté de 1400 concerne un pré de Puychipel ».

« D’anciens documents de 1474 et 1503, du temps d’Arnaud de Fayolle, citent aussi la présence d’un meynement de Puychipel et d’un Joanni de Puychipelt, d’une Catherine de Puychipel et enfin d’un Léonardo de Puychipel ».

Deux actes de baptême marquent encore la présence des Puychirpel sur Léguillac jusqu’à la moitié du 17ème siècle, dont le premier ne témoigne pas de leur lieu de vie, le curé ne mentionnant pas le hameau.



Le 28 novembre 1606, la famille De Puychirpel apparait sur le registre paroissial pour la première fois, sous la plume du vicaire Arnoudy, officiant à Léguillac lors de la naissance de Girou De Puychirpel, fils de Thoumas De Puychirpel, parrain Girou de Puychirpel, marraine, Guilhoune 
« Chieze ».

En 1624, une petite Jacquette, fille de Pierre Brunet, sieur de la Chieze et de Demoiselle Catherine de Bourdeilles nait à Léguillac de l’Auche, puis plus aucune trace de la famille Chieze.




Le 26 juillet 1628, Thomas De Puychirpel est parrain de Thomas Descouts, fils de Seguin Descouts et Marguerite Puychirpel, marraine Marion Descouts, en présence de Charles Rondet, Rampnouilh, les curés Pierre Charrière et Conseillaud. 


« Le 1er avril 1630, a été baptisée dans l’église paroissiale de Lagulhac de Lauche, Jane de Puychirpel, fille naturelle et légitime de Thomas de Puychirpel et Guilhou Meyssenssas, conjointe, du présent bourg, a été parrain, Martial Rahnouilh, métayer du Seigneur de Puy Saint-Astier et la marraine, Jane Vergnaud, en présence de Mathieu Meyssenssas et de Pierre Meyssenssas, sacristains, ne sachant signer »
. Acte de baptême établi pas le curé Charrière.

Le couple n’habite pas Puychaud mais le bourg de Léguillac. En effet ceux sont les notaires Pierre Rondet et son fils Charles, son épouse Annette Meyssensas, qui habitent à présent Puychaud un peu avant 1615, accompagnés peut-être d’une famille de métayer entretenant la propriété….

Sur l’acte de baptême, les parrain et marraine Puychirpel des années 1600 ont disparu, tout comme le patronyme Puychirpel disparait de Léguillac après


1635
 avec le décès de Guilloune De Puychirpel, avec présence par ascendance, de quelques arrières petits-enfants Meyssensas.



Le parrain Girou de Puychirpel est absent, peut-être décédé pendant les épisodes de peste à Léguillac entre 1611 et 1616, voir un peu plus tard, entre 1628 et 1632.

Autre remarque, Thomas contrairement à Guirou de Puychirpel ne sait signer, peut être cette branche est elle tombée dans la condition paysanne ?


1620, naissance à Puychaud d’un enfant Rondet et Meyssensas

On localise de même le patronyme Puychirpel sur Neuvic, dans le courant du 16ème avec Girou Puychirpel et son épouse Anne Durieux vers 1613. Girou est laboureur au lieu de Seycat. Les descendants seront nombreux jusqu’en 1792. Le prénom Girou se retrouve à la même époque sur Neuvic et Léguillac, un simple hasard ?


Une hypothèse sur l’implantation des Puychirpel à Neuvic

Une partie des membres De Puychirpel de Puychaud, certains de simples laboureurs, participèrent-t-ils à la construction, à l’entretien des terres du château de Neuvic dont les travaux débutèrent en 1520 au temps d’Annet de Fayolle, époux de Charlotte d’Abzac de la Douze. Il s’agit de la même famille de Fayolle qui revendique en 1723 le ténement de Puychipel à Léguillac de l’Auche par actes passés en 1474 et 1503.



Peu à peu, le patronyme, au fil des écrits des curés et officiers d’état civil, évoluera en Peychirpel, Puychirpel, Eychirpel, et aujourd’hui, Echirpeau,  ….


L’origine du patronyme De Puychirpel

Madame Higounet Nadal dans son ouvrage « Périgueux aux 14ème et 15ème siècle : étude de démographie - 1978 ».

« Les lieux composés de « puey » : Parmi les collines de la région en effet, les plus massives ou les plus riches ou celles qui constituaient des repères topographiques ont donné leur nom à certain laboureurs, tel Puy Astier, Puey Chirpel ».

Quant au diminutif, escarpe / eschirpe - il peut s’agir d’un talus de fortification, au-dessus d'un fossé - « pied » d’une muraille, d’un rempart.

(Mais aussi, avec peu de probabilité cependant, issu d’eschirpel / ecirpel - diminutif d’escirpa / eschirpa qui signifie bourse ou eschirpeu qui désigne aussi une sorte de piège à oiseau).




En 1172, dans le cartulaire de Chancelade, Puychaud se nomme déjà « Nemus de Poichaus », dérivé peut-être d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs.

Bien que la particule « De » dans un nom de famille soit souvent associée à la noblesse française, celle-ci n'en est pas un gage. En 1321, la particule « De » utilisée par Guillaume de Puychirpel, signifie simplement que nous sommes en présence d’un patronyme toponymique, qui devint peut-être par la suite un titre de noblesse d’apparence. L’ascension sociale des De Puychirpel se traduit par la présence d’une belle signature au 17ème siècle. Les De Puychirpel ne sont pas cités dans l’armorial de la Noblesse du Périgord.

L’actuel Puychaud, confirme Mme Raluy, correspond bien géographiquement aux descriptions des parcelles présentes dans les archives de la famille de Fayolle.


La signature, témoignage d’une position sociale

Les documents signés sont d’une grande diversité. La position sociale a une incidence sur la pratique de la signature, dans le cas de Girou nous n’avons pas affaire à la signature d’un simple laboureur mais d’un notable bien établi à Léguillac. 



Seules deux signatures de Girou de Puychirpel sont recensées sur le registre paroissial, en 1606, lors de la naissance de Girou de Puychirpel et 1611 lors de la naissance de Charles Janailhat, parrain Charles Rondet, notaire à Puychaud.

La présence de Girou en 1611 sur un acte de baptême demeure l’unique preuve des liens des Puychirpel avec quelques notables locaux, les Rondet père et fils, notaires, les Ducluzel, (peut-être Pierre ainé Ducluzel) une famille prospère, seigneurs de Brouillaud à Annesse et Beaulieu et bien sur les Janailhat.




Un Cluzel paye la dime en 1641, en 1688, un Cluzel, avocat à la cour de Périgueux, possède la métairie des Biarneix. La famille Ducluzel est une famille de magistrat anoblie en 1723. Pierre Ducluzel de la Chabrerie émigre à la Révolution et ses biens confisqués. Il possédera, après 1770, le domaine du But, dont dépendaient les métairies de Fareyrou, Leyterie, Levraut et enfin Caroly. En 1671, à une époque peu prospère pour le château du But, lors d’un inventaire après le décès de Samuel De Testard, sont cités à Puychaud, une maison, grange, aysine, terre et vigne, 18 journaux 24 brasses. (6,6 hectares)

En 1688, après le départ des Rondet, une famille Bouthier entretient les terres de Puychaud, puis une famille Bardon en 1751.

En 1777, la métairie de Puychaud appartient au Sieur Jean Simon Dumaine.

En 1808, sur le plan cadastral, une seule habitation est signalée, entourée d’un jardin, d’un pré, de pâture et de terre.

On ne sait si Guilhoune Meyssensas habita Puychaud, de même le registre paroissial ne permet pas de découvrir sa filiation, sa date de naissance peut se situer aux alentours de 1580. Aucune mention du décès du couple. Ont-ils migrer vers un autre village ?


Le prénom féminin Guilhoune en 1599 chez les Meyssensas



Ce que l’on sait et ce que l’on peut imaginer

Peu de temps avant 1606, Thomas de Puychipel contracte alliance avec une roturière, Guilhoune Meyssensas. Thomas, faute d’apporter une situation confortable, octroi la notoriété de sa famille à sa future épouse, qui, de son côté, considère peut-être son mariage comme moyen d'ascension sociale.

Dans le courant du 14ème siècle, Guillaume de Puychirpel est possesseur de terres à Puychaud, simples laboureurs au départ, par l’acquisition de biens fonciers, comme peut-être le maynement de Puychirpel par Johanni de Puychirpel, les Puychirpel se hissent au rang des notables Léguillacois et Guirou signera d’une belle écriture les actes du 17ème siècle. 

Ainsi tout au long du 16ème siècle, susceptibles d’être à tout moment renvoyés à leurs origines roturières, les Puychirpel auront à cœur d’adopter le mode de vie des notables par l’acquisition de terres notamment. Devenus riches roturiers, les Puychirpel eurent  « le désir plus ou moins conscient de renouer avec des racines rurales à travers l’acquisition d’un fief et rejoignait la possibilité de mener un train de vie de notable, de paraître ce que l’on entendait devenir » - Figeac M. dans Les noblesses en France.





 
 Rite funéraire et inhumation « Ad Sanctos »

Des Meyssensas entre 1628 et 1773

 

La plupart des Meyssensas sont inhumés dans « les tombeaux de leurs prédécesseurs » dans les cimetières de Léguillac de l’Auche, Annesse, Mensignac ou Périgueux entre 1628 et 1773.

Toujours en ce qui concerne les Meyssensas, sur l’ensemble de la Dordogne et la même période, les registres de sépultures portent la mention « enseveli dans les tombeaux de ses prédécesseurs » dans seulement 14 % des cas. Dans plus de 80 % des cas les curés indiquent seulement que le défunt est inhumé dans le cimetière voire même sans mention, notamment en période épidémique.

Quant au rituel funéraire des inhumations dans l’église, pratiquées « près du saint » titulaire d'un lieu de culte, il concerne seulement 10 % des Meyssensas soit 4 Meyssensas tout au long des 16ème et 17ème siècles. Le rituel permettant au défunt de bénéficier de la protection du saint est seulement réservé à quelques parroissiens et, bien sur, plus couteux que celui des corps destinés aux cimetières.

L’élection de sépulture est un mélange de croyances religieuses et d’interêts sociaux qui affirme le rang social dans la communauté villageoise. (article - Simon ou le privilège d’être inhumé dans l’église - dans Implantations - Mensignac.

En ce qui concerne le cimetière d’Ancien Régime, il est partagé entre les principales familles de la paroisse au sein d’un « espace familial » que rien ne matérialise, il n’y a donc ni tombe individualisée ni pierre tombale. Le défunt rejoint ainsi « les tombeaux de ses prédécesseurs ou de ses ancêtres » sous le regard de la grande croix qui domine le cimetière.

L’acte principal des funérailles se déroule à l’église en présence du corps du défunt et des paroissiens accompagné d’un service solennel. Au son de la cloche les paroissiens à leur tour, joignent leurs prières à celles de l’église.

Le testament, quant il est connu, comprend deux parties : la 1ère à trait au salut de l’âme, la 2ème  à des dispositions matérielles. Le testament indique systématiquement la nature et le lieu de sépulture du défunt : « son dit corps estre porté et ensevelit au simmetiere de l’esglise parochielle du bourg du dit Lagulhac et tombeau de ses predecesseurs » (testaments de Pierre et Marot ci-dessous).

En 1684, Pierre Meyssensas dit Grand-Pierre, laboureur à bras à la Font de l’Auche, « souhaitant assurer le salut de son âme au paradis » définit dans son testament ses dernières volontés. (Voir article « Léguillac de l’Auche, des actes notariés depuis 1626 à 1703 »).

 


 Sous l’Ancien Régime le testament est à la fois civil et religieux : Pierre « a fait le signe de la Saincte Croix sur luy, disant « In nomine patri, filii, spiritus sancti, amen ». Et a recommandé son corps et ame a Dieu le createur et a la benoicte Vierge Marie et a tous les Sainctz et Sainctes de paradis. Les priant dinterceder pour luy envers Nostre Seigneur Jesus-Christ, pour le salup de son ame.

 

Acte de décès de Pierre en 1684

 

Le signe de croix témoigne de l’appartenance de Pierre et Marot à la communauté religieuse chrétienne.

Et a vouleu et veut ledit testateur que lors quil aura plu a Dieu separer lame de son corps, sondit corps estre porté et ensevelic au semeintiere de lesglize parochielle du bourg de Lagulhac et tombeau de ses feux predecesseurs trespassés et que a sa sepulture, octave et fin de lan, il soit appellé et convoqué deux prestres - messe chantant et Dieu priant pour le salup de son ame - payables par son heritiere bas nommée. ». Rare d’ailleurs sont les testateurs tel que Pierre et Marot, malgrès leur situation au bas de l’échelle sociale, qui appellent à des messes post-mortem pour assurer le salut de leur âme.

A ce stade les testaments du notaire Reynaud semblent tous porter les mêmes termes.

Pierre multiplie les intercesseurs, Dieu, Marie et Jésus-Christ afin de s’assurer quelques garanties supplémentaires sur le chemin vers le paradis. Ceci nous révèle les craintes et les angoisses de Pierre face à la mort et au devenir de son âme. Il n’oublie pas de préciser son choix quant à la destination de son corps après son décès, « tombeau de ses feux predecesseurs trespassés ». Enfin, Pierre demande à son héritière, sa fille Jeanne, et à ses frais, de « convoquer deux prêtres à l’octave et la fin de l’an pour une messe chantée », deux étapes peut-être en lien avec la décomposition du corps. L'Octave des Défunts est une neuvaine commémorée le 2 novembre selon la tradition catholique ; pendant plusieurs jours consécutifs les fidèles participent à des prières. L’octave de l’An se déroule entre le jour de Noel et le jour l’an.

L’histoire retient la piété affirmée des populations tout au long du 17ème siècle, piété qui transparait dans les testaments.

En fin de cérémonie, Pierre et Marot, après la procession, sont conduits en terre.

Le 28 aout 1684, Marot, tisserand au Tabac à Léguillac de l’Auche, le notaire royal Reynaud indique « lequel, estant au lit couché mal disposé de sa personne, toutes fois par la grace de Dieu en ses bons sens memoyre et entandement, considerant qu’il n’y a rien au Monde si certain que la mort ny chose plus incertaine que l’heure d’icelle ». Le notaire royal Reynaud reprend mot pour mot les mêmes termes que le testament de Pierre.

Eléments disparus de l’église de Léguillac de l’Auche, (S.h.a.p.)

témoins des inhumations de Mondine, Jeanne, Catherine, Thony et Marsaudou 
mais aussi Marot et Pierre en 1684

 

Mondine en 1628 à Léguillac de l’Auche

« L'année 1628 fut très mauvaise. La famine, la guerre et la peste envahissaient les provinces de France, même celle du Périgord qui fut surchargée de tous les Limousins réduits à la faim et qui furent nourris avec la libéralité des gens de bien. Il s'y trouva plus de 6000 pauvres auxquels on faisait l'aumône générale aux deux portes de la ville de Périgueux, savoir, celle de Taillefert, entre les deux villes et à celle du Pont » - Journal de Pierre Bessot.    

Le 2 mars 1628, Mondine Meyssensas, épouse de Martial Martrenchard, est inhumée « ad sanctos » dans l’église de Léguillac. Le curé Charrière procède aux sacrements. (430/782 - Ad Dordogne).

Contrairement aux Meyssensas, les Martrenchard ou Mastrenchard ne sont pas nombreux en Périgord. Un couple est présent à Périgueux vers 1614 avec Martial de Martrenchard, tailleur. La plupart sont répartis entre Léguillac de l’Auche et Annesse entre 1621 et 1670. Nous ne connaissons pas la catégorie socio-professionnelle de l’époux de Mondine. Le seul lien avéré est la présence lors de deux baptêmes en 1624 et 1626 de deux familles de notables Léguillacois, les De Linard et les Rapnouilh.

Se seront donc les réseaux de sociabilité qui vont vraisemblablement entrer en ligne de compte dans le choix de la sépulture « ad sanctos ».

 
 
Mondine, en qualité de marraine, apparait de nombreuses fois sur les registres paroissiaux entre 1611 et 1626 et consacre le rôle important de Mondine dans le village. Le baptême est important puisque légalisant l’existence de l’enfant. Les marraines et parrains ont un rôle primordial en suppléant le couple en cas de décès ou de maladie. Le prénom Mondine est un diminutif de Raymonde.
 
 

Chapiteaux de l’église de Léguillac de l’Auche
 

Sur une période de 15 ans (1611-1626) il coexiste peut-être deux Mondine Meyssensas sur la paroisse de Léguillac de l’Auche, l’une au hameau d’Armagnac et l’autre dans le bourg de Léguillac de l’Auche mais difficile de l’affirmer…..

Le 11 mars 1611, Mondine est marraine du petit Pierre, fils de Jehan Meyssensas et Marguerite Simon, hameau non localisé. Le menuisier Pierre Simon est parrain.

En décembre 1611, Mondine est marraine de Mondine Meyssensas, fille de Marot et de Catherine Barzac de Font-Chauvet, le parrain se nomme Jehan Meyssensas.

En mars 1612, Neymard Meyssensas est fils d’Andrieu et de Janne Vergniaud de Font-Chauvet, marraine Mondine, parrain autre Neymard Meyssensas.

Le 6 janvier 1621, Bernichon Veyssière nait de Léonard et Jane Martrenchard, Mondine est marraine.

Le 18 décembre 1622, Mondine Meyssensas fille de Tony Meyssensas et de Catherine Barzac, de Font-Chauvet, sont parrain Gabriel Barzac et marraine, Mondine Meyssensas.

Le 26 septembre 1623, Mondine nait au hameau de Caroly, fille de Guilhem Vergnaud et Marie Gontier, Mondine Meyssensas est marraine.

Le 13 février 1624, Mondine est marraine du petit Charles du Martrenchard, fils de Mathieu et de Raymonde Rapnouilh, tous habitants du bourg.

Le 8 aout 1624, Mondine est marraine d’Anthoyne, fils d’Anthoine et de Catherine Barzac du hameau de Font-Chauvet. Le parrain Anthoyne Meyssensas et Mondine habitent le hameau d’Armagnac.

En décembre 1626, Mondine est à nouveau marraine du petit Jean du Martrenchard, fils de Jean et Sicarie De Linard habitants tous le bourg. Le parrain Jehan de Linard signe l’acte.

La plupart des baptêmes se déroulent entre décembre et mars, pic des naissances, en dehors donc des impératifs de la vie économique et des travaux agricoles.

 

Marguerite en 1672 à Annesse

Le 2 février 1672, le prêtre Mourcin inhume dans l’église Sainte-Blaise, Marguerite Meyssensas, habitante du « village » des Fieux, paroisse d’Annesse, agée de « 42 ans ». Les marguilliers Arnaud (épouse Marie Dufour) et Sicaire Desenrens (épouse Marguerite Bouchillou) sont présents. Les litres funèbres extérieure et intérieure des de La Roche-aymon sont déjà présentes sur l’église Saint-Blaise.

 

Marguerite est vraisemblablement fille de Pierre Meyssensas et Martialle Bournet née le 2 janvier 1633, décédée à l’age de 39 ans et non 42 ans. (Ad Dordogne-94/648). Le parrain se nomme Léonard Chastanet, la marraine, Marguerite de Langlade, en présence de Guilhou Simon et Pierre Meyssensas.

L'emplacement du village d'Anesse aurait été choisi par Saint-Hilaire de Poitiers lors d'un voyage en Périgord pour venir vénérer les reliques de Saint-Front. S'ensuivit la construction d'un oratoire vers l'an 360 puis son évolution en chapelle au 9ème siècle et enfin l'édification de l'église au 11ème siècle.

Au 15ème siècle, le choeur polygonal est bâti et témoigne du remaniement important de ce bâtiment roman.

En effectuant des recherches sur l’inhumation « ad sanctos » de Marguerite, j’ai découvert l’acte de baptême de son fils unique, Pierre, fruit d’un viol. Marguerite a été abusée sexuellement en juillet 1653 par un cavalier de l’armée du Seigneur de Sauveboeuf lors de la Fronde qui sévit en Périgord entre 1648 et 1653. (voir l’article sur l’agression sexuelle de Marguerite paragraphe « Implantations » - Annesse).

 


 

Le château de Belle-Ile à Annesse, à la toute proximité de l’église Sainte-Blaise, est l’une des demeures de la famille de Bourdeille dont est issue la première femme de Joseph de La Roche-Aymon, Marguerite de Bourdeille. Le portail et la demeure du 17ème siècle conservent encore le souvenir du passage de Marguerite Meyssensas en 1672. L’inhumation de Marguerite dans l’église a-t-elle un lien avec l’évènement survenu en juillet 1653 ?

 

Jeanne en 1679 à Léguillac de l’Auche

Jeanne Meyssensas, agée de 20 ans, est inhumée par le curé Château dans les tombeaux de ses prédécesseurs par le curé Château le 27 septembre 1679 (Ad-Dordogne 777/782). En étudiant attentivement les écrits du curé Château, les mentions « les tombeaux de ses prédécesseurs » correspondent bien à des inhumations dans le petit cimetière de Léguillac de l’Auche.

Le notaire Rondet Pierre est inhumé « dans l’église » le 2 octobre 1679.


 

Thony en 1681 à Léguillac de l’Auche

 Le curé Mazouny à la particularité de mentionner « dans les tombeaux de ses prédessesseurs », « dans le cimetière » ou parfois même sans indication. Thony est enterré le 16 janvier 1681 à l’age de 70 ans, les présents, marguilliers la plupart du temps ne sont pas indiqués (Ad - 1/259).

Thony ou Antoine est l’époux de Guilhonne Roquet marié avant 1643. Lors de la naissance de l’un de leurs enfants, Marie, son parrain se nomme Pierre de Linard, fils de Pierre de Linard bourgeois de Périgueux.

 

Catherine en 1681 à Léguillac de l’Auche

Le 3 février 1681, Catherine Meyssensas est enterrée par le curé Mazouny dans « les tombeaux de ses prédessesseurs » à l’age de 50 ans après avoir reçu les sacrements (Ad - 1/259). Est-ce l’une des sœurs de Thony, du village « d’Armaignac » ?. Le curé Mazouny ne mentionne que très rarement le lieu d’habitation du défunt. Thony et Catherine sont inhumés dans le petit cimetière de Léguillac de l’auche.


  
Marsaudou en 1688 à Léguillac de l’Auche

 Le 8 juillet 1688, Marsaudou Meinssesas, 60 ans, métayer à Sainte-Geline (Chantegeline), habitant le village de Merle est inhumé dans « les tombeaux de ses prédessesseurs » par le curé Vidal en présence de Jean et Marot Chabanas. Lors de son mariage en 1651 avec Guilloune Bibaud, Marsaudou est laboureur. Son fils Sicaire dit Garçon eu maille à partir avec le prieur de La Faye au temps de Louis XIV. Marsaudou est inhumé dans le cimetière de Léguillac.

  

Jean en 1754 à Saint-Sulpice de Mareuil

 Jean Meissensas est né en 1694. Lors de son décès le 30 janvier 1754, Jean habite Saint-Sulpice de Mareuil. Jean est « enseveli dans les tombeaux de ses ancêtres » ors Jean n’est pas originaire de Saint-Sulpice. Le curé Saunier est le desservant de la paroisse, cependant c’est un curé différent qui inhume Jean Meyssensas accompagné de Jean et Léonard Ranou qui n’ont signé « pour ne scavoir de ce enquis ». Le curé Saunier indique la plupart du temps « enseveli dans le présent cimetière », ou « enseveli dans la présente église », plus rarement  « enseveli dans les tombeaux de ses prédécessseurs », on trouve une seule fois le 28 avril 1752 la mention enterré « dans les tombeaux de ses prédécesseurs dans le cimetière ».

Il parait peu probable en effet que Jean, étranger à la commune, ait pu être inhumé dans le cimetière dans un espace réservé à une famille Meyssensas.

L’église romane de Saint-Sulpice-de-Mareuil fut construite au  12ème siècle. Elle possède une nef unique et un avant-chœur voûté d’une coupole au-dessus de laquelle se dresse un clocher carré. Le portail est richement décoré (anges, griffons)


 

Le nom de la paroisse est lié à Saint-Sulpice, archevêque de Bourges au 7ème siècle qui selon la légende serait né près d'Excideuil.


 

 Catherine en 1766 à Mensignac

Le 16 mars 1766 est enterrée dans l’église de Mensignac, Catherine Messencas agée de 4 ans décédée au village des Combareaux en présence de Léonard Varaillon et Jean Chabreyrou, sacristains. Le curé desservant se nomme Banizette. (Ad-77/535). L’inhumation dans l’église a-t-elle un lien avec la famille Meyssensas du village des Chalards dont l’un des membres, Simon sera enterré en 1773 dans l’église ? voir article « 1773 - La sépulture de Simon - Le privilège de reposer dans l’église » dans Implantations. Les Combareaux dérive de Combe en gaulois « Cumba », la vallée sèche.

Léonard Varaillon sera inhumé dans l’église de par sa fonction de sacristain. La famille Chabreyrou est implantée sur Mensignac aux alentours de 1600 comme les Varaillon. (réf : registre paroissial de Mensignac)


 

 Simon en 1773 à Mensignac

En 1766, Simon est « enterré dans l’église en des tombeaux de la fabrique » de Mensignac. Le curé Guines de Gardes officie avec deux sacristains, Léonard Varaillon et Jean Chabreyrou. Voir article consacré à l’inhumation de Simon dans la rubrique « Implantations » et village de Mensignac. 

 

Le tableau répertorie les inhumations « Ad Sanctos » et « dans les tombeaux des prédécesseurs ».


 

En 1683 le curé Mazouny les 14 et 20 du mois d’octobre inhume deux enfants en bas âge de la famille Veissière habitant la Font de l’Auche à Mensignac. Une enfant Veissière d’un an sans prénom « en danger de mort à la maison dans le village de la Font de l’Auche par certificat du curé Rey de Mensignac en présence de son père Pierre Veissière et de Naillat Grandou, qui l’avont ondoyé ». Une deuxième tout jeune enfant d’un jour décède 7 jours plus tard, sans prénom, « fille de Martin Veissière, maître menuisier, de la Font de l’Auche et de Gabrielle Tailleferie, ondoyée en la maison en danger de mort, en présence de Guillaume Guinabert, maître serrurier, et Pierre Veisière qui ne savent signer »

 

 


1628 - Sicarie Meyssensas marguillier


Sicary et Mathieu Meyssensas sont marguilliers de la paroisse pour un mandat déterminé. Ne sachant signer, leurs attributs, en janvier 1628, sont peut-être l’entretien de l'église, la sonnerie des heures, la préparation des cérémonies, l’allumage et l’extinction des cierges, l’ouverture et la fermeture des portes de l’église. Plus tardivement le métier de marguillier, même si cela n’est pas vraiment considéré comme une profession mais plutôt comme une fonction élective, consiste à tenir les registres des revenus de la Fabrique. Sous l’autorité du curé Charrière, Jean Rampnouilh, clerc, en 1629 est chargé de la tenue du registre paroissial. Au 19ème siècle, on nomme le marguillier, sacristain.


 
Les litres à l’intérieur et à l’extérieur de l’église sont aux armes des d’Abzac de la Douze accolées aux armes des Mérigat de Beaulieu depuis leur alliance en 1636. « Le 16 novembre 1636 Bernard d’Abzac de la Douze, seigneur de Reillac, l’Eguillac de Lauche en Périgord, et de la baronnie de Montançais, épouse par contrat, Sibylle Mérigat, fille de Louis, Ecuyer, Sieur de Beaulieu, l’un des cent Gentilshommes de la Maison du Roi. Jean d’Abzac de la Douze est prieur de la Faye et de Léguillac de Lauche » Dictionnaire de la Noblesse par François-Alexandre Aubert de La Chesnaye.

L’autel du 16ème est « mis à l’honneur dans la nouvelle église ».

Faisant échos aux guerres de religion et à la croissance extrême des taxes fiscales entre mai et juillet 1637 le Périgord fait face à l’un des soulèvements les plus importants de l’époque, plusieurs dizaines de milliers de paysans se rassemblent.



Les curés de Léguillac au 17ème siècle

La Fronde

1648, le début d’une nouvelle guerre civile, la Fronde, où le moment clef de la résistance nobiliaire contre l’absolutisme royal en France.

Le Périgord devient le théâtre d’affrontements entre chefs de guerre étrangers au pays, d’Harcourt, de Montausier et Folleville pour le Roi, Balthasar, La Roque et Montarneau pour le parti des Princes. Les laboureurs comme Guirou, même s’ils souffrent cruellement des affrontements, ne comprennent pas les raisons de cette nouvelle guerre civile.

Le journal de Pierre Bessot décrit en mars 1652 l’intervention à Léguillac de l’Auche du frondeur Chanlost, gouverneur de Périgueux :

« Monsieur De Chanlost fait faire une autre sortie ayant appris que la cavalerie de Bourdeille dont Monsieur le comte De Besse en était le commandent depuis le départ de Monsieur le comte d'Harcourt, au nombre de deux ou trois cent, étaient à Léguillac de l’Auche, c'est pourquoi, partie du régiment de Condé avec vingt-cinq maîtres anglais, furent à Léguillac où étant  arrivés, soit que les cavaliers en eussent été avisés, ils furent d'abord chargés par trente ou quarante maîtres, les autres s'étant retirés dans l'église et dans les maisons.
La charge fut bien si rude et la défense des nôtres aussi bonne, que Monsieur De Roquebi, commandant la cavalerie, y perdit son cheval, et s'étant tiré des escadrons ennemis le plus promptement qu'il put, il se monta au dépend d'un cavalier qu'il tua ; incontinent, le paréage, qui s'était joint avec l'infanterie de Condé et de la ville, fait aussi, en ce même temps, assez bien la décharge et obligea tous les escadrons de quitter la place ».


Quelques jours après, le 8 avril 1652, au matin, Marsandou Meyssenssas pense ses derniers instants venus, en effet, une éclipse de soleil « asses consydérable » commence entre neuf et dix heures de matin. La peur est si grande dans le village que « chacun s’est disposé comme si c’était les derniers jours du monde. L’ensemble des habitants de Léguillac se confessent et communient ». Marsandou « fait ses provisions d’herbes et de bois pour parfumer sa maison afin de chasser les mauvaises vapeurs des ténèbres de l’éclipse ». On raconte que quelques huguenots se seraient convertis à la religion catholique ……

L’ensemble des habitants de Léguillac se confessent et communient »

Le curé Parades ne mentionne pas l’éclipse sur son registre paroissial peut-être par « l’apréhantion qu’on avoict de la mort au temps dudict esclipse de soleil » Le Livre vert de Périgueux portant sur la période 1618 à 1716 paru dans le bulletin de la Shap en 1942 page 300 - 301.


Le 28 mai 1652 Balthasar prend Saint-Astier, brûle quelques maisons et pille l’église.

Les lieutenants de Louis II de Bourbon-Condé prennent les deux dernières places aux mains des partisans du Roi, Grignols et en juin 1652, Montanceix.


On note dans le bulletin de la Société Historique et Archéologie de la Corrèze en 1923 « la cavalerie du Roi après quinze heures de marche chemine en hâte, par Léguillac laisse à sa droite Annesse, pénètre dans la plaine qui s’ouvre librement  devant elle, le château de Montanceix est en face sur son rocher et n’a pas capitulé ………. ». Lors de la bataille qui s’ensuit De Montausier est blessé et amené à l’abri sur une petite hauteur au lieu-dit Brouillaud à quelques lieues au sud de Léguillac. Le fait d’arme parvient aux oreilles de Guirou, 50 ans, logé au fond du vallon de Font-Chauvet.

Montanceix

La Fronde se termine en 1653

Extrait de la carte de l’Evêché de Périgueux édité en 1679 réalisée par Guillaume Sanson - (1633-1703)  et ses incohérences.


Aout 1678 - transactions ente Mathieu et le curé Parades

Le curé Parades note en fin d’année 1678 sur le registre paroissial l’ensembles des denrées achetées auprès des habitants de la paroisse, certaines sont cochées après livraison ou paiement. Le quartier de mouton livré par Mathieu Meyssensas, en aout 1678, coûte 10,5 sols et 4 deniers, début septembre 10 sols et 10 deniers, mi-septembre 11 sols et 3 deniers, fin septembre 11 sols et 8 deniers.


Le curé achète quelques picotins de froment, des quartiers de pourceaux, porcelet, pour sa consommation personnelle ou fête patronale.


1684 - un testament sous l’Ancien Régime

Sous l’Ancien Régime le testament est un acte civil mais surtout religieux comme nous le découvrons avec le testament de Pierre Meyssensas dit Grand Pierre en 1684.

« Au nom du père, du fils, du benoict Sainct Sprit, amen, Scaichent tous presentz et advenir que aujourdhuy neufviesme jour du mois de juillet mil six cent huictante et quatre … Toutes fois, par la grace de Dieu, en ses bons sens, memoyre et entendement. Et considerant quil ny a rien en ce monde si certain que la mort, ny chose plus incertaine que lheure dycelle et ne voulant deceder abintestat, a fait et ordonné son dernier et perpetuel testement noncupatif, estreme et derniere volonté, en la forme et maniere que sensuit. Premierement, a fait le signe de la Saincte Croix sur luy, disant "In nomine patri, filii, spiritus sancti, amen ". Et a recommandé son corps et ame a Dieu le createur et a la benoicte Vierge Marie et a tous les Sainctz et Sainctes de paradis. Les priant dinterceder pour luy envers Nostre Seigneur Jesus Christ, pour le salup de son ame. Et a voulu et veut ledit testateur que lors quil aura plu a Dieu separer lame de son corps, sondit corps estre porté et ensevelic au semeintiere de lesglize parochielle du bourg de Lagulhac et tombeau de ses feux predecesseurs trespassés
et que a sa sepulture, octave et fin de lan, il soit appellé et convoqué deux prestres - messe chantant et Dieu priant pour le salup de son ame - payables par son heritiere…. ».

1688 - une visite canonique en Périgord

Le 10 novembre 1688 une visite canonique  se déroule à Lagulhac de Lauche. L’église est sous l’autorité du vicaire perpétuel, Jean Vidal et le prieur de La Faye, curé. L’église, grâce aux fonds récoltés par le curé Charrière en 1630, possède une sacristie bien garnie, un sanctuaire lambrissé, pavé et vitré, comme la nef. L’église possède deux cloches, un ban à queue, un cimetière ouvert, un syndic et une maison.

Le prieuré de la Faye, visité le même jour, est desservi par Monsieur Pierre Chasteau. Le prieuré possède une chapelle voutée, vitrée et presque toute pavée avec de beaux ornements. Un seul autel est garni, les deux autres ne le sont pas. Une belle maison prieurale se situe à proximité.

1689 - une milice provinciale

Le 23 janvier 1689 au bourg de Lagulhat de l’Auche, jour de dimanche à l’issue de la messe paroissiale, en présence « Messire Jean Vidal, preptre docteur en théologie curé de la parroisse », Jean Meysensas se déclare volontaire pour la milice provinciale.








Les grandes épidémies à Léguillac



 1693 : Les Meyssensas victimes de la famine








De 1690 à la fin de règne du Roi Soleil, les années sombres s’enchaînent, alternant guerres et pertes militaires, mauvaises récoltes et famines. Les miséreux sont jetés sur les chemins pour mendier et mourir au hasard des chemins, à défaut d’être secouru par le prieur de La Faye, quant aux plus humbles ils se contentent d’une tranche de pain.

Guillaume Le Boux
Entre 1692 et 1694, plus d’un million et demi d’habitants décèdent à travers le royaume, l’équivalent de la première guerre mondiale, pour une population cependant deux fois moindre. En Périgord, peuplé d’environ 450 000 habitants, le nombre de décès avoisine les 60 000, selon l’intendant de Bordeaux, Bezon.

1693 devient rapidement la plus grave crise de subsistance de l’Ancien Régime et clôture l’épiscopat de Guillaume Le Boux en Périgord.

Le registre paroissial de Léguillac conserve le souvenir des 50 habitants décédés d’épidémies, contre, habituellement, à peine une dizaine.

Le climat va jouer un rôle important dans l’apparition de la famine. En 1690 la récolte de blé est en forte diminution et la grêle anéantit la nouvelle récolte. Heureusement l’abondance des châtaignes permet encore au peuple de se nourrir, quand survient l’hiver glacial de 1692. Les organismes, déjà affaiblis par la malnutrition, ne supportent pas les basses températures, le printemps, désespérément sec, ne peut nourrir les semences. Quant à l’été, pluvieux, il entraîne une mauvaise récolte, et naturellement, une forte augmentation des prix des céréales et du pain, base de l’alimentation. Le setier de blé coûte en 1692, 12 livres, atteint les 25 setiers en mai 1693, puis 43 livres en octobre, et enfin 55 livres en juillet 1694.

Le laboureur Jean Micard, de Lisle, victime de la disette des blés, échappe à la mendicité en vendant l’une de ses terres à un notable du village qui accepte à son tour de lui offrir quelque peu de blé pour survivre encore un peu….

Est-on en présence d’une épidémie de peste ou de dysenterie ? La consultation du registre paroissial nous aide à le découvrir.

La peste et la typhoïde (propagée par l'eau et les aliments souillés) ne dépendent pas du régime alimentaire contrairement à la dysenterie.

La peste est clairement identifiable par une répartition des décès par âges très spécifique, en effet toutes les classes d’âges sont concernées avec une absence de saisonnalité des décès.

L’étude des décès montre que la paroisse fait face à une épidémie de dysenterie. Tout d’abord par la saisonnalité, avec un premier pic au début du printemps, et surtout un deuxième pic au mois d’août avec 10 décès, ensuite par une importante surmortalité des plus de 50 ans qui représente la moitié des décès sur la paroisse avec 25 décès.

Les décès tout au long de l’année 1693


Les organismes affaiblis par deux années d’épidémies sont peu à peu moins féconds. La natalité fléchit, le nombre de baptêmes passe de 27 en 1692, 22 en 1693, à 15 en 1694 et ne compense pas le nombre des morts. L’épidémie cesse brusquement en 1694 avec seulement 7 décès.


 Deux années d’épidémies dans le détail

1692

Le curé Vidal baptise, en mars, Pierre Meinsessas, fils de Marot. Sont parrain Pierre Micard, bourgeois de Périgueux, et marraine, Monde Rondet, damoiselle.


Jean Meinsessas est marguillier en avril 1692 au côté de Pierre Simon lors du décès de Nadau Beau à l’âge de 75 ans puis lors du mariage d’Anneton Meinsessas, le curé Vidal indique qu’aucun deux ne sait signer.





L’épidémie a déjà commencée lorsqu’en octobre, le curé Vidal, baptise Philippe Meinsessas, fille de Jean et Mariotte Veyssière domiciliés à la Chabane.


Les mendiants errants dans la paroisse sont dirigés vers le prieuré de la Faye. S’ils sont nourris, certains d’entre eux ne survivent cependant pas. L’un deux, âgé de 28 ou 30 ans « se disant de Coursac » est enterré le 31 octobre 1692 par le curé Vidal.




1693

Un autre mendiant décède le 16 février, Jean Flayet, « se disant » de la paroisse d’Héliac.

Au village de Faucherie, un petit pauvre âgé de 10 à 11 ans décède « se disant » de Saint-Laurent en Périgord, mort au hasard de son errance.



Les premiers membres de la famille Meyssensas atteint par l’épidémie en 1693.

Le 18 avril, Hélie, du bourg, âgé de 58 ans, le 2 mai, Jeanne, habitante du bourg, âgée de 18 ans, puis Marguerite, de Martinie, âgée de 60 ans, Madeleine, du village de Merle, âgée de 60 ans puis Thomas, 58 ans, décédé le 25 septembre, habitant lui aussi au village de Merle, en fin d’année, le 27 décembre, Hélies.

L’épidémie n’épargne pas les « riches », eux même dans la difficulté de trouver de quoi se nourrir. Jean de Chalup, âgé de 14 ans, fils de Martial de Chalup, Sieur de Farreyrou et de Caroly, écuyer, et de Jeanne Du Chassaing, demoiselle de la Roche, décède dans la chartreuse de Farreyroux le 26 juillet.




Une semaine après, le 4 août 1693, Anne de Chalup, sœur de Jean, âgée de 24 ans, est inhumée à son tour dans l’église.



Le clergé paroissial paye un lourd tribu

Le dernier baptême du curé Vidal a lieu le 19 aout 1693 dans l’église paroissiale.




La charité privée reste impuissante. L’épidémie atteint son pic en aout 1693. Le 30 août, le curé de Léguillac décède, vers « les dix heures du soir après avoir reçu les saints sacrements » victime de son dévouement et des fatigues auxquelles il s’est exposé.

Agé d’environ 50 ans, il est inhumé le 31 devant l’autel Saint-Roch, en présence de Monsieur Dumarsan, curé de Montreim, le curé d’Annesse, Vidal, Desdoit, curé de Razac, Sauset, prébendier de Saint-Astier, et Château, prêtre, futur curé de Léguillac.


Agé d’environ 50 ans, il est inhumé le 31 devant l’autel Saint-Roch, en présence de Monsieur Dumarsan, curé de Montreim, le curé d’Annesse, Vidal, Desdoit, curé de Razac, Sauset, prébendier de Saint-Astier, et Château, prêtre, futur curé de Léguillac.


Un peu plus d’un mois depuis le décès du curé Vidal, le 7 octobre, le prêtre et religieux de l’Ordre des Prêcheurs, Joseph Langlade, baptise Marie Martrenchard, « à la place du curé qui est malade ».

Messire Pierre Château « prestre curé » remplaçant du curé Vidal, décède à son tour, le 8 octobre. Maître Robert Reynaud, notaire royal et Guillaume Rondet, Sieur de Puymaud à Saint-Aquilin assistent à l’inhumation.

Messire Pierre Château « prestre curé » remplaçant du curé Vidal, décède à son tour, le 8 octobre. Maître Robert Reynaud, notaire royal et Guillaume Rondet, Sieur de Puymaud à Saint-Aquilin assistent à l’inhumation.

Fin novembre, la paroisse fait appel provisoirement au curé d’Annesse, G. Vidal, pour l’inhumation d’Ivan Soulhier, décédé en « bon catholique », puis nomme Beau, nouveau curé du village.

A peu de distance de Léguillac, Christiane Nectoux, Suzanne et Robert Caignard, dans « Regards sur un village du Périgord Mensignac », en 1991, p. 84, notent les ravages d’une épidémie de peste (est-on sûr qu’il s’agit bien de la peste ?) qui s'abattit sur le village de Mensignac et entraina la perte d’un dixième de la population avec 147 décès.

Un ecclésiastique retient l’attention de ses contemporains. Peu de temps après sa nomination en 1693, évêque de Périgueux, Daniel de Francheville prodigue tant de charité pendant ses 8 années d’épiscopat à l’égard des déshérités qu’il sera bientôt surnommé le Père des Pauvres.

En 1698, lors de la disette, le prélat s’adresse au Ministre des Finances, « Je n'ay, Monsieur, que des forces bornées. J'offre de donner tout ce que j'ay, ne me réservant que ce qui est absolument nécessaire pour ne pas mourir de faim... J'ai quelquefois à ma porte près de mille pauvres ensembles. Le nombre en augmente tous les jours. Je donnerai, Monsieur, tant que je seray en état de donner ; mais, sans la charité du roy, la plus grande partie du peuple mourra... Je vous assure que je ne vis qu'au jour la journée et qu'il m'arrive souvent de n'avoir pas dix pistolles d'argent. Je ne vous dis point cela, Monsieur, par ostentation, mais seulement pour vous faire connoistre nostre misère ».

Quelques remèdes

Les épidémies sont plus redoutables et plus fréquentes dans les campagnes que dans les villes, et cependant le monde paysan est presque dénué de soins médicaux. Les remèdes à bases de plantes, décoctions, selon le médecin François Charitable en 1683 pour atténuer la dysenterie, sont destinés aux « puissants seigneurs » et riches habitants des villes.


 La tormentille est une plante vivace rampante des landes et sols herbeux d’environ 10 cm de haut. Seules les parties aériennes et les racines sont utilisées en infusion contre les inflammations de l’intestin.

La thériaque est une très ancienne préparation complexe, parmi lesquelles plusieurs substances minérales et végétales, des poisons, la chair et le sang d'animaux sont mélangés avec du miel. Utilisée au Moyen âge contre toutes les maladies, la plus connue étant celle de Venise.

Le bézoard est un corps étranger formé par l’accumulation de substances résidant dans l’estomac des animaux ruminants et des humains.

La bistorte est une plante qui pousse dans les prairies humides, fossé et bois clairs et, selon la croyance populaire sa poudre permettait l’interruption des saignements de nez.

Bilan démographique

En 1692, selon les chiffres communiqués par le curé Vidal lui-même, Léguillac compte 190 feux, soit 760 habitants. En 1709, presque deux décennies plus tard, il n’en reste plus que 79, avec 316 habitants - Dénombrement du royaume par généralités, élections, paroisses et feux -  soit un déficit de 444 habitants en presque deux décennies, décédés ou ayant migrés vers d’autres régions.

En marge de l'épidémie : note de Monsieur L Dumarche - famille Dumarchat

"Mention du remariage de Hélie Simon (tisserand) le 28 novembre 1694 avec Charlotte Pachot, veuve de Thomas Neysenças (AD 24 Léguillac de l'Auche, BMS 1681-1735 vue 94); Thomas, le premier mari de Charlotte, étant inhumé le 25 septembre 1693 à Léguillac, âgé de 58 ans environ (idem BMS 1674-1735 vue 109). Cette mention d'un remariage au moment de la grande crise est d'autant plus intéressante qu'elle est exceptionnelle"



1736 - conflit entre le curé de Léguillac et le prieur de La Faye

Lors de la visite du 14 avril 1736 faite par l’abbé Charles Prudent De Bec de Lièvre, vicaire général, « le seigneur de La Faye est condamné à payer les ornements et linges mentionnés sur la susdite ordonnance, à faire faire incessamment les réparations soit pour ce qui regarde les vases sacrés, lautel, retable, fonds baptismaux, cloche, balustres, chasuples, drap mortuaire, et surplis. Le seigneur devra fournir au vicaire, le pain, le vain, nécessaires au service divin, les faire blanchir à ses frais ».

Le seigneur d’Abzac de la Douze est à nouveau en conflit avec le curé Saulnier en 1742. Le curé tente d’obtenir une nouvelle répartition des dîmes novales et de la portion congrue.


1764 - la cloche de l’église

L’exploration campanaire de l’abbé Brugière en 1907 publiée par la S.H.A.P. mentionne la fonte d’une cloche en 1764 par le Lorrain Jean-Baptiste Richard, fondeur ambulant.

La Lorraine est au 18ème siècle le pays par excellence des fondeurs de cloches ambulants. « Les fondeurs de Lorraine » ont donc une solide réputation et n’hésitent pas à quitter leur pays plusieurs mois et parcourir les provinces de France et d’Europe. Jean-Baptiste Richard, bissac au dos et « chantier volant », fond la cloche de Léguillac durant l’été chaud et sec de 1764 puis se dirige vers Siorac de Belvés. Il est de retour en Lorraine à l’approche de l’hiver lorsque le moulage ne peut plus se faire en plein vent.


Le curé Bussenoux s’accorde avec Jean Baptiste Richard, la cloche devra peser 405 kilos et mentionnera l’inscription :

« SAINT-GREGOIRE ORA PRO NOBIS - SAINT-ROCHE ET SAINT-CLODOALDE - INTERCEDITE PRO NOBIS - SAINTE-MARIA - ORA PRO NOBIS- 1764 – JEAN BAPTISTE RICHARD M.F. »

« Saint-Grégoire pour nous, Saint-Roch et Saint-Cloud pour nous, intercède (prie) pour nous, Sainte-Marie pour nous, 1764 – Jean-Baptiste Richard ».

Saint-Cloud

On honore Saint-Cloud (522-560), prince Mérovingien, petit-fils de Clovis, 1er prince franc devenu ermite et moine, peut-être en référence à l’occupation Mérovingienne dont la présence est attestée entre Girondeau, Linard, et Glenon, lieu-dit les Greloux.

Saint-Grégoire

Prénommé Grégoire de Tours, il nait en 540 à Clermont-Ferrand. Depuis plusieurs générations, ses ancêtres, sénateurs sous la domination romaine, exercent en Gaule en qualité de gouverneurs de province, de juges, ou de magistrats suprêmes. Issu d’une formation essentiellement cléricale Grégoire est élu évêque de Tours en 573. Grégoire commence en 575 la rédaction de la toute première Histoire de France des  Mérovingiens à la fin du règne de Childebert II et Clotaire II, ses contemporains. Grégoire décède à Tours en 594.

Saint-Roch

Né d’une riche famille originaire de Montpellier vers 1345, c’est après le décès de ses parents qu’à 20 ans « il revêtit l’habit de bure du pèlerin, un chapeau à larges bords pour se protéger de la pluie, un bourdon et une courge utilisée comme gourde, un manteau de pèlerin qui arrivait au niveau des hanches, une ou plusieurs coquilles pour puiser l’eau des rivières, et enfin d’une besace portée en bandoulière » et distribue une partie de sa fortune auprès des pauvres et soigne de nombreux malades de la peste lors de son passage en Italie. Saint-Roch est régulièrement représenté au côté de Saint-Jacques et préserve les malades sur le Chemin de Compostelle. Saint-Roch serait décédé vers 1376. Comme nous l’avons vu précédemment, Léguillac se situe sur l’un des « caminos » vers Saint-Astier et Compostelle.

Le 21 mars 1764, le curé Bussenoux rédige l’acte de baptême de Marie Meissensas fille de Bernard habitant le bourg.



1778 - De la rédaction des actes paroissiaux

Le 5 février 1778, Messire Augustin de Valbrune, seigneur de Belair, adresse à l’Evêque de Périgueux,  Emmanuel Louis de Grossolles De Flamarens, une requête demandant une nouvelle rédaction des actes de baptême de ses enfants.

1778 - De la rédaction des actes paroissiaux    Le 5 février 1778, Messire Augustin de Valbrune, seigneur de Belair, adresse à l’Evêque de Périgueux,  Emmanuel Louis de Grossolles De Flamarens, une requête demandant une nouvelle rédaction des actes de baptême de ses enfants.

Le curé Bussenoux, indique à Messire de Valbrune, qu’il lui est impossible de répondre à sa demande de reproduction d’actes paroissiaux concernant la descendance du couple, Augustin de Valbrune et Dame Marie Anne Du Benoit son épouse.

En effet, « entre le 8 janvier 1715 et le 19 septembre 1751, son prédécesseur, feu le curé Saulnier a tenu le registre avec si peu d’exactitude et de régularité, n’étant ni cotté ny paraphé, qu’il ne pouvoit faire aucune foy en justice, qui plus est mesme que durant tous ces jours et ces années, il n’avoit été remis aucun de ces memes registres au Greffe de la Séneschaussée de Périgueux, qu’ils contenoine  une infinité d’antidates, de report de dates, ce qui les rendoient absolument informes et défectueux a raison de quoi il ne pouvoit en délivret aucun extrait, il y avoit beaucoup de mariages, baptemes ou décès dont il n’étois pas dutout fait mention ».

Acte de décès par le curé Saulnier le 20 juin 1726

« Le 18 février 1778,  avant midy au bourg de Léguillac de Lauche, archiprétré de Valeuil, diocèse  de Périgueux, dedant le presbitère,  et en vertu de la commission de Monseigneur l’Illustrissime, le Révérentissime Evêque dudit Périgueux, ……..  à la demande de Messire de Valbrune, habitant de son château, le fief de La Batut, paroisse de Saint-Astier, nous a dit scavant et mémoratif, de la naissance, le bapteme, de ses enfants, en présence de gens connus et dignes de foy » dont Martin Neyssensas, voiturier du village de Tamarelle, à Saint-Astier, ne sachant signer, accompagné de Géraud Lafaye, domestique, Gabriel Dumarchapt dit Ladouze, Martial Gendraud du présent bourg qui tous témoignent de la naissance de Françoise de Valbrune, le huit may 1742.




1789 - la Révolution à Léguillac

Bernard et Jacques Neyssensas, comme tout homme du canton de « Layguillac », âgé d’au moins 25 ans et payant une contribution, pour la première fois et démocratiquement, sont convoqués le 5 mars 1789, de la manière accoutumée, au son de la cloche.

1789 - la Révolution à Léguillac    Bernard et Jacques Neyssensas, comme tout homme du canton de « Layguillac », âgé d’au moins 25 ans et payant une contribution, pour la première fois et démocratiquement, sont convoqués le 5 mars 1789, de la manière accoutumée, au son de la cloche.

Le greffier Linard lors de la rédaction du cahier des doléances écrit « notre communauté se trouve dans le besoin, et il rajoute entre parenthèses, (et cecy n’intéresse malheureussement que nous en particullier), de faire réedifier notre église paroissiale qui menace d’une ruine totale……  par ceux qui perçoivent la dixme, attendu la misère qui règne parmi notre Communauté».


En un siècle l’église s’est considérablement dégradée et Linard en demande la réedification.

De la rémunération des curés : Linard demande que les vicaires perpétuels perçoivent au moins douze cents livres.

Au sujet de l’église de La Faye, Linard note que la « grosse dîme et toutes les rentes foncières a un gros bénéficier qui possède dans notre paroisse une très belle église ne servant à aucun usage particulier et qui pourrait bien nous servir d’église paroissiale ».

1792 - anecdote

Selon les dires de Linard, en 1792, le Directoire de Périgueux est d’avis que la cloche de l’abbaye de Sainte-Marie de la Faye soit échangée avec celle de Beaulieu considérant que la différence de poids entre les deux n’est que de cent livres, et qu’il « est indifférent aux intérêts de la Nation de donner celle de la Faye ».

 Représentation de l'église par Cassini

Sous la direction de César-François Cassini de Thury la représentation de l’église de Léguillac avant 1800.




1808 - plan cadastral Napoléonien


Réalisé en 1808, le plan de l’église, parcelle 490, indique bien la partie gothique, au Nord, à l’Est, Sud et Ouest l’ancien cimetière et, au sud et à l’est, les contreforts du chevet.

Réalisé en 1808, le plan de l’église, parcelle 490, indique bien la partie gothique, au Nord, à l’Est, Sud et Ouest l’ancien cimetière et, au sud et à l’est, les contreforts du chevet.


1897 - une nouvelle cloche



La cloche de 405 kilos est refondue avec le même poids, à Saint-Emilion, par Emile Vauthier et bénite le 13 septembre de la même année par le curé Nuc. Dédiée à Saint-Cloud, le maire Bardy est parrain et marraine Emilie Malherbe, veuve Rapnouil.

La cloche de 405 kilos est refondue avec le même poids, à Saint-Emilion, par Emile Vauthier et bénite le 13 septembre de la même année par le curé Nuc. Dédiée à Saint-Cloud, le maire Bardy est parrain et marraine Emilie Malherbe, veuve Rapnouil.

Originaire de la vallée de la Meuse, la famille Vauthier fond près d’un millier de cloches en bronze et fait ainsi la réputation de Saint-Emilion pendant un peu plus d’un demi-siècle.

« l’église de Léguillac était l’un des édifices romans les plus anciens et les plus intéressants, non seulement du Périgord, mais même de France » Marquis de Fayolle en 1903



L’histoire tourmentée de l’église se termine ainsi

« l’église de Léguillac était l’un des édifices romans les plus anciens et les plus intéressants, non seulement du Périgord, mais même de France » Marquis de Fayolle en 1903

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1841 - Epidémie de suette militaire



Statistiques sur Léguillac de l’Auche


Côte : 41 Fi 12 - A39P20 - dessin réalisé en 1894 par A Roumejoux - 
Archives Départementales de Périgueux



La suette militaire, document référencé aux Archives - 5 M 25, est définie par des « sueurs très abondantes accompagnées d'éruption de vésicules emplies d'un liquide jaunâtre, pas plus gros qu'un grain de millet et aussi serrées les unes contre les autres que le sont des grains sur les épis d’une plante. S'y ajoutent de fortes poussées de fièvre ainsi que des maux de tête. »

Le décès intervient dans les 2 jours. A Trélissac, 20 à 30% des malades décèdent avec 42 morts en 16 jours. La létalité moyenne en Périgord s’élève à 13%. En termes de comparaison le choléra atteint les 50%.

Petite encyclopédie médicale du professeur Hamburger :

« La suette miliaire est caractérisée par l'existence de sueurs profuses, de fièvre, d'une éruption vésiculaire, parfois de gêne respiratoire et de troubles cardio-vasculaires ayant pu entraîner la mort. Caractère épidémique localisé possible dont l’origine reste inconnue »

L’épidémie, en provoquant une véritable panique collective, atteint l’ensemble des classes de la population, pauvres comme bourgeois ou nobles, les « mieux nourris ». En presque deux années, le Périgord comptabilise 19281 malades et 1125 décès, soit 6%. Les malades, souvent plus jeunes que plus âgés, en bonne forme, habitent le plus souvent en zone élevée.

Comme chez leurs voisins, la peur s’amplifie au sein des familles Neyssensas. Charles, Antoine et Jean le savent, l’épidémie s’étend rapidement et les victimes meurent le plus souvent en deux jours. Et bien souvent, comme en 1832, la suette accompagne précède ou suit une autre épidémie de rougeole ou de choléra.

Il va falloir pourtant reprendre confiance pour faire échec à la peur, les médecins de Périgueux vont bientôt apporter leurs aides…… et surtout rassurer une partie de la population souffrant brusquement de maux qu’ils assimilent à tort à la suette.


Le recensement en 1841

 

La paroisse est encore habitée par quelques familles Neyssensas, dernières descendantes en ligne directe de Guillaume Meyssensas, aubergiste dans le bourg en 1526.

Les Neyssensas ont quitté définitivement le bourg après la révolution. Nous les rencontrons localisés dans quatre hameaux.

Armagnac, hameau habité par un seul couple : Charles Neyssensas, cultivateur, son épouse Marie Fénelon et leurs enfants, Charles, Léonard, Louis, Marie, Anne, et Anne Lamy, veuve et mère de Charles.


Charles et sa famille habite la métairie nommée « la petite haute » composée de bâtiments de colons et d’exploitation, jardin, terres à grains, prés, bois de toues espèces, vignes et friches, exploitée par une paire de bœufs. Le hameau sera épargné par l’épidémie. Une autre métairie, plus grande est occupée par un certain Latournerie, non mentionné sur le recensement. La propriétaire des deux métairies, Marie Soulier dite d’Armagnac décède en 1841 dans le bourg à l’âge de 92 ans. La sœur de Marie, Jeanne Rafaillac hérite des biens. Réf : F. Raluy - Léguillac de l’Auche.




Lépine, avec Antoine Neyssensas, 61 ans, agriculteur, décédé en novembre 1841 quelques mois après Catherine, 67 ans, décédée en mars et non mentionnée sur le recensement. On relèvera 3 décès à Lépine.




Le But, comptera 2 décès. L’épidémie épargnera les couples Jean Neycensas, cultivateur, son épouse Antoinette Dupont et Guillaume Neycensas, son épouse, Antoinette Dauriac, leur fils Jean et leur fille Marguerite, leur oncle, Jean, et Elie Neycensas, domestique.






Perpezat, le dernier hameau encore habité par une descendante de Guillaume, Marguerite Neyssensas et son époux Jean Dupeyrat, cultivateur, épargnés par l’épidémie.

En 1841 Léguillac de l’Auche comptabilisent 29 décès dont 11 dus à la suette


Deux Neyssensas décèdent en 1841 : Catherine et Antoine - hameau de Lépine



Le mois de Septembre reste le mois le plus préoccupant pour la municipalité




Les hameaux et l’épidémie



Nombre de décès sur une décennie





Brève analyse de l’épidémie de suette militaire à Léguillac de l’Auche en 1841


Il semble que l’épidémie débute à Léguillac dès 1840, le nombre de décès passant d’une moyenne annuelle habituelle de 14 décès à 20, pour atteindre un seuil de 29 décès en 1841, pour enfin ralentir en 1842, le nombre de décès s’établissant à 18.

Par catégorie socio-professionnelle, 11 habitants sans activité professionnelle décèdent, 6 cultivateurs et 3 agriculteurs, 2 domestiques, 1 apprenti-charron, 1 mendiant, et 5 nourrissons dont 2 venant de l’hospice de Périgueux. L’abandon d’enfants, puis le placement étaient, si ce n’est courant, en tout cas accepté avec, dans la décennie 1 enfant abandonné pour 27 naissances. Les couples pauvres délaissaient plus facilement les filles, les garçons étant potentiellement des bras supplémentaires pour entretenir les terres.

La moyenne d’âge des défunts est de 42 ans tous sexes confondus, 43 ans pour les femmes avec 17 décès, et 40 ans pour les hommes avec 12 décès.

La plupart des décès ont lieu le matin avec 16 décès, 5 l’après-midi et 8 le soir. Les lieux dont le nombre de décès est le plus élevé sont Martinie, le bourg de Léguillac avec 4 décès, 3 décès à Lépine, puis 2 à Belair, le But, le Maine, et Sireix. 10 autres hameaux compteront 1 décès sur l’année 1841.

Le plus grand nombre de décès se situe dans le courant du mois de septembre avec 13 décès.

Les autres mois comptabiliseront entre 1 et 3 décès mensuels.

La presse locale traite quotidiennement de l’épidémie …….



La presse locale et la suette militaire



La presse, l’Echo de Vésone, en cette année 1841 relaye les informations de terrain.



L’Echo de Vésone du 9 septembre 1841

Réf Ad Périgueux : PRE 417-15


L’épidémie continue



Une des conséquences de l’épidémie


Les médecins, Lestang, Piquet, Laferrière, Lanauve, Moreau, Maigne, Larobertie, et Theulier redoublent d’efforts pour soigner les patients, à Razac, Annesse, Marsac, Coulounieix, Trélissac, Antonne, Boulazac, Saint-Aquilin, Léguillac de l’Auche, La Chapelle-Faucher et Saint-Pierre de Côle. Les habitants de Périgueux quant à eux peuvent compter sur les médecins de Limoges et autres villes alentours.


L’abandon


L’Echo de Vésone du 16 septembre 1841


Les remèdes


18 septembre 1841

L’épidémie se termine à Périgueux



La vie du village de Léguillac de l’Auche reprend son cours en fin d’année 1842.

 

Réf : Mémoire de la Dordogne - une épidémie oubliée par A. Sadouillet-Perrin - page 38.

La maladie et son double par C. Beauchamp en 1993 - Persée.

Parrot - Histoire de l'épidémie de suette militaire qui a régné en 1841 et 1842 dans le département de la Dordogne.




1843 - Le procès de Marguerite et Antoine

 

L’ensemble des informations présentes dans l’article sont extraites de documents consultables en ligne auprès des Archives de la Dordogne et du site de généalogie Généanet.

La mise en ligne des registres d’écrou du département de la Dordogne nous éclaire sur un procès qui fit date et jurisprudence à Périgueux en 1843.

 

Pour le 19ème siècle et le début du 20ème siècle, il existait plusieurs catégories de détention et autant de séries de registres d’écrou.

Ont été étudiés en particulier les registres de la Maison d'arrêt et de correction de Périgueux qui enregistrent les prévenus en attente de jugement devant le tribunal correctionnel.


2Y80 - Registre d'écrou des prévenus et inculpés - arrêt et correction (table).

2Y108 - Registre d'écrou des accusés et condamnés - maison de justice auprès du tribunal criminel et de la cour d'assises.

2Y140 - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table).

2Y141 - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table).


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La petite Marguerite Neyssensas nait à Léguillac de l’Auche le 9ème jour du mois de Prairial, en l’An X (17 septembre 1802) à 9 heures du soir, des époux Pierre Neyssensas, 31 ans, tisserand et Jeanne Veyssière, 27ans, habitants le chef-lieu de Léguillac de l’Auche. Les témoins se nomment Bernard Simon, 22 ans et Jean Patissou, 58 ans, habitants du bourg.

Marguerite est petite-fille du couple Guillaume et Marguerite Dupuy, mariés le 14 novembre 1765 à Montrem. L’ascendance n’a pas été recherchée.




L’acte est signé au temps de la gouvernance de Napoléon Bonaparte, au pouvoir depuis 1799 après le coup d'État du 18 Brumaire, nommé premier consul à vie à partir du 2 août 1802. Il est sacré empereur en la cathédrale Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804 par le pape Pie VII.


On rencontre le père de Marguerite aux archives de la Dordogne……. Quelques années auparavant.

« La Convention, le 24 février 1793, décrète l'état de réquisition permanente pour tous les citoyens âgés de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants. Pierre Neyssensas, 25 ans, (erreur sur la date de naissance), tisserand à Léguillac est requis pour habiller les soldats. Son père Guillaume est cultivateur.

Pierre est réquisitionné pour habiller les soldats, de ce fait il lui est interdit de travailler pour aucun particulier. Les matières premières ne tardent pas à faire défaut, les prix augmentent sensiblement. Les besoins considérables en habillement se composent d’habits, vestes, culottes, paires de guêtres d’étoffe, chapeaux, sacs de toile, sacs de peau, chemises, paires de bas, cols noirs et cols blancs ». Réf : blog partie « Guerre ».

Marguerite semble être la fille unique du couple. Ses parents sont décédés avant son mariage en 1827, avant l’âge de 56 ans pour Pierre et 52 ans pour Jeanne. A ce jour après recherches sur les tables décennales, leurs décès n’apparaissent sur aucun registre ?

Le 22 février 1827, Marguerite, 25 ans, épouse à Léguillac de l’Auche, Antoine Lejeune, 23 ans, garçon charron né à Mensignac le 18 mars 1804. Les témoins se nomment Martial Garreau, 29 ans, servant à gage, Jean Baptiste, 34 ans, menuisier, Pierre Soulier, 63 ans, charpentier, habitants Léguillac, et Jean Naboulet, 46 ans, cultivateur, habitant du village de Beaulieu, commune d’Annesse.

La famille Lejeune à des origines Belges depuis la fin du 17ème siècle, en Wallonie, province de Liège. Le père d’Antoine, Jean Joseph Lejeune décède en Belgique en avril 1812 lors d’une épidémie de dysenterie qui fait des coupes sombres au sein de la population Belge. Antoine est alors âgé de 8 ans.

La mère d’Antoine, Marie Pautard, Mensignacoise de naissance, habite en 1827 le hameau du Chalup situé à 1 km 5 de Mensignac avec son fils Antoine. Les parents d’Antoine eurent 5 enfants, le 1er enfant en 1798, le dernier enfant en 1808, tous nés à Mensignac.




Le parcours de Marguerite et Antoine s’inscrit dans un contexte de fragilité économique des campagnes. En 1830, la population rurale du Périgord est majoritairement composée de petits paysans et de journaliers vivant dans des conditions précaires. Les difficultés économiques, combinées à l’augmentation des impôts et à l’insécurité foncière, nourrissent un fort ressentiment envers les élites locales.

Les attaques et pillages de châteaux lors de la révolution de Juillet 1830 traduisent une violence sociale dirigée contre les symboles de la domination nobiliaire, perçue comme responsable des inégalités persistantes. Ces actions ne sont pas uniquement politiques : elles relèvent aussi d’une contestation économique et sociale.


La peur du retour de l’ordre féodal et la mobilisation des élites

Face à cette agitation, la petite bourgeoisie et la noblesse réagissent rapidement en armant les gardes nationales, ce qui montre la crainte d’un soulèvement paysan généralisé. Cette réaction révèle la fracture sociale profonde entre élites et populations rurales.

Même si les droits féodaux ont été abolis juridiquement en 1789, leur souvenir reste très vif dans les campagnes. La peur du retour de la dîme et des corvées, mentionnée pour 1849, illustre la persistance d’une mémoire collective marquée par l’exploitation seigneuriale. Cette angoisse structure durablement les comportements politiques ruraux.

 

La politisation progressive des campagnes (1830-1849)

Il existe une continuité entre les révolutions de 1830 et de 1848. Dix-huit ans après la révolution de Juillet, les campagnes répondent de nouveau à un appel antiféodal lors de la révolution de Février. Cette répétition souligne une politisation croissante du monde rural, qui ne se limite plus à des violences spontanées mais s’exprime aussi par le vote.

Le succès des socialistes aux élections législatives de 1849 en Dordogne s’explique par leur capacité à capter ces peurs et ces attentes, en se présentant comme les défenseurs des paysans contre les abus des notables locaux. Le vote devient ainsi un prolongement de la contestation sociale.

Marguerite et Antoine habiteront Léguillac de l’Auche durant quelques années (1827-1841). Leurs 3 enfants naissent à Léguillac entre 1828 et 1834. En 1831, le recensement nous indique qu’Antoine est charron dans le bourg. Un seul autre charron est en activité dans l’un des hameaux de la paroisse de Léguillac, il s’agit de Jean Veyssière, 50 ans.

Quelques temps après, le couple quitte Léguillac. En 1841 le recensement localise Antoine et ses 3 enfants, rue de Périgueux à Lisle, à 15 km au nord de Léguillac dans l’une des habitations situées à la sortie du village en direction de Périgueux.


Les trois enfants du couple n’ont que quelques mètres à parcourir pour rejoindre l’école gratuite située dans la maison personnelle de l’instituteur Monsieur Naboulet sise rue de Périgueux, trop mal aérée et exiguë pour accueillir 52 élèves en 1850. Monsieur Naboulet prendra sa retraite en 1861.



Antoine partage son activité de charron avec le maréchal-ferrant Léonard Gaillard, situé tout à côté, et la rue de Périgueux ne manque pas de petits métiers à cette époque, boulanger, cordonnier, galocher, coutelier, cabaretière, chevrier, menuisier, tailleur de pierres et d’habits, aubergiste. Aujourd’hui la place de la Forge à l’entrée du village est un souvenir du maréchal-forgeron et du charron de la rue de Périgueux.




On remarque sur la partie haute de la maison de gauche une fenêtre du 16ème, l’une des maisons les plus anciennes du village, à droite l’entrée d’une habitation avec encadrement classique du 18ème siècle avec une évocation simplifiée des chapiteaux antiques accompagnant la moulure d’imposte.


Le village de l’Isle


On note que Marguerite n’est pas mentionnée en 1841 sur le recensement l’Islois, en effet, Marguerite, 39 ans, est employée en qualité de domestique-cuisinière chez Madame de Saint-Cyr à Périgueux à 21 km de Lisle.

Il est vrai que l’état des routes s’améliore sensiblement après 1830. En effet avant 1840, « aucune route proprement dite ne sillonne encore la vallée de la Dronne. C’est à peine si quelques vieux chemins ont eu quelques réparations. Les Lislois vont à Périgueux à pied, les plus fortunés font le voyage à cheval. Il y a quelques voitures publiques d’une lenteur désespérante ». Histoire de Lisle par l’abbé Farnier en 1945.

En 1835, l’enquête de Cyprien Brard souligne l’absence de route départementale traversant Lisle, le maire espère que sous peu, un complément à la départementale de Périgueux à Ribérac sera mis en service.

Marguerite, domestique-cuisinière, est gagée pour l’entretien et le service de la « domus », dans un sens plus large, « domestique » signifie celui qui demeure chez un maître et dans une même maison.

Le métier de cuisinière, une profession largement invisibilisée ?

Marguerite, éloignée de sa famille, est cantonnée à la cuisine domestique considérée comme secondaire.

Au sein d’une hiérarchie genrée, les hommes revendiquent la haute cuisine, considérée comme un art noble, technique et créatif, les femmes sont assignées à la « cuisine ménagère », perçue comme naturelle, instinctive, liée au foyer plutôt qu’au prestige.


Le statut de cuisinière de maison bourgeoise.

Marguerite a été retenue pour un emploi de cuisinière sans contrat et vit chez Madame de Saint-Cyr qu’elle suit parfois lors de ses déplacements. Elle n’a pas de droits sociaux (congés, salaires déclarés, assurance…).

Les conditions de travail sont difficiles. On exige de Marguerite des journées de 12 à 14 heures, peu ou pas de repos et une constante perfection. En l’absence d’apprentissage, Marguerite a appris « sur le tas », par observation et transmission orale et doit savoir cuisiner sur mesure, faire preuve d’adaptation permanente, avoir une gestion économique (forfaits par convive) et recycler rationnellement les restes.

Marguerite, comme une grande partie des cuisinières du 19ème siècle, souffre d’une mauvaise réputation sociale (clichés de voleuses, ignorantes, impliquées dans « l’anse du panier »). L’anse du panier pour une domestique, une employée de maison, est la majoration du prix des courses pour gagner sur son patron.

Les méfaits commis par des employés de maison ne sont pas rares ainsi, « la nommée Marie Rebière, servante chez Mr Rebière, propriétaire à Nantheuil, vient d’être arrêtée comme incendiaire. Elle est prévenue d’avoir mis le feu à quelques objets de valeur déposés dans le grenier de la maison habitée pas ses maîtres. » l’Echo de Vésone - mars 1841.

Le 8 avril 1843 auprès de la Cour d’assises de la Dordogne, « le nommé Jean Dumas, âgé de 18 ans, est accusé de plusieurs vols, commis chez le sieur Carbonnière, pendant qu’il servait en qualité de domestique, et après qu’il eût été renvoyé pour ce fait.

Les vols principaux, ceux pour lesquels il est poursuivi, ont eu lieu, après sa sortie, à l’aide d’escalade et d’effraction intérieur. Le premier vol était d’une somme de 1100 francs, le second de 400 francs. Dumas a avoué son crime. Il a été condamné à 4 ans de prison et aux frais ». L’Echo de Vésone d’avril 1843.


En ce temps-là : Périgueux en 1841 ne manque pas d’activités : extraits de L’Echo de Vésone


Les mouvements du port : sont arrivés le 23 décembre 1840, Sarragos, la Société, sel et avoines, venant de Libourne.

Le 24, Granger, les Deux-Frères, denrées coloniales venant de Bordeaux.

Le 1er janvier 1841, Martin, l’Espérance, sel et planches de pin venant de Libourne.

Le 1er janvier, Cassias, le Jeune Dulon, tabac et bois de Nerva venant de Bordeaux.

Les départs du port de Périgueux :

Le 24 décembre 1840, Lafaye, les Deux Rochers, feuillard pour Bordeaux.

Idem, Simondet, le Saint-Etienne, madriers de noyer pour Bordeaux.

Idem, le Héros, fer et carrassonne pour Bordeaux.


Au théâtre : Dimanche prochain 10 janvier 1841, pour la clôture définitive, le Gymnase Castelli donnera une première représentation de Napoléon Bonarparte, ou le Petit Caporal, vaudeville en 1 acte, Henri IV en famille, vaudeville en 1 acte, le Dépit Amoureux, haute comédie en vers en 1 acte, Les Couplets d’adieu aux habitants de Périgueux.

 

Bal paré et masqué : Février 1841

« Périgueux est entouré de séductions ; les plaisirs lui naissent de toutes parts. Demain Dimanche, bal paré et masqué au Grand Café de la Comédie, spectacle et bal paré masqué au théâtre. C’est à ne s’y pas reconnaitre, c’est à perdre la tête et à ne savoir auquel entendre. Tous nos dimanches, d’ici mardi gras, doivent ainsi être filés de festivals parés et masqués, de soirées vénitiennes, de tombolas, et parsemés de débardeurs, de positions, de hussards, de Mazaniellos, de Figaros, de dominos de toutes les couleurs, joyeuses, étincelantes et tournoyantes planères de notre zodiaque périgourdin ».

Février 1841 :

« On dit que l’ordre vient d’être donné pour que les gendarmes, tant à pied qu’à cheval, portent désormais moustache comme tous les autres corps qui composent notre armée ».


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Pendant ce temps, une nuit de février 1841, le quotidien de Marguerite et Antoine bascule vers l’irrémédiable.


Le couple est reconnu coupable de vol domestique chez Madame de Saint-Cyr qui se porte partie civile. Une fois sa plainte entendue par les juridictions répressives, le juge d'instruction du tribunal civil, Raymond Courtois est saisi. Le code d'instruction criminelle établit une procédure inquisitoire et secrète qui accorde bien peu de droits aux victimes durant la phase d'instruction.

Raymond Courtois (domicile : Faubourg Saint-Martin) transmet un mémoire auprès de la chambre des mises en accusation de Bordeaux. « Par arrêt de la cour Royale de Bordeaux, chambre des mises en accusation en date du 3 juillet 1843 », Marguerite et Antoine sont convoqués devant la cour d’Assises de Périgueux le 19 aout 1843.


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L’Echo de Vésone du 1er aout liste les affaires qui doivent être jugées pendant la session extraordinaire de ce mois d’aout 1843.


16 aout, Jean Liotou, meurtre, Jean Guilhem, vol.

17 - Simon Reynaud, assassinat - Pierre Tronche, vol.

18 - Rodolphe Zehender , assassinat, Guillaume Juge, vol.

19 - Jeanne Neycensas, Antoine Lejeune, Jeanne Guinot, vol.

21 - Delusin, homicide - Castang, vol.

22 - Delmont, faux témoignage - Trufy, vol.

23 - Hyves et Fr Authier, vol - Quilhac et Andreau, fausse monnaie.

24 - Jamain, faux.

26 - Pajot, vol et faux – Vilaine, vol.


Lors de l’audience du 16 aout, une session extraordinaire s’ouvre sous la présidence de Monsieur le conseiller Mimaud.

« Monsieur le président, après l’appel de Messieurs les jurés, leur a adressé un discours dans lequel il leur a rappelé leurs devoirs en général et la juste sévérité que leur imposait notamment la multiplicité des vols dans le département, circonstance qui a obligé à ouvrir une session extraordinaire d’assises.

Après l’allocution, les débats de la première affaire commencent…. Avec un certain Liotou, accusé de meurtre ».


Les jurés ne sont pas non plus à l’abri des vols !!!


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Puis vint le 19 aout avec l’affaire qui nous concerne plus particulièrement.



Les faits tels qu’ils sont relatés dans L’Echo de Vésone du 20 aout 1843

« Dans le courant du mois de février 1841, une somme d’environ 8000 francs fut dérobée à la veuve dame de Saint-Cyr, dans un placard de la maison qu’elle possède à Périgueux. Le vol ne pouvait avoir été exécuté que par quelqu’un connaissant bien les localités. Mme de Saint-Cyr avait alors pour cuisinière la femme Lejeune, pour femme de service une nommée Jeanne Guinot, et pour domestique Georges Choury. Ce dernier fut seul soupçonné ; mais aucune poursuite ne fut dirigée contre lui.

Choury ne resta que peu de temps chez Mme de Saint-Cyr ; les femmes Lejeune et Guinot n’en sortirent que dans les six derniers mois de 1842.

Ce premier vol paraissait oublié, lorsqu’au mois de janvier dernier (1843), le nommé Gabriel Tourenne, envoyé à Périgueux par Mme de Saint-Cyr, qui se trouvait à la campagne, s’aperçut qu’un vol de linge avait été commis, par des individus qui s’étaient introduits dans l’appartement à l’aide d’effraction ; et bientôt après, M. le commissaire de police, appelé sur les lieux, constata le vol d’une somme de 6000 francs, placée dans un petit placard, dont la serrure avait été forcée.

Ce second vol éveilla l’attention de la justice ; on découvrit que les époux Lejeune, dont la position était on ne peut plus gênée avant l’entrée de la femme chez Mme de Saint-Cyr, faisaient maintenant beaucoup de dépense et achetaient même des immeubles qu’ils payaient comptant. Une perquisition eut lieu chez eux et amena la découverte d’argent dont ils ne purent justifier la propriété.

Bientôt, enfin, la femme Lejeune avoua les vols qui lui étaient imputés ; mais accusa de complicité Jeanne Guinot et Georges Choury, qui avaient, disait-elle, partagé avec elle les dépouilles de Mme de Saint-Cyr.

Jeanne Guinot, questionnée à son tour, nia toute participation au vol, mais confessa qu’elle avait reçu une somme de 720 francs, qu’elle savait provenir de la soustraction commise.

Quant à Choury, il protesta énergiquement de son innocence, et les investigations de la justice ont prouvé qu’il était faussement accusé par la femme Lejeune ».

En ce qui concerne Lejeune lui-même, malgré de constantes dénégations, de graves présomptions le présentent comme complice de sa femme.




En conséquence, Marguerite Neycenssas, femme Lejeune, Antoine Lejeune et Jeanne Guinot, épouse Buisson, sont accusés de soustractions frauduleuses, à l’aide d’effraction intérieure.

Les charges qui s’élevaient contre les accusés ayant été complétement justifiées aux débats, le jury, après trois heures de délibération, a rendu un verdict de culpabilité, à la suite duquel la femme Lejeune a été condamnée à dix ans de travaux forcés avec exposition, son mari à dix ans de réclusion avec exposition et la femme Guinot à une année de prison ».


Palais de Justice de Périgueux


Chronologie des évènements qui se déroulent avant la tenue de la Cour d’Assises de la Dordogne le 19 aout 1843.


Condamnation des principaux protagonistes du cambriolage

Nous apprenons à la lecture de L’Echo de Vésone du 23 avril 1843 que les gendarmes procèdent à l’arrestation de quatre voleurs de Mme de Saint-Cyr, Marguerite et Antoine Lejeune le 14 avril, Jeanne Guinot et Georges Chouri le 17 avril après dénonciation de leur complicité par Marguerite. Georges Chirou sera disculpé quelques mois plus tard.



Georges Chouri

Georges, né à Trélissac le 31 octobre 1810, se marie au Change le 9 février 1841. Georges, domestique, est âgé de 31 ans, son épouse, Marguerite Vacher, 22 ans, est née au Change en 1819.

Georges, pendant quelques mois, sera suspecté de vol au domicile de Mme de Saint-Cyr.

Arrêté à Trélissac le 17 avril par la police en vertu d’un mandat d’amener délivré par le Juge d’instruction de Périgueux, Georges Chouri, cultivateur, est accusé de vol. Après avoir était entendu au commissariat, il est incarcéré à la maison d’arrêt de Périgueux le 20 avril 1843 accompagné par le gendarme Vigier. Le concierge Blanchard signe le registre d’accueil. Le 21 avril, Georges Chouri passe à la maison d’arrêt et de correction sous le numéro 279.




Georges Chouri, porte « une casquette en velours, une cravate en soie noire, une chemise en toile, un gilet en drap bleu, une veste en drap bleu, un pantalon en drap bleu, une paire de soulier, le tout en mauvais état ». Georges, 33 ans, « nez long, taille 1 m 62, cheveux, sourcils et yeux châtains, menton rond, visage ovale, front découvert, teint coloré », est accompagné de l’huissier Châsteau, porteur d’un ordre délivré par le juge d’instruction auprès du tribunal de première instance de Périgueux, Raymond Courtois ; l’huissier signe l’acte d’écrou.

« Chouri, protesta énergiquement de son innocence et les investigations de la justice ont prouvé qu’il était faussement accusé par la femme Lejeune ».

48 jours après son incarcération, une ordonnance délivrée par le procureur auprès du tribunal civil de Périgueux indique « qu’il n’y a pas lieu de suivre », Georges Chouri quitte libre la maison d’arrêt le 7 juin 1843.

Georges décède en 1895 à l’âge de 84 ans.


Jeanne Guinot

Arrêtée à Escoire le 17 avril par la police en vertu d’un mandat d’amener délivré par le Juge d’instruction de Périgueux, Jeanne Guinot, couturière, « femme Buisson » est accusée de vol. Après avoir était entendu au commissariat, Jeanne est incarcérée à la maison d’arrêt de Périgueux le 20 avril 1843 accompagnée par le gendarme Vigier. Le concierge Blanchard signe le registre d’accueil. Le 21 avril, Jeanne passe à la maison d’arrêt et de correction sous le numéro 278.




Jeanne est fille de Jean et Marie Desmarton, née à Saint-Pierre de Côle le 28 mars 1816. Jeanne s’est mariée le 8 janvier 1843 avec Jérôme Buisson à Escoire. Un peu plus de 3 mois après son mariage, Jeanne est en prison.

La fiche d’écrou numéro 278 (réf 2 Y 80) nous donne quelques informations supplémentaires sur Jeanne, âgée 26 ans, « 1 m 45, nez mince, bouche moyenne, cheveux et sourcils châtains, menton rond, visage ovale, front couvert, teint pâle et yeux gris, sans marque particulière ».


Jeanne est vêtu d’un « fichu de tête en coton brun à raies blanches, un fichu de cou brun et jaune, une chemise en toile, une robe en laine grise-foncée, un tablier en coton rouge, une paire de bas en laine noire, une paire de soulier, le tout en assez bon état ». L’huissier se nomme Chasteau et le juge d’instruction Raymond Courtois. Jeanne est inculpée immédiatement de vol.

Jeanne est transférée à la maison de Justice sous le numéro 106, « en vertu d’une ordonnance de la chambre des mises accusation de la Cour Royale de Bordeaux en date du 3 juillet 1843 ».

Le 4 aout 1843 Jeanne Guinot se présente au greffe de la maison de Justice de Périgueux accompagnée du sieur Chasteau.

Le 23 novembre suivant, « le procureur du Roi (Gérard Dumonteil Lagrèze) ordonne au gardien chef de la maison de correction de recevoir et garder la nommée Jeanne Guinot » sous le numéro 26.

« Par arrêt de la cour d’assise de la Dordogne séant à Périgueux en date du 20 aout 1843, la nommée Guinot Jeanne est déclarée coupable, d’avoir volé une certaine quantité de linge au préjudice de Mme de Saint-Cyr sans circonstances aggravantes et a été condamnée à la peine d’un an d’emprisonnement, la dite a commencé à subir sa peine le 20 aout 1843 ».

Jeanne « est radiée d’écrou en vertu d’un ordre écrit du procureur du Roi motivé sur l’expiration de la peine de Guinot Jeanne, le 19 aout 1844 ».

L’article de l’Echo de Vésone du 23 aout 1843 mentionnait « Jeanne Guinot, questionnée à son tour, nia toute participation au vol, mais confessa qu’elle avait reçu une somme de 720 francs, qu’elle savait provenir de la soustraction commise ».

Les registres d’écrou consultés ne mentionnent plus la somme de 720 francs.


Marguerite Neyssensas

Le registre d’écrou de Périgueux (référence aux Ad de Périgueux - 2Y80) mentionne l’entrée à la Maison d’Arrêt de Marguerite Neyssenssas le 14 avril 1843, accompagnée de l’huissier « Jean-Baptiste Chasteau jeune, nouvellement nommé par ordonnance royale du 9 février 1843 près du tribunal civil de Périgueux, en remplacement du sieur Peyroulet. Le sieur Chasteau a prêté serment à l’audience du tribunal le 2 mars courant ». (L’Echo de Vésone de mars 1843).

Jean-Baptiste Chasteau, huissier du parquet, habite rue Notre Dame.




« Nous Raymond Courtois, juge d’instruction près le tribunal de première Instance séant à Périgueux, mandons et ordonnons à tous exécuteurs et mandements de Justice de saisir et conduire dans la Maison d’Arrêt de Périgueux la nommée Neyssensas Marguerite, inculpée de vol, ordonnons au Gardien Chef de la recevoir et garder suivant la Loi. Périgueux le 14 avril 1843. Signé Raymond Courtois ».

Marguerite, sans profession, demeure à l’Isle avec sa famille. Son signalement est décrit avec précision : « âgée de 38 ans, taille 1 m 60, nez long et pointu, grande bouche, cheveux noir-gris, menton long et plat, sourcils noir-gris, visage ovale, front découvert, teint pâle, et yeux châtains ».

Avant son entrée en cellule, Marguerite porte « un mouchoir de tête pareil à un turban, une chemise en toile de coton, une robe Napolitaine marron, une paire de bas en laine noire, une paire de chausson en lisière de toile, le tout en assez bon état ».

Robe Napolitaine : étoffe de laine fine et douce.


Chausson en lisière de toile : La lisière est une réutilisation de la bordure d’un drap, en ficelle ou lanière pour tenir les enfants en bas âge, mais aussi pour la confection de chaussons fabriqués à partir de drap, de lisière, de laine, de flanelle, de toile, de fil, de coton……



Après son admission en cellule Marguerite doit se vêtir d’une robe, d’un tablier, de bas de laine, d’un fichu, et de chaussons et sabots. Le tissu médiocre et rugueux utilisé pour sa confection donne son surnom à cette tenue : le « droguet ». Sa couleur peut varier, mais reste volontairement terne et peu salissante, oscillant entre le marron et le gris. À cela s’ajoute la coupe des cheveux.


« Par arrêt de la cour Royale de Bordeaux, chambre des mises en accusation en date du 3 juillet 1843, la nommée Neycensas Marguerite a été renvoyée devant la cour d’assises de la Dordogne sous l’accusation de crime de vol la nuit, à l’aide d’escalade et d’effraction extérieure et intérieure, au préjudice de Mme de Saint-Cyr.

Le même arrêt porte qu’elle sera conduite dans la maison de Justice de Périgueux avec injonction au gardien chef de recevoir et garder. En se conformant à la loi, fait et jugé en la Chambre du Conseil par la cour Royale de Bordeaux le 3 juillet 1843 ».

Le commis greffier Bordelais se nomme Saladin, Place de la Concorde à Bordeaux.

Le 4 aout 1843, Marguerite est transférée à la Maison de Justice de Périgueux sous le numéro 105 et franchit la porte du 10 de la Place du Coderc accompagnée de l’huissier Chasteau qui présente un ordre délivré par Monsieur le procureur du Roi de Périgueux.




Marguerite et son époux Antoine Lejeune attendent leur passage devant la cour d’assises de la Dordogne prévue le 19 aout 1843.

La décision du tribunal conclue à la culpabilité de Marguerite et d’Antoine : En conséquence, Marguerite Neycenssas, femme Lejeune, Antoine Lejeune et Jeanne Guinot, épouse Buisson, sont accusés de soustractions frauduleuses, à l’aide d’effraction intérieure.

Les charges qui s’élevaient contre les accusés ayant été complétement justifiées aux débats, le jury, après trois heures de délibération, a rendu un verdict de culpabilité, à la suite duquel la femme Lejeune a été condamnée à dix ans de travaux forcés avec exposition, son mari à dix ans de réclusion avec exposition et la femme Guinot à une année de prison ».


Marguerite et Antoine : le vol domestique de janvier 1843

Analysons la qualification juridique du vol domestique dans le Code pénal de 1810, en soulignant que la sévérité de la peine ne repose pas uniquement sur l’acte de vol lui-même, mais sur la dimension morale et sociale de la trahison commise par un domestique envers son maître. (Marguerite viole la confiance du maître, rompt le rapport d’autorité, menace symboliquement l’ordre social bourgeois, même si dans son cas elle n’était plus employée lors du vol). Il montre également comment, en pratique, les jurys du 19ème siècle atténuent souvent ces sanctions, ne jugeant pas toujours le vol domestique aussi grave que ne l’entend le législateur.

L’organisation juridique du vol dans le Code pénal : le vol est qualifié selon : le moment (jour ou nuit), le lieu (maison habitée, édifice religieux, champ, etc.), les moyens utilisés (effraction, escalade, fausse clé…), la qualité de l’auteur (domestique, apprenti, aubergiste, etc.). Certaines circonstances aggravantes ne s’appliquent que si plusieurs d’entre elles sont cumulées (exemple : vol de nuit + escalade ce qui est le cas pour Marguerite).

En revanche, la qualité de domestique est toujours en soi aggravante, même sans circonstance supplémentaire.

Le vol domestique est donc pensé comme une attaque contre la hiérarchie maître-serviteur, une atteinte à la sécurité matérielle mais surtout à l’ordre de classe.

Certains penseurs du 18 et 19ème siècle dénoncent la sévérité excessive des sanctions, la primauté donnée à la défense des biens matériels, ce qui révèle les valeurs bourgeoises dominantes.

La pratique judiciaire, souvent plus compréhensive face à la misère et à la banalité des vols domestiques démontre une forme d’adoucissement de la répression.

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Le vol domestique en milieu rural au 19ème siècle, peut-il être considéré comme une forme de contestation sociale des domestiques, envers leurs maîtres.

Les domestiques à gages (domestiques, valets, journaliers, métayers, bergers…) sont souvent dans une situation de fragilité sociale et économique. Le vol qu’ils commettent ne relève pas seulement de la misère extrême « les époux Lejeune, dont la position était on ne peut plus gênée avant l’entrée de la femme chez Mme de Saint-Cyr », mais souvent d’une réaction à l’exploitation, aux frustrations ou aux injustices subies et peu, peut-être, s’apparenter à une auto-justice contre un maître considéré comme injuste. Ce vol devient alors un acte individuel de résistance sociale, reflet des tensions du rapport maître-serviteur.

Les vols portent souvent sur de la nourriture ou quelques vêtements, quelques sommes d’argent modiques.

Le profil des voleurs : Majoritairement des hommes (79 %), souvent très jeunes, moins de 26 ans dans 61 % des cas, ils vivent une condition instable, précaire, souvent transitoire, constituant une main-d’œuvre mobile et isolée.

Des rapports sociaux révélés malgré le discours de confiance morale, dans la pratique, un rapport maître-serviteur fondé sur la méfiance, enquête, surveillance, fouilles, soupçons sont fréquents et un faux pas détruit irréversiblement la relation. Le voleur est vite exclu du marché du travail local.

Dans la majorité des cas, les maîtres ne portent pas plainte immédiatement « Dans le courant du mois de février 1841, une somme d’environ 8000 francs fut dérobée à la veuve dame de Saint-Cyr, dans un placard de la maison qu’elle possède à Périgueux. Le vol ne pouvait avoir été exécuté que par quelqu’un connaissant bien les localités. Mme de Saint-Cyr avait alors pour cuisinière la femme Lejeune, ce premier vol paraissait oublié, lorsqu’au mois de janvier dernier (1843)  … ».

Marguerite, malgré peut-être quelques soupçons, reste au service de Mme de Saint-Cyr toute l’année 1841 et le 1er semestre de 1842, A-t-elle était renvoyée ?

On ne sait ce que Marguerite invoqua pour sa défense, si dans un premier temps elle accuse Jeanne Guinot et Georges Choury d’avoir commis le forfait, peut-être dans un deuxième temps, invoque-t-elle la misère ou la faim « un vol nécessaire », l’injustice ou la dureté de sa maîtresse ?

L’Echo de Vésone et les registres d’écrou montrent que le vol domestique dans les campagnes, villes et villages du 19ème siècle est très courant dans les archives judiciaires. Perçu par l’État comme un crime grave, le vol domestique est souvent réinterprété avec indulgence par les jurés. Tel ne fut pas le cas pour Marguerite et Antoine qui substituèrent une somme considérable pour l’époque : 16875 francs soit 39375 euros.


Pourvois en cassation

Les époux Lejeune se pourvoient en cassation pour vice de procédure. En effet, l’huissier Chasteau a omis de fournir la liste du jury aux époux Lejeune, la veille de l’établissement du tableau des jurés. En soit cela constitue bien ouverture à cassation en vertu de l’article 395 du Code d’instruction criminelle. Les époux Lejeune se présentent auprès de la cour Royale de Bordeaux le 5 octobre 1843.




Le cout de l’acte d’exploit par l’huissier s’élève à 9 francs 65 centimes et Chasteau, de préciser à la Cour « j’ai remis copie à l’accusé parlant à sa personne », et la cour de conclure qu’il ne résulte pas de l’exploit d’huissier qu’une copie ai été remise aux époux Lejeune mais seulement à l’un deux sans en préciser son nom.

À l’issue du nouveau procès, la condamnation est confirmée et les accusés se voient imposer le paiement des frais du premier procès ainsi que des frais de la « procédure à recommencer ».

L’huissier Chasteau est également condamné à prendre en charge les frais supplémentaires en raison d’une faute commise dans l’exercice de sa fonction.

Jean-Baptiste Chasteau se pourvoi en cassation après l’arrêt de la Cour de Cassation du 5 octobre 1843, mais aussi les époux Lejeune qui vont être entendu à nouveau le 7 décembre 1843 par la Cour d’assises de Bordeaux.

L’arrêt Chasteau fait jurisprudence en 1844 et devient l’arrêt 3625 sous l’intitulé :

« Frais et dépens - Procédure annulée - Condamnation - Frais ».

« Lorsqu'un officier ou magistrat instructeur, ayant commis une nullité, a été condamné aux frais de la procédure à recommencer, conformément à l'art. 415, la Cour d'assises qui prononce une nouvelle condamnation pénale contre l'accusé peut le condamner aux frais des deux procédures, mais seulement pour la garantie du trésor et sans préjudice de l'obligation principale, existante à la charge de l'auteur de la nullité ».

« Attendu que la Cour d'assises de la Gironde, par suite du renvoi ordonné par la Cour de cassation, a dû, comme elle l'a fait, condamner les époux Lejeune à payer la totalité des frais avancés par le trésor, tant sur la première que sur la seconde procédure, sauf la solidarité précédemment prononcée contre Jeanne Guinot, par l'arrêt de la Cour d'assises de la Dordogne, qui n'a été cassé que sur le pourvoi des époux Lejeune ; qu'ainsi les droits du trésor sont à couvert et que l'art. 368 a été observé ;

Attendu, d'une autre part, que l'huissier Chasteau condamné par arrêt de la Cour du 5 octobre 1843, comme coupable d'une faute grave, à payer les frais de la procédure à recommencer, a été constitué débiteur principal envers le trésor public, et sans répétition contre les époux Lejeune, desdits frais, et non simple garant de la solvabilité desdits condamnés; que ces frais ont été légalement liquidés par l'arrêt attaqué, tant en vertu du renvoi prononcé par la Cour de cassation, qu'en exécution dudit art. 415, distinctement de ceux avancés sur la première procédure annulée.

D'où il suit que l'arrêt attaqué n'a commis aucun excès de pouvoir, a sainement appliqué l'art. 368 du Code d’instruction criminelle, et s'est conformé à l'arrêt de cassation du 5 oct. 1843, qui a renvoyé les époux Lejeune devant ladite Cour d'assises de la Gironde, en liquidant, comme elle l'a fait, les nouveaux frais à la charge du demandeur, rejette le pourvoi de l’huissier Chasteau ». Réf : Bulletin des arrêts de la Cour de cassation rendus en matière criminelle - Du 1er juin 1844 - Cour de cassation - M. Isambert rapporteur.

La Cour d’assises de renvoi a-t-elle violé les articles 368 et 415 du Code d’instruction criminelle en mettant à la charge des accusés Lejeune et de l’huissier Chasteau les frais de la procédure recommencée après cassation du 5 octobre 1843 ?



Ancien collège de Guyenne - Palais de justice de Bordeaux

qui recevra les époux Lejeune, les 5 octobre et 7 décembre 1843


Cet arrêt consacre plusieurs principes propres au droit criminel du 19ème siècle : la reprise après cassation implique une nouvelle liquidation des frais. Le jugement de renvoi doit reconsidérer l’ensemble des dépenses judiciaires. Les accusés restent responsables des frais de justice, même si une partie de la procédure a été annulée. L’auxiliaire de justice fautif (ici Chasteau) peut devenir directement débiteur des frais causés par sa faute. L’arrêt conforte une conception budgétaire du procès pénal : le trésor public ne doit rien perdre.

Les époux Lejeune peuvent être condamnés aux frais des deux procédures, en conformité avec l’article 368.

L’huissier Chasteau, ayant commis une faute professionnelle, est légitimement tenu de supporter, comme débiteur principal, les frais de la nouvelle procédure, selon l’article 415.

Les droits du Trésor public sont préservés, ce qui suffit à justifier la solution. L’arrêt montre un système procédural où les accusés bénéficient peu des effets favorables d’une cassation.

Les époux Lejeune se pourvoient à nouveau en cassation et se présentent devant la Cour de cassation de Bordeaux le 7 décembre 1843.

« Sortie le 1er novembre 1843, conduite à Bordeaux devant la cour d’assises de la Gironde sous la responsabilité du gendarme soussigné Barbancey, chef d’escorte ».

Réf : Maison d'arrêt et de correction de Périgueux, 8 avril 1842-16 janvier 1848, 2 Y 108.


Les tours de l'ancien Hôtel-de-ville de Bordeaux, vers 1840



Dans le même temps à Périgueux …….




La condamnation définitive des époux Lejeune

Par arrêt de la cour d’assises séant à Bordeaux en date du 7 décembre 1843, Marguerite, « domestique-cuisinière est déclarée coupable de vol commis par deux personnes dans une maison habitée à l’aide d’effraction extérieure et intérieure et d’escalade et encore par un domestique à gages, a été condamnée à la peine de dix ans de travaux forcés en vertu de la loi du 17 avril 1832.




Le Procureur Général de la Cour Royale de Bordeaux valide l’acte de transfèrement de Marguerite le 31 décembre 1843.

La dite a commencé à subir sa peine le 11 décembre 1843, jour de l’expiration du délai pour le pourvoi ». Signé par le greffier Marqué. (2 Y 108)

En l’absence d’information précise, il est possible que Marguerite ai été incarcérée du 1er novembre 1843 au 11 janvier 1844 à la nouvelle prison départementale du fort du Hâ. En effet, les détenus Bordelais sont transférés dans la nouvelle prison le 16 août 1843. Aucune information n’est notée concernant sa détention à Bordeaux lors du 1er pourvoi en cassation le 5 octobre 1843.



« Chaque détenu est renfermé dans une chambre particulière où il ne verra personne, pas même le guichetier qui lui apporte à manger par un guichet pratiqué par la porte d’entrée de la chambre. Elle est disposée de manière qu’il pourra, par ce guichet, voir le prêtre qui célébrera tous les dimanches la messe au bout du dortoir. Ce sera le seul vivant avec lequel il lui sera permis de communiquer pendant la détention »
.

À la fin du 19ème siècle, les prisons du Hâ ont servi de lieu de rétention pour les femmes de toute la région qui, condamnées par la justice, étaient rassemblées à Bordeaux pour embarquer vers la Nouvelle-Calédonie afin de s’y marier avec d’anciens bagnards devenus colons.


Le retour de Marguerite et d’Antoine à la prison de Périgueux

Marguerite et Antoine quittent Bordeaux le 11 janvier 1844 afin d’être exposée publiquement le 24 janvier comme l’indique le jugement de 1ère instance de Périgueux, confirmé en Cassation. Ils sont accompagnés par le gendarme Barbancey.

Leurs regards se croisent peut-être pour la dernière fois avant d’être incarcérés.

Marguerite, sous l’autorité des Sœurs de Nevers, est présente à la prison de Périgueux lors de la visite de l’abbé Audierne fin janvier 1843.





La prison de l’ancien couvent des Augustins située aux 22 allées de Tourny, (Détention de Marguerite entre les 14 avril 1843 et 18 février 1844), ferme ses portes en 1862 ; les prisonniers sont transférés dans la nouvelle prison, 2 place Belleyme. Aujourd’hui l’emplacement de l’ancien couvent est dédié au Musée d'Art et d'Archéologie du Périgord.


L’Exposition publique de Marguerite et Antoine




Une demande de grâce dispensant de l’exposition publique


Le pourvoi en grâce de Marguerite est validé par le pouvoir souverain et elle ne sera donc pas exposée publiquement. Marguerite quitte la Maison d’arrêt de Périgueux à destination de la prison pour femmes de Cadillac le 18 février 1844.   (2 Y 141)

Marguerite à cet instant quitte le Périgord et ne reverra pas Antoine et ses trois enfants pendant toute la durée de son incarcération.


L’exposition publique d’Antoine, le 24 février 1844,

se déroule Place Francheville pendant 1 heure.


L'exposition publique est une peine infâmante prévue par l'article 22 du Code pénal de 1810 : « Quiconque aura été condamné à l'une des peines des travaux forcés à perpétuité, des travaux forcés à temps ou de la réclusion, avant de subir sa peine, sera attaché au carcan sur la place publique : il y demeurera exposé aux regards du peuple durant une heure; au-dessus de sa tète sera placé un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation ».

La Loi du 28 avril 1832 modifie l’exposition qui se fait à présent sans l’attachement au carcan. L’exposition est supprimée le 12 avril 1848 par décret. « Quiconque aura été condamné à l'une des peines des travaux forcés à perpétuité, des travaux forcés à temps ou de la réclusion, avant de subir sa peine, demeurera, durant une heure, exposé aux regards du peuple sur la place publique. Au-dessus de sa tête sera placé un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation ».



Les expositions publiques se déroulèrent jusqu’en 1839, Place du Coderc, puis se déplacèrent place du Foirail ou Place Francheville.

Pierre Delcouderc, âgé de vingt-sept ans, rendu célèbre par ses crimes, y fut exécuté le 16 avril 1845.

Deux condamnés, lors de la même session de la Cour d’Assises que Marguerite et Antoine, Pierre Tronche pour vol et Jean Liotou pour meurtre, sont exposés Place Francheville en octobre 1843, pendant une heure.



En 1843, Périgueux ne manque pas d’activités

« Périgueux est vraiment une ville de prédilection pour les plaisirs. Les bals se succèdent assez rapidement, et pourtant ils sont nombreux et brillants, comme on ne les vit jamais. Le deuxième grand bal de la préfecture a été encore plus beau que le premier. Le petit salon de jeu a été envahi par les danseuses, et il s’y est formé un fort beau quadrille.

L’immense salle à manger de la préfecture avait été transformée en salle de jeu. Les tables de à jouer étaient au nombre de vingt. Les curieux qui circulaient autour de ces tables chargées de lumière et occupées par d’actifs partenaires, donnaient une animation toute particulière à cette salle, qui faisait la suite et le pendant de la salle de bal. Le vestibule était orné et décoré fort élégamment, c’était un spectacle vraiment royal que cette longue ligne de lustres. Le bal a été gai, animé, cordial et s’est prolongé jusqu’à 4 heures du matin ».

« Monsieur Auguste a donné dimanche dernier sa première représentation de prestidigitation et de ventriloquie. On peut dire hardiment, et sans craindre d’être démenti, qu’on ne vit jamais dans notre ville un escamoteur de sa force et un ventriloque aussi étonnant. Mardi soir, le spectacle sera complété par des intermèdes de fantasmagorie, et des scènes de dislocation des frères Marseillais ».

« Le bal donné hier par Monsieur de Trémisot, maire de Périgueux, et ses administrés, a été le plus nombreux qui se soit vu dans notre ville, de mémoire de danseurs, même les plus émérites Pour recevoir une affluence aussi considérable, il eut presque fallu les salons de l’hôtel de ville de Paris… »





Le transfert de Marguerite à la prison de Cadillac

« Transfert de Marguerite Neyssensas à Cadillac par la voiture cellulaire n°5 sous la responsabilité du soussigné fondé de pouvoir de Monsieur Guillot Père et fils aîné, entreprise de transport cellulaire des condamnés ». Marguerite est accompagnée par le gendarme Sauvajon.




Réf : Transfèrements - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table) 9 juin 1843 au 10 mai 1846 référence 2 Y 141




Le transport cellulaire des condamnés selon le marché passé avec l’entreprise Guillot père et fils ainé.


Article 1

« Un brigadier de gendarmerie sera préposé à la conduite des forçats depuis le lieu de départ de la voiture cellulaire jusqu'à destination ».

Vu notre décision du 29 juin 1837, portant que « les hommes condamnés à la peine des travaux forcés seront ferrés au moyen d'anneaux passés aux jambes et réunis par une chaîne ».

Article 3

« Les femmes condamnées, quelle que soit la nature de leur peine, ne seront point enchaînées. Seulement les poucettes pourront leur être mises, sur l'ordre du brigadier. Les femmes seules pourront conserver leurs souliers ».

Les entrepreneurs fourniront à chaque forçat les effets d'habillement et autres prisonniers qui serviront dans toutes les saisons :

Article 14

« Une chemise de chanvre ou de lin, Un bonnet de laine ou de coton, une cravate de couleur en coton, une casaque du modèle de celle des bagnes, un pantalon et une limousine, dont une partie sera d'étoffe jaune et l'autre d'étoffe gris, un gilet sans manches.

En hiver, les entrepreneurs fourniront, en outre, à chaque condamné, un caleçon en tricot de coton, en été, de semblables caleçons seront tenus en réserve dans chaque voiture, pour être distribués aux forçats qui souffriraient de la rigueur du temps. L’étoffe de ces vêtements sera de laine et fil. Pour la chaussure, en été, une paire de chaussons en droguet, fil et coton, avec doubles semelles, en hiver, une paire de demi-guêtres et une paire de chaussons en droguet, fil et laine, avec doubles semelles. Ils fourniront également des sabots à chaque forçat ; aucun ne pourra être autorisé à faire usage de bottes ou de souliers ».

Après un premier marché passé avec Guillot père et fils ainé pour le transport des forçats, un nouveau marché est passé le 6 février 1839 pour 9 années, avec extension pour le transport des condamnés destinés aux maisons centrales de force et de correction et ce à partir du 1er mars 1839.

Article 18

La nourriture des forçats se composera, en route, savoir :

« Le matin, pour le déjeuner, d'un demi-kilogramme de pain, et de 32 grammes de fromage ou de charcuterie, ou d'un œuf dur, au choix de l'administration.

Le soir, pour le dîner, d'un autre demi-kilogramme de pain et de 125 grammes de lard, saucisson, jambon, veau, mouton, porc ou bœuf, sans os. Le pain sera de la même qualité que celui de la troupe. La nourriture sera la même pour les autres prisonniers. Toutefois elle ne leur sera due qu'autant qu'ils n'auront pas reçu la ration du jour avant de quitter la prison, et s'ils ne doivent pas être déposés à leur destination le jour même, savoir : du 1er mai au 31 octobre, avant 7 heures du soir, et du 1er novembre au 30 avril, avant 5 heures ».

 

La prison de Cadillac en 1844

Le château de Cadillac est transformé au 19ème siècle en première maison centrale pour femmes en France (1822-1891), puis en maison de correction pour jeunes filles (1891-1952). La prison de Cadillac est une institution totalitaire, où l’enfermement, la moralisation religieuse et le travail forcé se combinent pour contrôler et redéfinir le rôle social des femmes.




Après son rachat par l’État en 1818, le château devient un laboratoire de la pénalité féminine. Les détenues, issues pour la plupart des classes populaires rurales, jeunes et analphabètes, sont condamnées surtout pour des crimes de survie (vols, infanticides, prostitution clandestine). L’administration pénitentiaire, toute-puissante et indépendante du judiciaire, y développe une triple logique punitive, rédemptrice et utilitariste. Cadillac est donc à la fois couvent, prison et usine.

L’institution va isoler physiquement et symboliquement Marguerite du monde extérieur : elle ne pourra correspondre et voir ses trois enfants, et sera sous surveillance constante, ses gestes et son temps seront uniformisés. Son quotidien sera rythmé par un règlement minutieux : lever à l’aube, longues heures d’atelier, prière, silence obligatoire. Cette discipline vise à briser toute individualité et à transformer les détenues en corps dociles et productifs.

La religion joue un rôle central : la prison fonctionne comme un couvent pénitentiel où la confession, la prière et la contrition servent à inculquer l’obéissance. Les Sœurs de la Sagesse assurent à la fois la surveillance, le soin et la moralisation des prisonnières. Le modèle religieux est instrumentalisé par l’État pour légitimer la domination masculine et sociale : la femme doit être soumise à Dieu, au mari et à l’ordre établi.

Parallèlement, la prison devient une manufacture textile importante, insérée dans l’économie industrielle régionale. Marguerite travaille dix à douze heures par jour pour des entrepreneurs privés, dans un système d’exploitation justifié par la morale du travail. Le travail pénal est présenté comme moyen de rédemption, mais sert surtout à produire une main-d’œuvre féminine disciplinée, préparée aux exigences du capitalisme industriel.

Ainsi, Cadillac incarne la fusion entre pénitence religieuse et productivisme économique, fondée sur la « nature féminine » supposée docile. Loin d’être un espace de réhabilitation, la maison centrale apparaît comme un outil d’asservissement social et genré, transformant la culpabilité en mécanisme de contrôle. Le modèle, reproduit dans d’autres établissements pour femmes, marque durablement la gestion du féminin dans les institutions disciplinaires modernes : une prison-couvent-usine où s’apprend la soumission.


L’emploi du temps des condamnées



« Lever des détenues : 6h30 pour la saison d’hiver (1er octobre-20 mars), 5h en saison d’été (20 mars-1er octobre). Entrée aux ateliers : 7h en hiver, 5h30 en été.

Distribution du café : aussitôt l’entrée dans les ateliers.

Travail : 7h30 à 10h en hiver, 5h30 à 10h en été.

Déjeuner : 10h toute l’année.

Promenade : 10h30.

Travail : 11h à 16h toute l’année.

Dîner : 16h.

Promenade : 16h30.

Travail : 17h à 20h toute l’année. Coucher : 20h en hiver, 20h30 en été »


Réfectoires au temps de Marguerite


Comment-meurt-on à Cadillac ? Mourir à Cadillac signifie souvent succomber aux conditions extrêmes de détention.  C’est un lieu d’enfermement total : isolement, discipline stricte, surveillance constante, travail forcé et encadrement religieux.


Une prison très mortifère : les registres d’écrou montrent :

1822-1825 : 17 % de décès (102 décès sur 610 détenues)

1848-1853 : 16 % (94 décès sur 573 détenues)

1864-1866 : environ 8,5 % - le taux le plus élevé du pays.


Les causes : faim et malnutrition (régime végétal, bouillon gras hebdomadaire), froid et manque d’hygiène, maladies pulmonaires dues à l’éclairage nocturne permanent dans les dortoirs, épuisement par le travail forcé dans les ateliers textiles, et enfin, mauvais traitements et privations disciplinaires. Le système d’alimentation oblige les détenues à produire toujours plus pour pouvoir se nourrir correctement - un cercle vicieux qui menait à l’épuisement et à la maladie.

Mourir à Cadillac, c’est mourir d’épuisement, de faim, de maladie ou de désespoir dans une institution qui se veut à la fois couvent, usine et prison.

Le château-prison de Cadillac symbolise l’apprentissage forcé de la docilité et de la servitude imposé aux femmes pauvres et « déviantes ».

La condamnation pour vol apparaît comme la principale cause d’enfermement des femmes à Cadillac. Le profil des femmes condamnées, elles viennent presque toutes des classes populaires rurales ou urbaines les plus pauvres, en moyenne, elles ont 34 ans, sont souvent analphabètes et exercent des métiers précaires : couturières, domestiques, journalières agricoles, fileuses, etc. Un quart sont mères célibataires.

« Article 1er. Le silence est prescrit aux condamnés. En conséquence, il leur est défendu de s’entretenir entre eux, même à voix basse ou par signes, dans quelque partie que ce soit de la maison. »

L’instauration de la règle du silence dans les prisons françaises s’applique à compter de 1839. Inspirée du modèle américain, cette règle vise à empêcher la « contagion » du crime entre détenus et à favoriser leur amendement moral. Le silence, associé à la solitude, doit renforcer le caractère punitif de la peine, empêcher les distractions, encourager la réflexion et le repentir, et maintenir la discipline. Cependant, cette mesure, très dure et souvent enfreinte, a été dénoncée comme une souffrance inutile et a finalement été supprimée en 1971-1972.




Marguerite décède le 22 mai 1847 à l’âge de 44 ans et 8 mois, à dix heures du matin à la Maison Centrale, décès déclaré par Jean Ganet, ancien tonnelier, âgé de 50 ans, gardien de la Maison Centrale et Pierre Buval, tisserand, 59 ans, employé à la Maison Centrale, tous deux ne sachant signer. Marguerite subira l’enfer carcéral de Cadillac pendant 3 ans, 2 mois et 27 jours.





Brève étude sur les décès au sein de la Maison Centrale de Cadillac en 1847

On recense 80 décès à Cadillac, dont la majorité est liée à la présence de l’hôpital Sainte-Marguerite, lequel devient, après 1838, un asile psychiatrique autonome exclusivement dédié au traitement des malades mentaux. Cette spécialisation explique en grande partie la surmortalité structurelle observée dans le village.

Environ un quart des décès survient au sein de la Maison centrale, avec 21 décès, parmi lesquels figure celui de Marguerite. L’âge moyen des condamnées décédées s’établit à 41 ans ; il descend à 39 ans si l’on exclut le cas atypique de Marie Sempé, décédée à l’âge de 83 ans. À l’inverse, Catherine Salaycta, morte à 20 ans, est la plus jeune condamnée recensée. Son décès souligne la violence du parcours carcéral, où l’enfermement, la maladie, la malnutrition et l’isolement social fragilisent des corps déjà éprouvés.

La répartition par âge montre une population relativement jeune : 6 condamnées ont moins de 30 ans, 6 ont entre 30 et 40 ans, tandis que 9 sont âgées de plus de 40 ans. Ces femmes meurent bien avant l’espérance de vie féminine du 19ème siècle.

Les décès sont plus fréquents aux mois de février et d’octobre, ce qui peut suggérer une influence saisonnière, possiblement liée aux conditions climatiques ou sanitaires (Epidémie de grippe de 1847). Les mois d’hiver et d’intersaison sont traditionnellement associés à une recrudescence des maladies respiratoires, des épidémies et à une aggravation des conditions matérielles dans les établissements fermés, où l’humidité, le froid et la promiscuité favorisent la diffusion des pathologies.

Concernant le moment du décès, 7 condamnées meurent le matin, 8 l’après-midi et 6 le soir, cette répartition horaire des décès (matin, après-midi, soir) ne fait pas apparaître de schéma net, ce qui tend à indiquer des morts liées à des processus de dégradation progressive plutôt qu’à des événements brutaux. Cette observation concorde avec l’image d’une mortalité lente, conséquence de maladies chroniques, de troubles mentaux sévères ou d’un affaiblissement général.

Enfin, l’origine géographique révèle un fort ancrage régional : la majorité des condamnées est issue de l’Occitanie et du sud de la Nouvelle-Aquitaine, avec une surreprésentation notable de trois départements - les Pyrénées-Atlantiques, le Lot et le Lot-et-Garonne, ce qui s’explique à la fois par la proximité géographique de Cadillac et par les logiques administratives de placement, qui favorisent l’envoi des condamnées dans des établissements relativement proches de leur département d’origine. Cette concentration régionale contribue à faire de Cadillac un lieu d’enfermement ancré dans son territoire, tout en participant à l’invisibilisation sociale de ces femmes, souvent coupées durablement de leurs réseaux familiaux.




Village de Cadillac


Antoine Lejeune

Le parcours carcéral d’Antoine s’étudie de façon concomitante à celui de Marguerite jusqu’au 18 février 1844.

Lors de son admission à la Maison d’arrêt de Périgueux, le 14 avril 1843, Antoine porte « une casquette en drap bleu, une chemise en toile, un gilet en drap avec fond en couleur mélangée, une veste en drap café, un pantalon de même drap et même couleur, une paire de bas en coton bleu, une paire de soulier, le tout en bon état ».

Antoine, 39 ans, charron à Lisle, mesure « 1m 64, porte un nez long, une bouche moyenne, cheveux et sourcils grisonnants, menton rond, visage ovale et front découvert, les yeux gris et le teint brun ».

Antoine adopte, une fois en cellule, la tenue pénale d’usage, une vareuse, un pantalon, un gilet, un béret, des chaussons et sabots, à cela s’ajoute la tonte des cheveux, moustache et barbe.



En marge du parcours d’Antoine, on note que sa sœur, Marie Lejeune, servante, 35 ans, s’est mariée quelques semaines avant son incarcération, le 23 février 1843 à Lisle avec Jean Valade, tisserand, 36 ans. Marie, en 1841, est servante chez les Boisseau, rue de la Halle. Le couple accueillera l’un des enfants d’Antoine peu de temps après son incarcération. Après le décès de Jean Valade en 1846, Marie se marie à nouveau à Bourdeilles en 1852 avec Arnaud Perrier.

A la demande du Juge d’instruction Raymond Courtois, l’huissier Chasteau présente au gardien-chef Blanchard, Antoine Lejeune pour son incarcération. Le gardien enregistre Antoine sous le numéro 271 sur le registre d’écrou (2 Y 80 - feuillet 93). A ce stade de la procédure, Antoine est prévenu de vol et fait l’objet de poursuites, Marguerite est déjà inculpée de vol. Le 4 aout 1843, Antoine est transféré à la Maison de Justice de Périgueux en vertu de l’ordonnance de la Chambre des mises en accusation rendue le 3 juillet par la Cour Royale de Bordeaux.

Le registre d’écrou de la Maison de Justice inscrit sur le registre d’écrou 2 Y 108, Antoine sous le numéro 107 - feuillet 36.

En première instance Antoine avait été condamné par la Cour d’appel de Périgueux à 10 ans de réclusion. Au sens judiciaire : La réclusion est une peine en matière criminelle. Peine afflictive et infamante, elle est définie comme suit dans l'article 21 du Code pénal de 1810 : « Tout individu de l'un ou de l'autre sexe, condamné à la peine de la réclusion, sera renfermé dans une maison de force, et employé à des travaux dont le produit pourra être en partie appliqué à son profit, ainsi qu'il sera réglé par le gouvernement. - La durée de cette peine sera au moins de cinq années, et de dix ans au plus ».

La peine de réclusion est abolie en France en même temps que celle des travaux forcés par l'Ordonnance du 4 juin 1960.

En cassation, la peine s’aggrave pour Antoine.

Le 7 décembre 1843, la Cour d’assises de Bordeaux dans son jugement condamne Antoine à dix ans de travaux forcés, « déclaré coupable de complicité de vol commis par deux personnes, dans une maison habitée, à l’aide d’effraction extérieure et intérieure et d’escalade et encore par une domestique à gages ».

Antoine « commence à subir sa peine le 11 décembre 1843, jour de l’expiration du pourvoi en cassation ». Le greffier Bordelais Marqué signe l’arrêt.




Le 24 février 1844, quelques heures après son exposition publique Place Francheville à Périgueux, Antoine quitte la prison pour être « transféré à Rochefort par la voiture cellulaire ».





Les bagnes de l’Océan - Rochefort

Antoine, à présent forçat, est acheminé de brigade de gendarmerie en brigade, depuis la prison de Périgueux par la voiture cellulaire. Il échappe au châtiment spectacle, l’exposition publique de la « chaîne », disparue en 1836. Antoine parvient à Rochefort 4 jours après, le 27 février, pour subir à présent l’invisibilisation de la violence pénale, désormais cantonnée à un espace clos, le bagne de Rochefort. Les forçats rochefortais proviennent de 22 départements correspondant à l’actuelle Nouvelle Aquitaine.






Le bagne de Rochefort en 1834

Les données chiffrées montrent clairement que Rochefort est le plus petit des trois bagnes encore en activité sous la Monarchie de Juillet. Les effectifs, bien inférieurs à ceux de Toulon et de Brest, tendent même à diminuer entre 1831 et 1836. Le développement des nouvelles technologies de la vapeur et du fer se poursuit inexorablement et s’accélère au début des années 1850.




La salle Saint-Antoine est réservée aux condamnés à vie, à long terme et aux suspects, elle est soumise à une surveillance particulière et son entrée est interdite à tout visiteur.

La salle Saint-Gilles accueille les forçats en couple, et en « chaussette - anneau simple à la cheville » moins lourdement condamnés, comme Antoine ; l’objectif reste de protéger les petits criminels récupérables et libérables. Contiguës à la salle Saint-Antoine, la « salle des doubles chaînes » pour les indociles.

Le bagne de Rochefort participe pleinement au système économique et militaire de l’État : la majorité des forçats est employée aux travaux de l’arsenal, à la traction des navires (la cordelle) ou au transport de matériaux lourds. Le bagne apparaît ainsi comme un réservoir de main-d’œuvre contrainte, indispensable au fonctionnement des infrastructures navales.




La confiance accordée par le commissaire du bagne permet à certains forçats d’accéder à des fonctions moins pénibles, (Antoine, en qualité de charron, bénéficia peut-être d’une détention moins contraignante en travaillant à la forge du bagne) tandis que les récalcitrants subissent des punitions sévères comme la « double chaîne » (deux forçats réunis à la même chaine). Le bagne fonctionne donc comme un microcosme social autoritaire, où l’obéissance conditionne les chances de survie et de relative amélioration du sort. 


L’ancienne forge du bagne, transformée en atelier de petite chaudronnerie en 1882


 Rochefort un espace de mort : une spécificité structurelle

En effet on doit mettre l’accent sur la mortalité exceptionnellement élevée du bagne de Rochefort due principalement aux « fièvres canicules », liées à l’environnement insalubre et au climat.Le chiffre final est accablant : sur environ 25 000 forçats accueillis en 82 ans, plus de la moitié sont morts en détention. Cette mortalité massive interroge directement la légitimité morale et politique du système des bagnes, qui apparaît moins comme un instrument de réinsertion ou de punition proportionnée que comme un dispositif d’élimination sociale.

Antoine apprend le décès de sa mère, Marie Pautard, 72 ans, cultivatrice, le 1er octobre 1846, après la déclaration de son gendre, Jean Valade, tisserand, 38 ans et Jean Bourdeillette, fossoyeur, 50 ans, habitants du bourg. Lors du recensement de 1846, Marie Pautard habite avec sa fille Marie Lejeune, 37 ans, son gendre Jean Valade, son petit-fils Bertrand 18 mois, son autre petit-fils, Jean Eugène, âgé de 13 ans recueilli par le couple après l’incarcération de ses parents. La famille habite rue Froide.



Peu de temps après, Antoine apprend le décès de sa femme Marguerite le 22 mai 1847.

Antoine quitte le bagne de Rochefort à la mi-février 1852 lors de sa fermeture définitive, transféré au bagne de Brest, il intègre son nouveau lieu d’incarcération le 28 février 1852. D’autres détenus furent envoyés dans les colonies pénitentiaires.


Les bagnes de l’Océan : Brest

Le registre du bagne de Brest révèle quelques changements physiques chez Antoine depuis le départ de la prison de Périgueux. (Matricules 2832 à 4000, cotes Shd 2 O 35 page 364/403.

Après quelques 8 années, 1 mois et 4 jours, passés au bagne de Rochefort, Antoine porte à présent « une barbe châtain foncé gris, une petite cicatrice à l’avant-bras droit, une autre à la naissance du poignet, une troisième au tibia de la jambe gauche et une cicatrice sur le derrière du cou ».




Après le bagne de Rochefort où l’intoxication palustre fait de nombreuses victimes, ou le choléra sévit en 1849, Antoine va devoir affronter l’humidité constante du bagne de Brest, cause du développement d’épidémies de scorbut et d’affections de voies respiratoires, la tuberculose restant la principale cause de décès (Phtisie pulmonaire).

« Pendant la période 1846 - 1852 étudié par Eugène Mongrand, 1307 forçats entrent au bagne de Brest atteint du scorbut, quant à Rochefort, il y sévit fréquemment. A Brest l’effectif moyen annuel, pendant la période, est de 2939 condamnés avec un taux de mortalité de presque 5 pour cent - 146 décès ». Concernant la tuberculose, sur 633 hospitalisés, près de 200 forçats décèdent, la pneumonie enlève 120 forçats pour 348 hospitalisés, sur 68 hospitalisés, 41 forçats décèdent de congestion cérébrale. Le Bagne de Brest considéré au point de vue hygiénique et médical - 1856 - par Mongrand


Antoine et la disparition des bagnes métropolitains au milieu du 19ème siècle

Le remplacement des bagnes en France s’effectue par un système de transportation pénale vers les colonies, notamment la Guyane. Ce changement majeur est dû principalement aux transformations économiques, sociales et sanitaires qui rendent les bagnes métropolitains obsolètes et montre comment la colonisation offre un nouveau débouché à la pénalité forcée.

En effet, la mécanisation des arsenaux et l’introduction de la machine à vapeur réduisent drastiquement les besoins en main-d’œuvre non qualifiée. Autrefois, les bagnards constituaient une ressource essentielle pour les travaux lourds de construction navale. Désormais, cette force de travail devient inutile et encombrante, ce qui renverse la logique économique ayant justifié l’existence des bagnes. Le bagne de Brest ferme en 1858.

La colonisation comme nouvelle justification du travail forcé

À l’inverse de la métropole, les colonies connaissent un déficit brutal de main-d’œuvre après l’abolition de l’esclavage en 1848. Les forçats sont appelés à remplacer les esclaves affranchis.

La transportation pénale devient un instrument de colonisation, permettant d’exploiter des territoires perçus comme hostiles et sous-peuplés. Le bagne n’est donc pas supprimé, mais déplacé géographiquement, révélant une continuité entre esclavage, travail forcé et pénalité coloniale.

On assiste à un glissement du bagne productif au bagne colonial, révélateur des mutations du 19ème siècle : industrialisation, abolition de l’esclavage, hygiénisme et impérialisme. Loin d’une suppression humanitaire des travaux forcés, la transportation pénale apparaît comme une reconfiguration utilitariste et coloniale de la peine, au service de l’économie et de l’expansion française.


3D - Modélisation - Larvor D.



En marge du parcours carcéral d’Antoine, un personnage connu, Eugène-François Vidocq, aventurier, bagnard repenti, détective et chef de la police française, séjourna au bagne de Brest. 54 ans avant l’arrivée d’Antoine. En 1798, Vidocq âgé de 23 ans parvient à s'échapper du bagne en se déguisant en matelot. Il y était emprisonné depuis deux ans pour faux en écritures.


La réinsertion sociale et professionnelle d’Antoine en 1853

Le parcours d’Antoine, en tant qu’ancien détenu, est rigoureusement encadré entre la sortie du bagne de Brest le 11 décembre 1853 et son lieu de résidence. Il doit se présenter, munis d’une feuille de route, aux autorités locales des communes identifiées sur leur itinéraire.

Le maire de la commune de Lisle est prévenu par courrier de l’arrivée de l’ancien bagnard, ce qui lui permet de mettre en place des mesures d’accueil et de surveillance. Il lui est également précisé la profession de l’ancien détenu, ici charron, afin de savoir s’il peut prétendre à des moyens d’existence dans la commune. Deux membres de la famille Picot exercent la profession de charron sur le bourg de l’Isle, il s’agit d’Arnaud et Antoine Picot, 38 et 53 ans.

En réalité, le choix du lieu de résidence ne dépend pas toujours du détenu et peut être assigné par les autorités. Antoine ne rompt pas le ban, en d’autres termes, il ne quitte pas le périmètre géographique qui lui est été imposé.




Le 28 aout 1854, Antoine se marie à Lisle avec Elisabeth Chauvin, 53 ans, née à Tocane le 29 Germinal an 10, servante à Bussac, fille majeure et légitime de Guillaume Chauvin, décédé à Léguillac-de-l’Auche le 06 mai1822, et d'Anne Lagarde, décédée à Mensignac le 05 février 1838. Un contrat est passé le 8 aout 1854 entre les deux époux devant Maitre Fourgeau, notaire à Lisle.

Le recensement de 1868 note encore la présence d’Antoine Lejeune, 64 ans, charron, et son épouse Elisabeth rue de Périgueux. Le 4 juin 1874, Antoine, 70 ans, décède à la Chapelle Mouret, à 5 km au sud de Terrasson chez son fils Jean-Eugène, huissier.








Etude sur les toponymes Léguillacois entre l'an 1000 et nos jours



Les noms de hameaux créés aux époques celtes, romaines et wisigoths ont été adaptés, façonnés avec l’introduction de l’occitan à partir du IXème et Xème siècle, en subissant de nombreuses évolutions phonétiques. A la fin du XVIIIème siècle leur forme francisée fait son apparition.

Pendant près de deux millénaires, le Périgord alterne progrès et déclins profonds, avec l’émergence de nouveaux hameaux et villages, des paysages couverts de culture, ou, au contraire, la désertification de régions entières laissées en friches et broussailles par les guerres et les famines.

Les Pétrocores, tribu gauloise, occupaient, au moins dès le IIème siècle avant Jésus Christ, quelques sites défensifs au-dessus des vallées, avec de rares points commerciaux situés le long des cours d’eau, près de l’Isle.

Après la défaite d’Alésia, en 52 avant J.C. et l’occupation Romaine, trois siècles de paix s’installent. Entre le Vème et le Xème siècle, de nombreux villages en « ac » comme Leguillac s’établissent sur les plateaux proches de l’Isle, la plupart du temps sur d’anciennes villas romaines.

Dans le courant du Vème siècle, les Wisigoths occupent le Périgord. Grâce à la présence des comtes du Périgord (Maison de Charroux) avec, notamment, Archambault III, entre 1251 et 1295, l’extension des terres cultivées, tout au long du XIIIème, s’accroit.

Une période de déclin s’installe à la fin du XIVème, puis les terres, nouvellement travaillées, réapparaissent de la fin du XVème siècle à nos jours.

Belleyme
Les sources sur lesquelles s’appuient l’étude sont : le pouillé de Charroux en 1471, l’inventaire du Puy Saint Astier entre 1482 et 1514, les registres paroissiaux depuis 1598, la liste des tenances du prieuré de La Faye au XVIIème siècle, le feuillet 70 de la carte de Cassini, représentant la région de Périgueux à partir de relevés réalisés entre 1756 et 1767, la carte de Belleyme, ingénieur géographe sous Louis XV, qui cartographie la Guyenne en 1776, le cadastre Napoléonien, en 1808, et la carte I.g.n. actuelle.

L’étude toponymique porte essentiellement sur les habitats dispersés, des 41 noms de hameaux présents sur le plan cadastral Napoléonien, en sont donc exclus la majorité des hameaux d’époque contemporaine. L’orthographe retenue est celle de la carte I.G.N. de 2009.

Un hameau est un groupe d’habitations en milieu rural, fondé généralement à partir d’une ferme. Le terme « hamel » au pluriel, diminutif de « ham » petit village, est utilisé en ancien français, en langue d’oïl. Il est d’origine germanique par le francique « haim » qui signifie domaine ou foyer.

Parfois on trouvera une, deux, voire trois significations à un même toponyme, classé par ordre de préférence, en fonction du contexte historique, géographique, ou linguistique.

L’étude est matérialisée par une représentation chronologique de l’apparition des toponymes, parfois attestée, parfois hypothétique. En effet, certains toponymes sont apparus à diverses époques sur un habitat bien plus ancien, comme les hameaux du But et de Laveyssière sur des sites gallo-romains.

En résumé, on distingue 5 périodes dans la formation des toponymes

1) Antérieure à l’époque celtique : avant 1000 av. J.C., avec peut-être des traces de la langue préhistorique, ces toponymes ancestraux désignent la plupart du temps, le relief, avec « kal » pour rocher, pierre, que l’on retrouve dans Chalais, ou l’hydrologie, que l’on retrouve avec « dur » dans Dordogne, ou « el » pour l’Isle, ou « atur » avec Atur.

2) En période celtique, entre 1000 av. J.C. et 50 avant Jésus Christ, avec tout d’abord, Périgueux, formé à partir de « petrocorii » les quatre clans, « condate » le confluent, avec Condat, sur Vézère, « vaur » qui signifie ravin, avec Lavaur, « verno » avec Vergt, « cambo » avec Chambon.

3) En période gallo-romaine, de – 50 à 486 après J. C. -Vème siècle, domine dans près d’une commune sur cinq, les toponymes en « ac » du suffixe latin « acum » ou gaulois « aco », comme Léguillac, le domaine d’Aquilius, Mensignac le domaine de Minicianus, Razac, le domaine de Rhetius, ou Coursac, le domaine de Curtius, tous formés sur des noms d’hommes.

4) En période Wisigothe,  entre les V et VIème siècles, dont il ne reste que peu de souvenirs, avec quelques villages se terminant en « ens » à partir du Germanique « engos », souvent liés à des noms d’homme, Festalens, Maurens, Bauzens.

5) En période Occitane : jusqu’en l’an 800, nos ancêtres parlent un mélange de latin et de langue gauloise, puis le Roman apparait entre 800 et 1000, pour parvenir jusqu’au Moyen Age avec le parler occitan, qui perdurera jusqu’à nous avec un mélange d’occitan et de Français depuis 1914.

Vers le IX et X siècle l’occitan va apporter de nouveaux toponymes mais aussi modeler les anciens.

Les plus caractéristiques sont liés au relief avec le latin « podium » qui devient « Puei » francisé en Puy, Puy Chaud, le Puy sur Léguillac de l’Auche, « comba » pour petite vallée, « bosc » pour bois, « mont » pour Montreim, « serra » une colline allongée, comme Serres, canton d’Eymet, ou la végétation avec « fay » le hêtre comme à La Faye à Léguillac.

D’autres toponymes, à l’époque médiévale vont se créer, de façon importante, à partir du domaine religieux, comme Saint Léon sur l’Isle, Saint Astier, Saint Aquilin, mais aussi sur le nom du propriétaire, la Redondia, francisé en Redondie, la ferme de Redon, ou La Martinie, la ferme de Martin formés pour la plupart lors des grands défrichements du XIIème siècle, quelques-uns à nouveau, en fin de XIV, après la guerre de Cent Ans.

Les migrations Auvergnates, Limousines, et Gasconnes, complètent l’apport de toponymes nouveaux après la guerre de Cent Ans.

A partir du XVIème siècle, on assiste à une lente francisation, et ce, jusqu’à nos jours.

Une autre méthode de datation de l’apparition d’un toponyme consiste à repérer les hameaux précédés ou pas d’un article : la langue gauloise et latine n’utilise pas l’article. Les articles définis, le, la, les, las, apparaissent dans la seconde moitié du Xème siècle, lorsque la langue d’oc se met en place.


Carte de Belleyme

Mais il faut être prudent dans la démarche, en effet l’article à tout à fait pu se « greffer » sur un ancien toponyme, en période occitane, après l’an mil.


Armagnac

Cité sur la carte de Belleyme, en 1776, Armagnac est un hameau appartenant tout ou partie aux tenances du prieuré de La Faye en 1752.
Cité sur la carte de Belleyme, en 1776, Armagnac est un hameau appartenant tout ou partie aux tenances du prieuré de La Faye en 1752.

Sur le cadastre Napoléonien, Armagnac est précédé de la préposition « à », comme de nombreux hameaux de Léguillac en 1808.

Un peu d’histoire

La guerre de cent-ans laisse le Périgord dévasté, en particulier aux alentours de Périgueux. La reconquête des terres en friche débutent dans les dernières décades du XV, les propriétaires terriens, seigneurs et ecclésiastiques locaux font appel à de nouveaux immigrants. La toponymie souligne l’apparition de nouveaux lieu-dit, du type « les Auvergnats » à Montravel, « les Gavachoux », à Montclar et Sainte Radegonde, « les Armagnoux » à Limeuil, tous noms de pays, de provinces ou d’habitants proches de la région.
Le lieu-dit « Armagnac » est un souvenir de ces migrations, loin donc du cliché sur l’immobilité de la vie paysanne médiévale. Il se situe à environ 870 mètres des premières habitations de la Font-Chauvet, berceau des familles Neyssensas.

Saint Astier
Pourquoi migrer de l’Armagnac vers le Périgord, à la fin du XVème siècle ? Une réponse est apportée par Mr Higounet-Nadal dans son ouvrage « Mouvements de population dans le midi de la France du XI au XV siècle d’après les noms de personne et de lieu » - 1953. Il souligne « la montée démographique que l’on est bien obligé de supposer dans ces régions moins éprouvées par la guerre, et la préférence accordée par les seigneurs à l’élevage intensif, ce qui limitait inévitablement les possibilités de culture et par la même le peuplement ».

Comment être sûr qu’il y bien eu appel à main d’œuvre après la guerre de cent ans à Léguillac de l’Auche, entre 1453, date de la fin de la guerre et 1489 ?

En étudiant la généalogie de la maison d’Abzac, on note la présence de Pierre V, prélat français du XVème siècle, né en 1427, mort en 1502 à la Douze, évêque de Rieux, Lectoure en Armagnac, puis archevêque de Narbonne.

L’épiscopat de Pierre d’Abzac débute à Lectoure en 1488, donc peu de temps après la fin de la guerre, et surtout après la fin des comtes d'Armagnac en 1473 et la destruction de leur chateau de Lectoure, en ce même temps, un autre d’Abzac, Pierre Ier d’Abzac, est prieur commandataire du prieuré de La Faye, à Léguillac de l’Auche, situé à environ 2km du lieu-dit Armagnac et 1km 800 de la Font Chauvet. Pierre 1er a vraisemblablement fait appel à Pierre V afin de lui procurer quelques laboureurs pour cultiver les terres du prieuré, en friches, dévastées.


Saint Gervais Lectoure

Pierre d’Abzac décide la construction, dès 1488, du clocher donjon de la cathédrale Saint Gervais de Lectoure confiée à l’architecte Mathieu Réguaneau. On note la troublante ressemblance avec le clocher porche de Saint Astier, construit pour la partie haute au XVIème siècle. L’évêque Hélie de Bourdeilles construit la partie basse du clocher de Saint Astier en 1462, jusqu’à la hauteur de l’église. L’épiscopat de Pierre d’Abzac se termine vers 1498. Sont mentionnés dans les archives du château de Borie Petit – 23 J 5 – concernant la famille d’Abzac, les frais d’enterrements de Monsieur de Narbonne en 1502, en réalité Pierre d’Abzac.


Le fait du hasard : un microtoponyme « neyssens »

 
Dans « Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers – 1912 », il est noté :

Commune de Castel-Arrouy, dans le Gers, au lieu-dit « à Corné », à 11 km de Lectoure, dans un champ nommé « neyssens », en 1912, on a trouvé des débris nombreux de poteries romaines, de tuiles à rebords, un cippe funéraire sous la forme d'un pilier bas d’1m 28, avec base et chapiteau orné, qui signalait l'emplacement d'une tombe et portait une inscription funéraire.

L’auteur, le docteur de Sardac identifie le lieu Neyssens, à l’époque, comme étant d’origine germanique, comme Flamarens, Pitoulens, commune de Miradoux, ou Maurens, plutôt qu’une origine occitane, comme celle que nous connaissons. Au milieu de ces vestiges mêlés de charbons et de cendres, on est en présence d’une villa romaine détruite par un incendie. L’inscription mentionne « Aux dieux mânes et à la mémoire de Jullia Secundilla, Sarmesibia Nepotilla sa fille a eu soin de lui faire construire ce tombeau, qu’elle a dédié sous l’ascia ».

Si l’on se réfère au plan cadastral Napoléonien de 1837, un moulin nommé « moulin de Marsac » apparait parcelle 145, il n’est pas surprenant de trouver un microtoponyme « neyssens », nous sommes, en effet, en présence d’un lieu humide.

« Arrouy » est issu du latin « arrugia » qui signifie ruisseau ou canal. « Castet » pour château et d’ « arrouy » pour eau, le château d’eau.

Important : On ne peut en déduire que notre patronyme puisse être issu de ce microtoponyme, les noms de famille existant déjà en France dès le 13ème siècle, donc bien avant la venue de cette communauté familiale à Léguillac de l’Auche.

Le hameau d’Armagnac se situe à 672 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 120 mètres d’altitude.


Baby


Le hameau porte la même appellation, depuis 18ème siècle, mentionné « à Baby » sur le plan Napoléonien. On remarque une simple maison ou ferme isolée en 1776, sur la carte de Belleyme.

Issu de « babis » qui est un genêt épineux ou ajonc dans le Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965.

Baby est porté comme patronyme en Ariège et quelques autres départements du sud de la France, dans le parler occitan, pour qualifier le « crapaud ».

Le hameau de Baby est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence d’un souterrain du Moyen Age, sous protection archéologique.

Le hameau de Baby se situe à 2km de Léguillac de l’Auche à 148 mètres d’altitude.


Belair

Le hameau est écrit « Beler » au 18ème siècle, puis Belair jusqu’à nos jours. Belleyme mentionne la présence d’une ferme isolée.

1) Peut-être issu de l’occitan « bel » et « erm » qui signifie belle lande.

2) Dans Mémoires sur la langue celtique, volume 1 par Bullet en 1759, on note le terme « belhar » qui signifie, herbe.

3) La racine « bel » toujours dans le mémoire de Bullet, évoque un lieu élevé, un rempart une forteresse, et « er » une montagne.

4) Issu de « belar », « belaire » celui qui bêle, (peu probable).

Références historiques :

Ancien relais de Poste pour les diligences, construit au 17ème siècle. Messire Claude de Valbrune, seigneur de Belair et Faucherie, vers 1680. Jean de Valbrune, écuyer est seigneur de Belair en 1729, orthographié parfois Beler. Jean III de Valbrune de Belair est abbé de Chancelade et meurt en 1730, dans son abbaye, après 40 ans de gouvernance.


Béniveau

C’est sur cette petite colline, entre autre Girondeau, que sont découvert, en 1967, des sépultures du haut moyen-âge. La carte de Belleyme, en 1776, mentionne une maison isolée ou ferme. Le site n’apparait plus sur les cartes Ign et plan Napoléonien. Un borderage en 1791, appartient aux Dames de la Visitation.


Les Biarneix




Mentionné « le Biarnais » en 1756 - Cassini - et « aux Biarneyx » en 1808.

Dérivé d’un nom de métier : les Béarnais étaient des travailleurs saisonniers très appréciés pour leur métier de castreurs de moutons. On peut situer leur migration après la guerre de cent-ans en Périgord et notamment à Leguillac de l’Auche.

Entre 1721 et 1729, dans l’Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, sont présents : Messire Jean de Valbrune, chevalier, seigneur de Belair, contre Messire Pierre d’Abzac de La Douze, prieur de La Faye, défendeur, et Messire Gabriel comte de Talleyrand, et Pierre du Cluzel, sieur des Biarney.

En 1752, le hameau est mentionné dans la liste des tenances du prieuré de La Faye.

La terminaison « eix » est fréquemment utilisé en  Périgord et Limousin pour « eis » ou « eys ».

Le hameau des Biarneix se situe à 1km de Léguillac de l’Auche à environ 122 mètres d’altitude.


Blanchou

La maison ou ferme isolée porte l’appellation « Chez Blanchou » sur la carte de Belleyme et Blanchoux sur la carte de Cassini au XVIIIème siècle. Le hameau n’apparait pas sur le plan cadastral Napoléonien. L’appellation « aux tabas » est présente par contre sur la section C2, à proximité. Aujourd’hui, sur la carte Ign, Blanchou a perdu son « x ».

L’appellation « chez » est utilisé à la fin du 14ème, début du XVème, après la guerre de cent-ans, lors de nouveaux défrichements.

Le hameau de Blanchou porte le surnom d’une personne au teint blanc ou aux cheveux blancs, confirmé par la préposition « chez ». Dans le parler sud et nord occitan « blanca » est la traduction de l’adjectif blanc, blanche. On rencontre « blanchart » ou « blanchard » dans le nord occitan, dérivés péjoratifs de blanc, ou parfois comme nom de domaine, la Blanchardie.

Gourgues dénombre près de 70 « Blanchou » en Périgord.

Le hameau de Blanchou se situe à 578 mètres de Léguillac de l’Auche à 122 mètres d’altitude.


Boudeau

Appellation inchangée depuis le XVIIIème siècle, c’est un hameau sur la carte de Belleyme, mentionné « à Boudeau » en 1808.

Les chefs de guerre Wisigoths, lorsqu’ils se sont appropriés les terres, ont communiqués leurs noms aux domaines et hameaux. Boudeau est peut-être un souvenir de l’occupation germanique en Périgord, issu de « bodwald », « bod » pour messager, et « wald » qui gouverne. Le hameau se situe à quelques centaines de mètres des hameaux de Glenon, sépulture mérovingienne et Girondeau, sépulture du haut moyen-âge.

On trouve les dérivés suivants, Boudaud, Boudeaud, Boudaux, portés comme patronymes.

Sur la carte de Cassini le hameau est déjà francisé en « Boudeau », a pu se former à partir de la phonétique « Boudeu » ou « Boudau » - (Occitan et variantes dialectales de J. Roux -1994).

En 1700, Pierre Laulanie Dugrézeau, écuyer, garde du Roi, fait hommage au Roi pour les fiefs qu’il tient aux Thuilières et Boudeau. En 1738 le seigneur Dugrézeau est bourgeois de Périgueux.

La jarrige de Boudau est une tenance du prieuré de La Faye en 1752. Jarrige signifie garrigue en occitan, chênaies rabougries.

Le hameau de Boudeau se situe à 1km 800 de Léguillac de l’Auche à 177 mètres d’altitude.


au But

Ecrit le But au 18ème siècle, puis au But jusqu’à nos jours, indiqué maison isolée en 1776, sur la carte de Belleyme.

Gourgues mentionne un ancien repaire noble par acte notarié en 1748, et précise que la forme  « but » pourrait provenir de « bos » qui signifie bois. En effet, « bos » a formé « Bost », « Boshaud » (abbaye), d’autres ont conservés le « u » latin, comme Bussac, Bussières, Buzet, et peut-être « le But ». La première construction est datée du 14ème, évolution au 16ème.

En novembre 1970, des labours ont ramené en surface des débris de tegulae, des moellons, et des tessons de poterie, dont un fond de bol en sigillée claire, une ancienne villa gallo-romaine.

Le hameau du But est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence de vestiges gallo-romains du bas empire et sous protection archéologique.


Jean de Testard est seigneur du But, en 1647. Dans l’Armorial de la noblesse en 1789, la famille De Testard est mentionnée « du But », de « la Caillerie », de « Perpezac ».

Le hameau se situe à 1km 300 de Léguillac de l’Auche à environ 122 mètres d’altitude.


Caroly

Ecrit parfois Carly, dans le courant du 16ème siècle, Charly en 1740 sur le registre de la taille, c’est un hameau mentionné sur les cartes de Cassini et Belleyme, au 18ème siècle. Se présente sous la forme « Caraly » en 1808 sur le plan  Napoléonien, aujourd’hui Caroly.

1) Dérivé du prénom Charles, peut-être le petit Charles, issu du latin Carolus, emprunté au germanique « karal » l’homme, l’époux mais aussi le travailleur, l’homme libre.

2) Dérivé de « carola » la brouette, en occitan, « car » signifiant chariot ou char, formé à partir de l’étymologie gauloise « carrus » - (Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965),
Dans le glossaire de la langue romane de J. B.B. Roquefort en 1808, page 248, « caro » signifie chariot, « carru » charrette.

2) Mémoires sur la langue celtique, volume 1 par Bullet en 1759, « carolla » signifie treillis, racine « car » enfermer.

3) Dans « Toponymie générale de la France » en 1990, Ernest Nègre indique que la racine « car », en préceltique, signifie pierre.

4) Caroly, mentionné parfois Carly dériverait-il de la racine « car » comme Carlux, Carlucet, ou Carlus, tous dérivés du latin « castellucium », postérieur au 5ème siècle, signifiant camp, village fortifié.

On note dans l’armorial général de France de d’Hozier : Bernard de Chalup, écuyer, seigneur de la maison noble de Fareirou, hérite du village et de la métairie de Carly, vers 1592.

Le hameau de Caroly se situe à 1km 600 de Léguillac de l’Auche à 156 mètres d’altitude.


Cayot

Le hameau porte la même appellation, depuis le 18ème siècle.

1) Issu de « calhau » en occitan, qui signifie caillou, le « lh » passant à l’ « y » et le « au » en « o », . « Cayo » en Moselle, caillou.

2) « Cayot » en Champagne signifie noix.

3) Formé peut-être à partir de l’étymologie gauloise « caio », en occitan « caia » qui signifie truie, et « cayot » petit porc, en Dauphiné.

4) Le terme gaulois, « caio » dans le glossaire du linguiste Autrichien Endlicher, dériverait de « kagh » contenir, fermer, mentionné dans « la langue gauloise » de Lejeune et Lambert -1994, désigne une haie, un enclos et existe aujourd’hui dans le français « chai » et « quai ».

5) Dans Mémoires sur la langue celtique, volume 1 par Bullet en 1759, on note le terme « caya » qui signifie habitation.

En 1357, la fontaine du caillou à Belvés se nomme « Calhau ». En 1649, une place de Nontron se nomme La Cayo. La terminaison en « yot » se retrouve dans Guyot, hameau de Saint Michel de Rivière, ou à Cendrieux, dans le « mas de Poyot », Bayot à Coulounieix, en 1679, pour Beaulieu, ou Fayot par trois fois dans « Topographie de la Dordogne » de Gourgues.

2 E 1821 – fond Mourcin – titre de propriété de la famille de Laulanie du Grézeau pour le domaine de Cayot entre 1598 et 1806.

Le hameau de Cayot se situe à 1km 700 de Léguillac de l’Auche à environ 122 mètres d’altitude.


La Chabanne

Appellation identique du 17ème à nos jours, précédé de « à » en 1808.

Dérivé de « capanna » en bas latin, en parler nord-occitan « chabana », « cabana » en parler sud-occitan, pour cabanne ou chaumière.

Les terrains calcaires du jurassique et du crétacé du Périgord central, de la région Léguillacoise, sont propices à l’édification des cabanes en pierres sèches. Leur implantation dans les campagnes est le plus souvent en marge des terroirs comme le montre le hameau de la Chabanne.

Les cabanes en pierres sèches appartiennent à l’architecture des temps modernes, à partir du 17ème siècle, et construites par le peuple des campagnes.

Leur utilisation occasionnelle, temporaire ou saisonnière, et leur fonction essentiellement agricole, sont parvenues jusqu’à nous par l’intermédiaire de la toponymie. Dans notre exemple, plutôt qu’une cabane, le hameau a pu se développer sur l’emplacement d’une chaumière, maison ou ferme isolée, comme il est indiqué sur la carte de Belleyme, en 1776.

Le hameau de La Chabane se situe à 1k 500 de Léguillac de l’Auche à 116 mètres d’altitude.


Aux Champs

Le hameau, porte la même appellation, depuis le 18ème siècle.

Nommé « Terra de Campi » en 1224, il est probable que le site appartenait au prieuré dès sa création au 13ème.

Les champs, pluriel de champ, parler nord occitan, désigne un terrain plat, dégagé, une étendue cultivée, enlevés au bois afin de les convertir en culture, issu du latin campus : références -  Glossaire de latin vol 7 Du Cange – 1850 et Lexique Latin Français de Lebaigue - 1869

On dénombre de nombreux hameaux et communes portant la racine « champ » en Dordogne, en particulier Champsevinel, cité par Lespine sous la forme Campi Savinelli en 1243.

Le hameau des Champs se situe à 1km 800 de Léguillac de l’Auche à 135 mètres d’altitude.


La Croze

Le hameau est dénommée « la Crouze » sur la carte de Cassini, la Croze sur la carte de Belleyme, « à la Croze » sur le cadastre Napoléonien de 1808, sur la carte I.g.n., « la Croze ».

1) Le cros, la croze, du latin « crosa » pour fosse, cavité, grotte, terrier, repaire, ou trou pour Gourgues.

2) Si l’on considère l’écriture Cassinienne, « la Crouze » ou la Crotz est une croix, une croisée de chemin, la crousille, de « crosilha ».

Le manoir de la Croze se situe à 2km 200 de Léguillac de l’Auche, à environ 155 mètres d’altitude.

Présence d’Arnaut de la Croza de Lagulhac sur la liste de la taille de Périgueux en règlement de la somme de 16 sous tournoi – extrait de « Les comtes de la taille et les sources de l’histoire démographique de Périgueux au 14ème siècle » d’Arlette Higounet Nadal en 1965.


Série 2 E 1823 – 1-152, la famille de Méredieu, possession de biens à La Croze entre 1623 et 1776.


Fareyroux

C’est une habitation isolée écrit « Fareyroux » au 18ème et sur la carte Ign actuelle, et « à Fareyrou » sur le cadastre Napoléonien.

1) Dans le glossaire de la langue romane de J. B.B. Roquefort en 1808, « fara » signifie métairie, ou ferme.

2) Dérivé du latin « far » et « farris » au pluriel, blé, froment, pain, « farrarium » en latin signifie aussi grange. Le bâtiment actuel est daté du 17ème siècle.

Situé au sommet d’un coteau, un fief appartenant à la famille de Chalup existe dès le 15ème siècle, avant qu’une chartreuse ne le remplace au 17ème siècle. Raymond de Chalup, (fils de Guillaume de Chalup, maire de Périgueux en 1491), écuyer, sieur de Farreyrou, avocat au présidial de Périgueux, épouse Marguerite Arnaud le 16 janvier 1554.

La chartreuse de Fareyroux est inscrite aux Monuments Historiques en 2008.

A la fin du 18ème les comtes de Chalup cèdent leur chartreuse aux Bertin de Saint Bertin.

Le hameau de Fareyroux est mentionné dans l’inventaire du Puy Saint Astier en 1516, comme ancien repaire noble.

Quelques hameaux en Périgord possèdent la même racine. En 1484, commune d’Agonac, dans les titres de Chamberlhac, Fareyrenc, à Queyssac en 1600, La Fareyrie à Saint Félix de Reillac et Temple la Guyon.

Aujourd’hui Fareyroux est localisé sur la commune de Saint Astier.

Le hameau de Fareyroux se situe à 1km 300 de Léguillac de l’Auche, à 124 mètres d’altitude.


Faucherie

C’est un hameau qui porte la même appellation, depuis le 18ème siècle.
Faucherie, est cité 11 fois dans le dictionnaire des formes anciennes de Gourgues. On trouve, au fil des siècles, Focheyria, vers 1200, commune de Bertric, 1408 à Peyzac, et 1471, commune de Grignol,  le maynement de la Foscharia à Bassillac en 1474, Foucherie en 1483, dans l’inventaire de Saint Astier,

1) La Faucheria francisée en Faucherie à partir d’un nom d’homme « Faucher », la ferme de Faucher, Foschier ou Fochier, Fouchier dans le parler nord-occitan.

2) Un nom de personne d’origine germanique, Falchari – « falco » faucon et « hari » armée.

3) Lieu ou l’homme fabrique des faux.

On note dans l’armorial général de France de d’Hozier : Bernard de Chalup, écuyer, seigneur de la maison noble de Fareirou, hérite du village et de la métairie de Faucherie, vers 1592.

Messire Claude de Valbrune, seigneur de Belair et Faucherie, vers 1680.

Le hameau de Faucherie se situe à 2km 600 de Léguillac de l’Auche à 156 mètres d’altitude.


La Faye – prieuré de


Fondé en 1209 par 5 frères, Grimoard, évêque de Comminges, Girard, évêque de Bayonne, Arnaud de la Faye, chanoine de Saint-Front, Jean, moine de la Grande Sauve, et Guillaume de la Faye, laïque, afin d’y établir un monastère et un hôpital pour les pauvres. A sa création, le monastère de l'ordre de Saint-Augustin, dépend de l’abbaye de la Couronne en Charente.
Fondé en 1209 par 5 frères, Grimoard, évêque de Comminges, Girard, évêque de Bayonne, Arnaud de la Faye, chanoine de Saint-Front, Jean, moine de la Grande Sauve, et Guillaume de la Faye, laïque, afin d’y établir un monastère et un hôpital pour les pauvres. A sa création, le monastère de l'ordre de Saint-Augustin, dépend de l’abbaye de la Couronne en Charente.

Faya issu du latin « fagia », faja ou faia est une hêtraie, francisé en Faye.

Domus de Faya en 1209, Sancta Maria de la Faia en 1224, écrit Fagia en 1240 (Lespine vol. 33).


Le 13 octobre 1304, le prieur Gérard de la Serre, reçoit la visite de l’archevêque Bertrand de Goth, le futur pape Clément V, pape du procès de l’Ordre du Temple, sous Philippe le Bel.

1481- Série H des archives départementales de Périgueux - 9H6 – Acensement du moulin de Sieurac à Razac sur l’Isle.

A partir de 1499, 8 membres de la famille d’Abzac sont prieurs.

Guillaume, conseiller en la cour du parlement de Bordeaux, chanoine de Saint Front, Hugues en 1505, Pierre, pronotaire du Saint Siège, prieur commandataire en 1510, 1518, George, chanoine de Saint Front, prieur commandataire entre 1536 et 1538, Jacques, entre 1528 et 1544, Jean lui succède. On retrouve à nouveau Georges en 1587. Jean en 1638, puis Pierre d’Abzac en 1685, 1692 et 1724, que l’on rencontre tout au long des archives.


1711- 1752 - Série H archives départementales - 9H3 - Liève de rentes et comptes de métayage.

1326 - 1770 -  9H4 - Rentes foncières à Léguillac de l’Auche

1767 - 1770 - 9H5 – Arpentements à Annesse, Beaulieu, Chantérac, La Chapelle Gonaguet, Mensignac et Saint Apre.

En 1692,  dans Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Messire Pierre d’Abzac, abbé de La Douze, prieur commendataire du prieuré de La Faye, habitant le prieuré, se plaint de ce que depuis quelques mois les habitants des villages du Chalard, de la Chabanne et de Chignac, paroisse de Mensignac et Beaulieu, voisins de la forêt de La Faye, vont y commettre des dégâts considérables, y coupent beaucoup d’arbres par le pied, chênes et châtaigniers, en ébranlants d’autres, emportent beaucoup de bois de brasse et des fagots de chênes. Le plaignant veut avoir réparation d’un si grand préjudice.

En 1752, le prieuré possède 68 tenances réparties sur les paroisses d’Annesse, Beaulieu, Chanteyrac, Laiguillac, Mensignac et Saint Apre.

19 tenances appartiennent à la paroisse de Léguillac de l’Auche, sans compter quelques lieux disparus aujourd’hui.

Cote aux Archives Départementales : 12 J 365

Le prieuré de La Faye est situé au nord-ouest du bourg de Léguillac-de-l'Auche.

Le prieuré a été modifié avec la construction des tours et les percements de l'aile sud aux 17ème ou 18ème siècles. L'église a été détruite à la Révolution. L'ensemble est constitué de quatre bâtiments fermant une cour carrée dont l'entrée à l'ouest est défendue par un châtelet.

Le prieuré Augustinien de la Faye, l’élévation ouest, le châtelet, l’élévation sur le jardin, l’ancienne abbaye et l’ail de la chapelle du Moyen age, sont  référencés sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine, sont, tout ou partie, sous protection archéologique.


Abbaye de la Couronne - Charente
Abbaye de la Couronne - Charente

Le hameau de la Faye se situe à 1km 300 de Léguillac de l’Auche à environ 125 mètres d’altitude.


La Font de l’Auche

Ancien repaire noble, Fons Anseris en 1490 appartient à la famille de Montozon, de Leguillac de l’Auche, des Chabannes et de la Faye.
La source du Cruzet, affluent de l'Isle, se situe à la Font de l’Auche.

Mentionné «  la Font de l’Auche » sur la carte de Cassini et la carte Ign, « à Lafon de Lauche » en 1808. Belleyme.

Issu de de l’occitan « font » qui signifie fontaine, « l’Auche », en occitan, signifiant l’oie.

Ancien repaire noble, Fons Anseris en 1490 appartient à la famille de Montozon, de Leguillac de l’Auche, des Chabannes et de la Faye.

1614 : Dans Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790

Enquête effectuée à la demande de Joseph Vigier, sieur de Lauvadie, voisin de la famille Neyssensas, contre Bernard Jay, écuyer, prieur de la Faye, et Pierre d’Abzac de la Douze, écuyer, seigneur de Reilhac. Lauvadie est une tenance du prieuré de La Faye en 1752.

Les dépositions sont entendues au village de Danthou, tenance du prieuré de La Faye, à Léguillac de l’Auche, dans la maison de Me Jean Chamineau, notaire. Elles constatent que les défendeurs, dont l’un était maire de Périgueux, envoyèrent loger au lieu de la Font de l’Auche, dans la maison dudit Vigier, une compagnie de gens d’armes qui lui firent de mauvais  traitements, pillèrent sa maison, et le volèrent.

L’hébergement, des gens de guerre, pendant ces périodes troublées, entraine à Leguillac, Mensignac et la Font de l’Auche, en particulier, « la ruyne des gens d’icelles ».

Plus de quarante personnes vivent à la Font de l’Auche dans le courant du 17ème siècle, comme Jean Neyssensas, qualifié de marchand. On note une hostellerie, un serrurier, un sergier, un tailleur d’habits, un forgeron, deux notaires, un chirurgien. Les femmes vont laver leur linge à la fontaine aménagée en lavoir, les animaux se désaltèrent à proximité. Les habitants des villages de Charron, Chabannes, Chalards, de la Gardie, des Granges, et de la Faye, vont à la fontaine. Extraits Regards sur un village du Périgord. Aujourd’hui demeurent encore 7 habitations.

Familles Neyssensas à la Font de l’Auche à découvrir dans « Autres implantations aux 17ème et 18ème siècles » village de Mensignac.

Le hameau se situe à 1km 700 de Léguillac de l’Auche à 102 mètres d’altitude.


Fontchauvet


Le hameau de Fontchauvet, est écrit Fontchauve sur la carte de Cassini, Fontchauvet sur Belleyme, Fon Chauve sur le plan Napoléonien et Fontchauvet sur la carte Ign.
Le hameau de Fontchauvet, est écrit Fontchauve sur la carte de Cassini, Fontchauvet sur Belleyme, Fon Chauve sur le plan Napoléonien et Fontchauvet sur la carte Ign.

Diverses écritures apparaissent tout au long des 17 et 18ème siècles :

En 1598, Fon Cholve, sur l’acte de naissance de Guirou, (arbre – 1), Fon Choulve, lors de la naissance de Charles en 1648, et, sur la liste des tenances du prieuré de La Faye en 1752, Fond-Chauvey et Fonchauvé.

A titre d’exemple, les titres de la famille Chalvet de Rochemonteix en Auvergne, mentionnent les appellations Cholvet, Chauvet, Chouvet et Calvet, aux mêmes époques. Le toponyme « Podio-Chalvet », aujourd’hui Puy Chauvet, à Tocane, est mentionné en 1323, lors d’un hommage à Archambaud Taleyrand, comte du Périgord.


Dîme novale de Font Chauvet en 1741

 
La tenance du prieuré, Font chauvet se nomme aussi « Bonbardie », peut-être issu de :

1) « Barda » la boue, terrain boueux.

2) En Quercy, la Bardiera est un lieu où l’on trouve de l’argile, du préceltique « barrum » qui signifie argile. Le « bard » que l’on emploie pour fabriquer le mortier en occitan, ou l’argile pour fabriquer les tuiles et les briques. Yves Lavalade, dans toponymie occitane du Limousin, p 21, indique : « bardis » ou « bardys »,  signifient murs de torchis.

3) « Bardo » de bardon nom propre d’origine germanique, Bardon, Bardou, Bardi, noms de familles.

A proximité de Léguillac de l’Auche, la même racine « bardie » se trouve dans le hameau de Leybardie, à Saint Astier, cité sous la forme « Barda » en 1276 dans les archives de Saint Astier – Chronique du Périgord en 1856, cité dans Gourgues (Dictionnaire toponymique, p.176) au sujet d'un procès-verbal de délimitation à la suite d'un acte de vente par le Comte de Périgord au Chapitre de Saint-Astier en 1276, prononçait autrefois "Les Bardis" puis est devenu plus tard "Ley Bardis" puis Leybardie.

Le fait même que le lieu soit indiqué « Font » montre bien que la fontaine était relativement importante, en effet, seule la Font de l’Auche porte l’appellation Font, à l’intérieur de la paroisse.

L’origine de Font-Chauvet provient de « font » - la fontaine, la source  - du latin Fons, fontaine source, de « Fontus », verser, faire couler. « Fons », dieu des sources, fils de Janus, habite Rome près de la Porte Fontinalis.

Et Chauvet, du latin « calvus » qui signifie chauve et pourrait s’attribuer à une terre dépourvue de végétation, « la source dans un lieu désert » ; cela semble paradoxal quand on consulte le cadastre Napoléonien, qui mentionne la présence d’une couverture forestière importante.

Vallon de Font Chauvet - au fond Léguillac de l'Auche

1) A moins que le toponyme soit lié à l’une des deux périodes de défrichements qui eurent lieu après l’an 1000. En effet, Font Chauvet se situe à quelques centaines de mètres du Moutot, - voir article sur « Le Moutot », ancien site du premier fortin en bois construit vers l’an mil. La petite colline fut entièrement déboisée pour recevoir l’enceinte du fort.

De même en Haute Vienne sur le territoire de Saint-Julien le Petit existait une motte castrale, "coiffée" d'un château vers l'an mil. A proximité de la motte est mentionné le lieux-dit Fonchauvaux.

Monsieur Serge Avrilleau note en avril 2012 :

2) « L’étymologie de « chauvé » dans le dictionnaire de Dauzat et Rostaing - page 183 - renvoie à Calviac - page 133 - qui est un village en Dordogne, plus loin, Chauvé en Loire Atlantique de « cavidius », monnaie Mérovingienne, or ce petit secteur montre une occupation Mérovingienne. La Font Chauvet est située entre la motte castrale de Léguillac et les sarcophages de Linard, à proximité immédiate du grand chemin que j’ai balisé comme sentier de Grande Randonnée. Dauzat mentionne en Loire Atlantique, Chauvé ou Calvac en 1104, nom romain Calvus + acum.

La racine « cal » en celtique signifie tête, ce qui est rond et a été conservée sous sa forme latine « calvus ».

3) En occitan « chauvé » signifie châtaigne cuite sous la cendre - dictionnaire normatif français 1975 de G. Gonfroy – éd Limouzi.

Ign actuel

4) On pourrait penser, de même, avec la proximité du prieuré Augustinien de la Faye que les moines, dont la tonsure est apparu dès le 6ème siècle, connaissaient le point d’eau, en effet, la Font Chauvet est une tenance du prieuré attestée en 1752 - Cote - 12 J 365 – des archives de château de Borie Petit.

5) Dans le dictionnaire occitan d’Alibert en 1965, la racine cau, cauva, adjectif chauve, dérive en « cauvet », nom de bœuf blanchâtre. Toujours issu du latin « calvus ».

« Le ruisseau sortant de la source, serait beaucoup plus souterrain que superficiel. Il se manifeste en effet sous le dallage d’une maison du bourg, continuant sa voie souterraine, pour se diriger vers l’Isle du côté de La Lande » Mr Avrilleau - avril 2012.

La tenance de Font Chauvet :

Sous l’ancien régime une tenance roturière dépend d’un fief noble.

A défaut d’archive, à ce jour, sur les modalités de gestion de la tenance de Font Chauvet, on peut se référer aux accences, dues par les tenanciers d’Abzac pour d’autres tenances :


Au fond du vallon se situait la Font Chauvet et le hameau

Il s’agit de rentes en argent, en froment, seigle, avoine, gélines, journées d’homme à la volonté du seigneur, de deux à cinq par an, taille aux quatre cas de 10 ou de 20 sous, et moitié de l’acape à chaque changement d’héritier. Parfois le seigneur, ou prieur se réservent une partie des tours, étangs, garenne et colombier du repaire, comme en 1460, sur l’accence de la Vigarie à Sanilhac.

Le hameau de Font Chauvet se situe à 633 mètres de Léguillac de l’Auche à  159 mètres d’altitude.


Girondeau

Girondeau peut-il être une des limites de l’un des quatre clans basés à proximité des quatre rivières, Dordogne, Vézère, l’Isle et Dronne fédérés pour devenir le peuple des Pétrocores ?
Appellation inchangée depuis le 18ème siècle, « à Girondeau » sur le plan Napoléonien. C’est une ferme isolée signalée par Belleyme.

Plusieurs variantes sont envisageables :

1) Un toponyme indiquant une ancienne frontière, ou Girondeau procéderai alors d’un toponyme gaulois dérivé de « Randa » ou « Equoranda » qui correspondent souvent à la frontière entre deux peuples gaulois, comme le souligne A. Higounet Nadal et Pijassou dans l’ouvrage «Histoire du Périgord » en 1983.
Les toponymes «  Randa » et « Equoranda » qui permettent de fixer approximativement les contours du peuple des Petrocores (pétro – quatre, corii – clans) correspondent à l’espace qu’occupait le diocèse de Périgueux avant le 14ème siècle avec :

Au Nord du département de la Dordogne, des hameaux, « La Guirlande » et « La Ronderie »,

À l’Ouest, « Guirandes », « Puygironde » et « Gironde »,

A l’Est,  « La Goirandie » et « Hyronde » et

Au Sud, « Les Milandes » et « Eyrenville », l’ensemble de ces termes désignant les frontières de la tribu des Pétrocores.

Girondeau peut-il être une des limites de l’un des quatre clans basés à proximité des quatre rivières, Dordogne, Vézère, l’Isle et Dronne fédérés pour devenir le peuple des Pétrocores ?

En périgord, entre, l’Isle et la Dronne, on remarque quelques formes similaires : Gironde à Champcevinel  - boria de Girounda 1205 cartulaire de Chancelade, Gironda en 1211.

Les Girondarias à Négrondes cité en 1471 dans les titres de Chamberlhac.

Avec la terminaison en « randa » on trouve les Taffarendes, commune de Sorges, cité en 1487 dans les titres de Chamberlhiac et Eygurande nommé Guyranda par Lespine à proximité de Montpont-Ménestérol.

2) Géron ou Giron, diminutif familier, personne germanique « gero » – racine « ger » pour lance.

3) En ancien français « geron » est une pièce d’étoffe en pointe.

4) On ne retiendra pas le nom d’une personne originaire de Gironde.

5) Dans Mémoires sur la langue celtique, volume 1 par Bullet en 1759, « gyro » ou « giro » sont des contours de murailles.

Girondau ou girondeu est déjà francisé sur la carte de Cassini en Girondeau et référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence de sépultures du moyen age, sous protection archéologique.

Les Religieuses de la Visitation posséde des biens dans le hameau bien avant la Révolution.

Le hameau de Girondeau se situe à 1k 200 de Léguillac de l’Auche à environ 187 mètres d’altitude.


Glenon

Appellation inchangée depuis le 18ème siècle.

Glenon en 1514, dans l’inventaire des biens du Puy Saint Astier, est nommé « Mas de Glanon »1) Issu du celtique « glennos » qui signifie vallée, lieu situé souvent à proximité d’un ruisseau, à rapprocher de nombreux toponymes comme Glénat dans le Cantal, Gléon dans l’Aude.

1) Dans Mémoires sur la langue celtique, volume 1 par Bullet en 1759, « glen » est une motte ou un fond de terre qui produit, mais aussi une petite vallée.

2) L’étymologie est gauloise avec « glenare » qui signifie glaner dans le Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965.

3) Au 16ème siècle, une glane d’oignons est un paquet, une botte.

4) Dans le dictionnaire normatif limousin-français, de Gonfroy en 1975, « glenan » signifie chevelure, poignée de cheveux.

Un peu d’histoire :

Dans les archives du prieuré de La Faye – collection Périgord à la Bnf, tome 33, abbé Lespine, abbayes du diocése de Périgueux, le hameau de Glenon est cité en 1251.

« Ratification par Guillaume, abbé de la Couronne au mois de mai 1251, d’une transaction entre maitre Helie de Faia et les frères de la maison de Faia d’une part et Itier de Chailhac chevalier et Jean son fils d’autre. Ils étaient en différend au sujet des hameaux de la Traenussia, de Glenom et de la Chambudia et autres terres ».

Glenon en 1514, dans l’inventaire des biens du Puy Saint Astier, est nommé « Mas de Glanon ».

Un lieu-dit Glenon existe près de Ribérac, cité dans le cartulaire de la Sauve sous l’appelation « Territorium de Glenonio » en 1090.

Présence d’une villa Carolingienne sur la terre de Glenon dans le Jura, villa « glenoni » en 969, « glenonem » en  1029, à proximité d’un cours d’eau, le Glanon. Quelques siècles auparavant, le village de Glenon est un atelier de monnayage Mérovingiens.


Le hameau de Glenon est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence de sarcophages Mérovingiens sous protection archéologique et se situe à 2km 100 de Léguillac de l’Auche à environ 167 mètres d’altitude.


Les Granges

on nomme «  granges », entre les IX et XIIIème siècles, de véritables exploitations, dépendantes d’abbayes ou prieurés et dirigées par des moines, peut-être est-ce le cas du hameau.
Dénommé « aux Granges entre 1756 et 1808, le hameau devient les Granges sur la carte Ign.

Issu du bas latin « granea », lieu où l’on retire le grain, granum, le foin, devient l’exploitation agricole, la ferme féodale, entre le 9ème et le 13ème. « Grango » en occitan, granjon, diminutif de « granga », la grange ou de grangier, le fermier, le régisseur.

Parfois on nomme «  granges », entre les 9 et 13ème siècles, de véritables exploitations, dépendantes d’abbayes ou prieurés et dirigées par des moines, peut-être est-ce le cas du hameau.

Au pluriel comme à Léguillac, « Les Granges » désigne un hameau.



Le hameau des Granges se situe à 541 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 166 mètres d’altitude.
Cultures près des Granges


Dans la table des formes anciennes de Gourgues, le terme « grange » se nomme grangiae, granjas ou agrandias, à Grange d’Ans.

Le hameau des Granges se situe à 541 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 166 mètres d’altitude.


Ferronie (Grange de)

Apparu peut-être vers le XVème siècle - la grange est une ferme féodale, dans notre cas, proche d’un lieu d’extraction du minerai de fer ou d’une industrie et du travail du fer.
Sur la carte de Belleyme, en 1776, « grange de Feronnie », aux granges de Ferronnie en 1808, aujourd’hui, le hameau n’apparait plus sur la carte Ign, seul Ferronie est présent au nord de l’ancien toponyme – Feronnie en 1776.

Apparu peut-être vers le 15ème siècle - la grange est une ferme féodale, dans notre cas, proche d’un lieu d’extraction du minerai de fer ou d’une industrie et du travail du fer.

Le hameau de la Grange de Ferronnie se situe à 2km 800 de Léguillac de l’Auche à environ 143 mètres d’altitude.


La Grezerie

La Grezeria, 1263.

La Grezeria, 1263.
Le hameau mentionné par Belleyme n’a pas varié dans son orthographe depuis le 18Ième siècle.

1) En occitan le mot « greso », comme en ancien français le terme « grez », désignent une terre pierreuse, du latin « gresa » sable aggloméré. En occitan, « gresinha » signifie landes, terrains boisés, pierreux et maigres.

2) De Gourgues, en 1861, dans « Noms de lieux anciens du département de la Dordogne » précise la possible appartenance du nom propre « grézerie » à la période celtique, et à d’anciens monuments disparus.

On note dans les archives de la famille d’Abzac - fond du château de Borie-Petit - 23 J 82 - la présence d’un inventaire du domaine de la Grèzerie datant du XVIIIème siècle.

On ne compte plus, en Périgord, le nombre de hameaux portant la racine « grez », les Grez, le Grezal, les Grezeaux, la Grézelie, Grezelle, Grezelou, Grésignac, commune de Cherval, mentionné en 1243, « castrum de Greziniaco », la Grézille, Grezotte, le Grezou, ou le Grezod.

Le hameau de La Grézerie se situe à 1km 900 de Léguillac de l’Auche à environ 140 mètres d’altitude.


Jalabrou

Mentionnée Jalebrou sur les cartes de Cassini et Belleyme, c’est une maison isolée en 1776. Indiquée Jalabrou depuis 1808.Mentionnée Jalebrou sur les cartes de Cassini et Belleyme, c’est une maison isolée en 1776. Indiquée Jalabrou depuis 1808.

On est en présence d’un phénomène linguistique précis : la palatisation du « ga » » latin en « ja » dans le parler limousin.

1) Ainsi galabrou devient jalabrou et peut provenir de galabre ou gabre qui est un arbuste nommé « faux-genêts » ou Adenocarpus.  La présence de l’arbuste, peu fréquente en Périgord, est relevée en 1836 par J. Gay.

2) Galabre est dérivé de « gabre », le male des galinacées, dinde, perdreau, carnard ou oie dans le dictionnaire de langue d’oc de S. J. Honorat en 1846.
3) Galabrou est un nom de personne d’origine germanique, mentionné dans le cartulaire de Saint Cernin de Toulouse, Galambrus en 1122, Galabru de Castel Mauro en 1160.

4) En ancien français, « galebrun » signifie étoffe commune de couleur foncée.

Le Monastère de la Visitation à Périgueux, en 1641, possède une métairie à Jalabrou  dont le rapport s’élève à 4 charges de froment, 2 boisseaux de fèves, 1 boisseau de pesetin…..

Le hameau de Jalabrou se situe à 1k 300 de Léguillac de l’Auche à environ 187 mètres d’altitude.


Labat

C’est vraisemblablement un toponyme lié à des défrichements courant XIIème siècle, peut-être un peu plus tard, comme « Labatut » devenu nom de famille. Issu du participe passé « abattu » du verbe abattre, en parlant du bois.
L’orthographe du hameau est inchangée depuis le 18ème, et apparait sur la carte de Belleyme, par contre absent de la carte de Cassini. Belleyme mentionne une ferme isolée en 1776.

C’est vraisemblablement un toponyme lié à des défrichements courant 12ème siècle, peut-être un peu plus tard, comme « Labatut » devenu nom de famille. Issu du participe passé « abattu » du verbe abattre, en parlant du bois.



Levrault

Orthographié Levraut en 1756, levraud en 1808 et Levrautl sur la carte Ign. Maison isolée en 1776 sur la carte de Belleyme.
 
Orthographié Levraut en 1756, levraud en 1808 et Levrautl sur la carte Ign. Maison isolée en 1776 sur la carte de Belleyme.

Issu de levrau ou levreau, jeune lièvre.

Le hameau se situe à 1km 600 de Léguillac de l’Auche à environ 130 mètres d’altitude.



Leyterie

Mentionné l’Eterie en 1756, Laytairie en 1808 et Leyterie aujourd’hui.
Mentionné l’Eterie en 1756, Laytairie en 1808 et Leyterie aujourd’hui.

1) Issu de « leyteyre », vendeur de lait, d’origine Gasconne.

2) Le domaine de Leytier. A conservé sa forme occitane avec le « ey ».

3) D’origine moderne, peut-être en lien avec l’industrie du fer et la présence de scories, de machefer.

4) Dans Mémoire sur la langue celtique, de Bullet, en 1789, « Leyteria » signifie litière de voiture de « leter » pour la paille que l’on met sous les bêtes.

La diphtongue « ai » tonique se réduit en occitan à « ei » puis « ey » dans le Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965, la laiterie.

Dans le dictionnaire topographique de Gourgues en 1873, on note 4 Leyterie, à Allemans, Marsaneix, un maynement à Saint Pardoux de Drone en 1573, et Salon.

Le hameau de Leyterie se situe à 2km de Léguillac de l’Auche à environ 114 mètres d’altitude


Linard

 Les Linards en 1756, puis Linard de 1808 à nos jours.

Les Linards en 1756, puis Linard de 1808 à nos jours1) C’est un champ de lin, issu du latin « linum » avec la terminaison « ar » désigne un lieu, une plantation ou un établissement. Le lin est introduit en France par Charlemagne. A partir du 11ème siècle, la culture se généralise.

2) Accompagné de la terminaison « ard », d’origine germanique, pour « hard » qui signifie fort ; dans ce cas, cela peut être un augmentatif quantitatif ou péjoratif qui sert à exprimer les traits caractéristiques. (Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965).

3) Il existe un village nommé Linards en Haute Vienne situé à 167 km de Léguillac de l’Auche.

Le toponyme est antérieur au 9ème siècle, est noté Linars vers 1100 dans le cartulaire d’Aureil.

Le lin
S’agit-il, comme dans le cas du hameau d’Armagnac, de la venue, après la guerre de Cent-ans, d’une communauté familiale de laboureurs, venue cultiver les terres des d’Abzac ? En tout état de cause, Jean Gain, seigneur de la Mothe et Linards en Haute Vienne se marie avec Françoise de Frondeboeuf,  sœur de Jean de Frondeboeuf, époux de Jeanne d’Abzac de la Douze, marié le 14 novembre 1486. Le 13 janvier 1538, Charles de Gain, seigneur de Linars, en Haute Vienne, est sénéchal en Périgord.

Dans les archives du Château de Borie Petit, concernant la famille d’Abzac, on note la présence sous les cotes 23 J 29 et 12 J 67, des informations concernant la seigneurie de Lastours - Haute Vienne entre 1576 - 1643.

Dans Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Jean de Linards de Léguillac de l’Auche est sergent royal en 1590.

Halinard, né en Bourgogne vers 990, est archevêque de Lyon avant 1052.

Arnaud, ou Alinardus est evêque de Toulouse vers 1040.

Linard est une tenance du prieuré de La Faye en 1752.

Gourgue cite trois lieux nommés Linars, commune de Campagne en 1470, Coursac et Montignac.

Le hameau de Linard est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence de sépultures du haut moyen-âge sous protection archéologique et se situe à 1km 200 de Léguillac de l’Auche à 149 mètres d’altitude.


le Maine

Dépendant de la famille de Saint Astier, en 1679, dans les archives du Lieu dieu, 2J, on note un arpentement de la « tenance du Gal », appartenant aux Lambertye du But, puis en 1780, une reconnaissance du tènement de Gat-du Maine et hommage de la famille de Sanzillon au chapitre de Saint Astier pour ce tènement, en 1781.
Mentionné le Maine en 1756 et sur la carte Ign, au Maine en 1808.

Issu du latin « mansionem » devenant « mayne », lieu qui a pu naitre dans les XI ou XIIIè siècle.

Désigne un domaine, une demeure et ses dépendances. Mayne est francisé aujourd’hui en Maine.

Plus de 60 lieux portent l’appellation en Périgord.

Dépendant de la famille de Saint Astier, en 1679, dans les archives du Lieu dieu, 2J, on note un arpentement de la « tenance du Gal », appartenant aux Lambertye du But, puis en 1780, une reconnaissance du tènement de Gat-du Maine et hommage de la famille de Sanzillon au chapitre de Saint Astier pour ce tènement, en 1781.

Le hameau du Maine se situe à 840 mètres de Léguillac de l’Auche à 140 mètres d’altitude.


Maison neuve

Le hameau apparait entre 1776 et 1808, nommé « à La maison neuve » en 1808 et « maison neuve » aujourd’hui.
Le hameau apparait entre 1776 et 1808, nommé « à La maison neuve » en 1808 et « maison neuve » aujourd’hui.

Est-ce le même hameau intitulé « Pose-belle » sur les cartes de Cassini et Belleyme entre 1756 et 1776 ?.








Martinie

La propriété de Martin. La terminaison en « ie », attachée à un nom de personne, est d’origine médiévale, peut être attribuée,  vers le XIème, ou XIVème siècle, après la guerre de cent-ans.
La Martenie au 18ème, puis Martinie de 1808 à nos jours.

La propriété de Martin. La terminaison en « ie », attachée à un nom de personne, est d’origine médiévale, peut être attribuée,  vers le 11ème, ou 14ème siècle, après la guerre de cent-ans.

La métairie de Lamartinie à Léguillac est vendue le 13 avril 1791 à Monsieur Chalup pour 18900 livres.

Dans « Noms de lieux anciens du département de la Dordogne », Gourgues note « feudus de la Martinia » à Mensignac,  en 1312.

Gourgue dénombre pas moins d’une vingtaine hameaux nommés « Martinie ».

Le hameau se situe à 2km 100 de Léguillac de l’Auche à 160 mètres d’altitude.


le Mas

Mentionné le Mas en 1756 et sur la carte Ign, au Mas en 1808.    Issu de la racine latine « mansus », l’occitan « mas » désigne les locaux d’habitation, les bâtiments agricoles, jardin et verger.
Mentionné le Mas en 1756 et sur la carte Ign, au Mas en 1808.

Issu de la racine latine « mansus », l’occitan « mas » désigne les locaux d’habitation, les bâtiments agricoles, jardin et verger.

On retrouve la même formation que le toponyme « le Maine », et le diminutif « Mazière » par exemple.

C’est l’antique « mansus », élément principal de la propriété du temps des Mérovingiens et Carolingiens.

Au Moyen Age, le « mansus » la manse, est l’unité d’exploitation imposable, la surface exploitée.

Sur le tableau d’assemblage du cadastre Napoléonien, le hameau n’est pas mentionné, on le retrouve dans le détail de la section D2 dite de « Cayot » symbolisé par une grosse habitation et un petit bâtiment.

Au 14ème et 18ème, en Périgord, le mot prend le sens de hameau.

Le Mas se situe à 1km 700 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 120 mètres d’altitude.


Merlet

Noté Merlet en 1756, à Merle en 1808, Merlet sur la carte Ign.
Noté Merlet en 1756, à Merle en 1808, Merlet sur la carte Ign.

1) Issu du latin « merula », nom d’oiseau, Alibert dans le Dictionnaire occitan, en 1965, mentionne que la terminaison « et » s’utilise pour désigner un lieu fréquenté par une abondance d’oiseaux, en l’occurrence, de merles.

2) Un homme qui siffle souvent.

3) Un homme qui possède des cheveux, ou, le teint foncé ou noir.

4) Un homme rusé.

« Merlet » signifie aussi créneau dans le dictionnaire occitan d’Alibert.

Gourgues cite une trentaine de hameaux portant la racine « merle » en Périgord, dont le plus ancien, près de Chancelade, la« Merlandia» en 1172, et, près de Tocane, en 1323, « la Merlia » dans un hommage rendu à Archambaud, comte du Périgord.

Le hameau se situe à 1km 100 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 150 mètres d’altitude.


Mondy

Hameau disparu aujourd’hui. Situé sur la carte de Cassini, entre Blanchoux et les Plantes, il n’apparait plus sur le plan cadastral Napoléonien et la carte Ign.
Hameau disparu aujourd’hui. Situé sur la carte de Cassini, entre Blanchoux et les Plantes, il n’apparait plus sur le plan cadastral Napoléonien et la carte Ign.

1) Dérivé du prénom Raymond, mentionné « Mondy » sur la carte de Cassini, et « chez Mondy » sur la carte de Belleyme.

L’appellation « chez » est utilisé à la fin du 14ème, début du 15ème, après la guerre de cent-ans, lors de nouveaux défrichements.

2) Dérivé du latin « mundare », verbe mondar, avec le dérivé « mond » cribler, débarrasser les grains de leur pellicule, dans le Dictionnaire d’Alibert.

Gourgues dénombre plusieurs hameaux portant la racine « mond », Mondoux, Mondis.

Le hameau se situait à 355 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 130 à 140 mètres d’altitude.



Le Moulin du Prieur

Le moulin  à eau, appartient au prieuré de La Faye, sans précision de date, entre La Poude et Veirieras. Il est signalé par une roue crantée, sur la carte de Belleyme, en 1776.

Le moulin  à eau, appartient au prieuré de La Faye, sans précision de date, entre La Poude et Veirieras. Il est signalé par une roue crantée, sur la carte de Belleyme, en 1776.

« Preds sous le moulain de Veyrieras » est une tenance du prieuré en 1752. Comme sur la liste des tenances, le plan cadastral mentionne «  moulin de Vérieras » et non pas comme sur la carte de Belleyme « moulin du prieur ».


Le Moutot

Le Moutot est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence d’une motte du Moyen Age, sous protection archéologique
Photographie 1949
 
Le toponyme « le Moutot » issu de l’occitan « lo Mouto », la motte, est d’époque contemporaine.

Le lieu se situe à  440 mètres de Léguillac de l’Auche, à environ 195 mètres d’altitude.

Le Moutot est référencé sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine avec la présence d’une motte du Moyen Age, sous protection archéologique.

On remarque, l’enceinte circulaire de la tour ou  fortin, partie plus claire, sur une photo prise en décembre 1949. Au bas de la motte, près de la route on distingue un carré entouré de fondations, serait-ce l’une des dépendances du fort, la basse-cour ?.

La motte : les premiers temps de la féodalité :

La motte de Léguillac remplit trois fonctions, la résidence seigneuriale, la défense naturelle ou passive, et le symbolisme culturel et social.

La motte de Léguillac est une petite fortification en bois, à quelques centaines de mètres d’un premier point d’eau, la Font Chauvet, puis d’un deuxième, le ruisseau du Jouy plus au sud.

Edifiée dans les dernières décennies du 9ème siècle, selon les dernières recherches archéologiques, et qui permet de répondre aux raids et pillages, commis par des troupes peu nombreuses et très mobiles.

Quelques historiens avance l’idée d’une présence de quelques mottes, dès la fin du 9ème, d’inspiration Normandes. La motte disparait en France, suivant les régions, entre la fin du XII et le début du 13ème siècle.

La motte de Léguillac, est construite rapidement, selon les possibilités économiques de la châtellenie, par des paysans corvéables.

Le contexte historique :

La société médiévale évolue, à partir de 980 le royaume franc est secoué par la « révolution aristocratique », les campagnes se couvrent de châteaux. L’empire Carolingien se désagrège courant 9ème siècle. Charlemagne laisse les hommes, devenus libres, de choisir de poser les armes pour le travail de la terre, plus rentable. La fin 9ème siècle fait l’objet d’invasions et de guerres privées, l’ost Carolingien ne peut répondre aux raids éclairs des Vikings et autres envahisseurs. La défense s’organise autour des mottes ………….

Localisation de la motte :

La motte est située au bout du village de Léguillac, à quelques centaines de mètres, comme si elle avait servi de point de départ pour une mise en valeur du terroir, une organisation ou une réorganisation villageoise. La motte de Léguillac serait alors une motte de défrichement dont la finalité visait à la mise en culture des terres en même temps que l’établissement du village et de son église.

On pourrait alors dater la motte, comme l’église, du 11ème siècle, en effet, dans certains cas l’église est construite sur la motte, ce n’est pas notre cas.


Photographie 1949


Le sommet dénudé sur la photo, est occupé par une forte palissade, au centre duquel se situe un fortin en bois, en rouge, muni d’une tour de guet, l’ancêtre du donjon.
En contre bas, une deuxième palissade, en blanc, protège la « basse-cour » carrée, en rouge, qui comprend les ateliers d’artisans, les écuries, une chapelle primitive et le logis du seigneur. Les habitants peuvent ainsi se réfugier à l’intérieur du périmètre.


L’hypothèse Scandinave :

Entre la mort de Charlemagne en 814 et Hugues Capet en 987, un vide historique ….

Quelques historiens, attribue l’aménagement de mottes et la construction de quelques forts en bois, aux envahisseurs Vikings, pour la plupart, originaires du Danemark.

Leur implantation durable en Normandie, après la mort de Charlemagne, en 814, s’étale sur plus d’un siècle.



L’étude par les historiens, de l’occupation Normande en Aquitaine est largement ignorée.

Leur 1ère incursion, dans le milieu du 9ème siècle, en Périgord, débute en 849, et s’effectue en remontant la rivière l’Isle.

Particulièrement attirés par les richesses de l’église, ils pillent l’abbaye de Saint Astier, puis atteignent Périgueux ; après 866, plus aucune incursion n’a lieu.


Puis en 904, Périgueux est à nouveau détruite.

On date la fin des incursions Vikings vers la fin du 11ème siècle.

Un petit nombre de Danois a pu fonder quelques bases et mis en coupe réglée la région autour de Périgueux et Saint Astier ? Certains se sont-ils installés sur les terres conquises ?

La motte ne serait qu’un avant-poste destiné à protéger, surveiller la naissance du village de Léguillac, formé sur le prénom Scandinave « Egil ».

En 982, les Périgourdins, Gascons et Navarrais chassent les Normands, lors de la bataille de Taller dans les Landes.

Près de 60 mottes sont référencées dans les deux arrondissements de Périgueux et Bergerac. Ils se situent sur des massifs forestiers ou de basses vallées.


les Plantes

Etymologie latine « planta », lieu planté de vignes ou d’arbres. Naissance du hameau entre le XIème ou XIIIème siècle.
 
Etymologie latine « planta », lieu planté de vignes ou d’arbres. Naissance du hameau entre le 11ème ou 18ème siècle.

 
Dans une charte de la seconde moitié du 15ème siècle (1450-1500), on note :
« Pierre N****, de la paroisse de Léguillac de l’Auche, reconnait tenir à assence du prieuré de La Faye, propré fontem de Lauche, le mainement de « Las Plantas », situé dans ladite paroisse, moyennant certaines redevances, entre autres des gélines, huit boisseaux d’avoine à la mesure de Périgueux, et une journée d’homme ».

Classement 9 H 4 - Archives de Périgueux.
S’agit-il de notre patronyme ?.

Le hameau des Plantes se situe à 1km 900 de Léguillac de l’Auche à environ 136 mètres d’altitude.


Pépinie

Ecrit Pépigni dans l’afferme de dime du prieuré en 1638.  Conserve son orthographe depuis le XVIIIème.
Ecrit Pépigni dans l’afferme de dime du prieuré en 1638.
Conserve son orthographe depuis le 18ème.

Dérivé du surnom familier « pépin » attribué à un grand-père, un aieul, ou un parrain dans le parler limousin.

On rencontre de même, « papo » papon pour grand-père attesté dans « La Paponie » mansus de la Paponia en 1455, commune de Calviac et commune de Jumillac.

Le hameau de Pépinie se situe à 456 mètres de Léguillac de l’Auche à environ 159 mètres d’altitude.


Perpezat

Un toponyme Perpesat est mentionné en 1323, à proximité de Tocane, « mansum de Perpesat » lors d’un hommage à Archambaud Taleyrand, comte du Périgord, par Géraud de Cassaignol, chevalier, seigneur de Vernode, et Etienne Cassagnol, chevalier, son frère, pour tout ce qu’ils possédaient en l’honneur de Vernode et de Saint-Astier
Son orthographe n’a pas variée depuis le 18ème siècle, sur les cartes de Cassini, de Napoléon, la carte Ign.

Un toponyme Perpesat est mentionné en 1323, à proximité de Tocane, « mansum de Perpesat » lors d’un hommage à Archambaud Taleyrand, comte du Périgord, par Géraud de Cassaignol, chevalier, seigneur de Vernode, et Etienne Cassagnol, chevalier, son frère, pour tout ce qu’ils possédaient en l’honneur de Vernode et de Saint-Astier – Archives nationales - M.537 – Dossier Salignac n°96.

Gourgues situe un maynement de Perpezac en 1521 dans l’inventaire du Puy Saint Astier, sur la commune de Chantérac.

Le hameau qui nous intéresse est une tenance du prieuré de La Faye, en 1752, noté « Peyrepeze ».

Dans l’armorial de la noblesse Française, en 1789, la famille De Testard, possède les hameaux du But, de Taillefer, de la Caillerie, et de Perpezac.

1) La naissance du hameau de Perpezat à Léguillac de l’Auche, se situe, peut-être, après la guerre de Cent-ans, avec l’arrivée d’une communauté familiale en provenance du village de Perpezat en Auvergne, situé à environ 250 km de Léguillac de l’Auche.

En effet, une importante migration Auvergnate intervient après la guerre de cent-ans, vers 1455, puis entre 1477 et 1490, la région Riomoise étant victime de plusieurs séries de tremblements de terre qui détruisirent une grande partie de la région.

Situé dans le parc des volcans d’Auvergne, Perpezac au 13-14ème, puis Perpezat en 1373. Perpezac dérive de Perpetius + acum dans « toponymie générale de la France » -  Nègre – 1990.

2) Une autre piste est envisageable, en effet, un village nommé Perpezac le blanc, en Corrèze, situé à 95 km de Léguillac de l’Auche apparait dans la généalogie des d’Abzac de la Douze.

Jean d’Abzac 1er, seigneur de Bellegarde, fils troisième de Bertrand d’Abzac et de Jeanne de Beynac, se marie une deuxième fois, avec Gilberte de Royère, en 1477, soit peu de temps après la fin de la guerre de cent-ans. Le contrat de mariage a lieu à l’Ons, paroisse de Perpezac, en présence, de Jean de Saint Astier, seigneur des Bories. Perpezac apparait sous la forme « Perpeziacus » en 872, nom latin Perpetuus qui signifie perpétuel, durable.

Perpezat serait-il issu de la disparition du « r » de l’occitan « perprendre », verbe transitif, signifiant prendre, saisir, avec comme dérivé « perpresa » entreprise, enceinte, faubourg - étymologie occitane « per » + prendre.

Le hameau de Perpezat se situe à 2km de Léguillac de l’Auche à environ 150 mètres d’altitude.


Pommerede

Lieu signalé sur la carte de Cassini par la présence d’une chapelle,  n’apparaissant pas sur le plan de 1808, et devenant quelques parcelles boisées aujourd’hui.
Lieu signalé sur la carte de Cassini par la présence d’une chapelle, n’apparaissant pas sur le plan de 1808, et devenant quelques parcelles boisées aujourd’hui.

Le nom collectif « eda », « pomareda » signifie pommeraie, lieu planté de pommiers. « Pomarius » signifie verger en latin dans le Dictionnaire de Gaffiot de 1934. Le suffixe « eda » sert à former un collectif à partir d’un nom de plante pour désigner un endroit où elle abonde - Dictionnaire occitan d’Alibert en 1965.

Le lieu-dit, sans habitation sur la carte Ign, se situe à 2km 700 de Léguillac de l’Auche à environ 135 mètres d’altitude.


Poude

La carte de Belleyme mentionne « La Poude » en 1776, par contre le hameau n’apparait pas sur la carte de Cassini en 1756. Sur le plan cadastral Napoléonien, Poude est mentionné « à Poude », puis le hameau n’est pas désigné sur la carte Ign, seules les habitations apparaissent.

La carte de Belleyme mentionne « La Poude » en 1776, par contre le hameau n’apparait pas sur la carte de Cassini en 1756. Sur le plan cadastral Napoléonien, Poude est mentionné « à Poude », puis le hameau n’est pas désigné sur la carte Ign, seules les habitations apparaissent.


Puy (le ciel)

Dérivé, peut-être, d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs. « Puy » en occitan, du latin podium : le tertre, la grande colline.
Le Puy en 1756, au Puy en 1808, Puy le ciel aujourd’hui.

Dérivé, peut-être, d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs. « Puy » en occitan, du latin podium : le tertre, la grande colline.

Les hameaux Baby - Puy du Ciel sont référencés sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine, sous protection archéologique et se situe à 2km 200 de Léguillac de l’Auche à environ 150 mètres d’altitude.


Puychaud

En  1172, Puychaud, est nommé « Nemus de Poichaus », dans le cartulaire de Chancelade, dérivé peut-être d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs.

Puychaud en 1756 et aujourd’hui, à Puy-Chaut en 1808.

En  1172, Puychaud, est nommé « Nemus de Poichaus », dans le cartulaire de Chancelade, dérivé peut-être d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs.

Puy en occitan issu du latin podium : le tertre, la grande colline.

Dans « Toponymie générale de la France » d’Ernest Nègre, « chau » signifie montagne à sommet aplati, de « calmis », origine préceltique, hauteur dénudée, devenu « chalm » en nord occitan, puis « chaud » avec la chute de la consonne finale.

Le hameau de Puy Chaud se situe à 1km 100 de Léguillac de l’Auche à environ 170 mètres d’altitude.


Sirieix - ou Boscus Marbu ?

Sirieix - ou Boscus Marbu ? Le hameau prend son origine dans l’occitan « cireix » qui signifie cerisier, mentionné « cireis » sur la carte de Cassini. La terminaison « eix » est fréquemment utilisé en  Périgord et Limousin pour « eis ».
Mentionné Les Cireix en 1756, à Sirey en 1808, et Sirieix aujourd’hui.

Sirieix, orthographié Sirieys sur la liste des tenances du prieuré de la Faye en 1752, mais aussi surnommée « Bosmarbu ».

Or on note, dans la collection Périgord de la Bnf, tome 33, dans « Abbayes du diocèse de Périgueux :

« 1236, le lendemain de la fête de la conversion de St Paul. Ratification par Hélie Ramnulphi, Marbus, Hugo, Willelmus et Iterius fratres donzelli omnes cognomine de Creichac, filii Helye Rampnulphi militis d’Agonac, d’une donation faite la date ci-dessus, par ledit Hélie Ramnulphi chevalier leur père, et Ay. de Creichac leur oncle, P. étant évêque de Périgueux, à la maison et aux frères de Faya, de tout le droit qu’ils avaient sur le bois apellé Boscus Marbu et ce qu’ils ont dans les paroisses de Anessa, de Bello Loco et de Mensinhac, entre les mains de Boson prieur de cette maison ».

Le hameau prend son origine dans l’occitan « cireix » qui signifie cerisier, mentionné « cireis » sur la carte de Cassini. La terminaison « eix » est fréquemment utilisé en  Périgord et Limousin pour « eis ».

Le hameau se situe à 1km 800 de Léguillac de l’Auche à 133 mètres d’altitude


Le Sol du Dyme

Lieu où les fermiers du prieuré, comme Thomas Meissensas, en 1638, et les habitants de la paroisse viennent payer le dixième en nature ; dans notre cas, c’est un nom de parcelle un ancien microtoponyme, devenu nom  de lieu.
Lieu où les fermiers du prieuré, comme Thomas Meissensas, en 1638, et les habitants de la paroisse viennent payer le dixième en nature ; dans notre cas, c’est un nom de parcelle un ancien microtoponyme, devenu nom de lieu.

On trouve parfois l’appellation « grange de la disme », où l’on entreposait la collecte de la dime. Le lieu n’est pas mentionné sur les cartes de Cassini et plan cadastral de 1808.

Le hameau du Sol du Dyme se situe à 1km 200 de Léguillac de l’Auche à environ 140 mètres d’altitude


les Tuilières


Dérivé du latin « tégula », lieu où l’on produit des tuiles vers le XIème ou XIIIème siècle.Dérivé du latin « tégula », lieu où l’on produit des tuiles vers le 11ème ou 13ème siècle.

En occitan, le « teulier » le tuilier, est le fabricant de tuiles, la « teulera » la tuile.


En 1700, Pierre Laulanie Dugrézeau, écuyer, garde du Roi, fait hommage au Roi pour les fiefs qu’il tient aux Thuilières et Boudeau. En 1738 le seigneur Dugrézeau est bourgeois de Périgueux.


1747 – afferme de la Thuilière


« le fermier sera tenu de livrer au Seigneur Dugrézeau toutes les fois qu’il fera cuire des tuiles, chaux et autres, un millier de tuiles creuses, une barrique de chaux , une centaine de grands carreaux et une centaine de briques ». p 57 - Saint Aquilin.


1752 – Armand Dugrézeau est qualifié de seigneur des Thuilières. Armand de Laulanie se marie avec Jeanne de Roche de la Rivière. La dame de Roche est seigneuresse des Thuilières en 1789.

Dans l’Armorial de la Noblesse, en 1789, Messire François Laulanie du Grézeau, écuyer, est seigneur des Tuilières, paroisse de Léguillac de l’Auche.

Le hameau se situe à 2km 600 de Léguillac de l’Auche à 227 mètres d’altitude.


Veyriéras

Toponyme lié à l’industrie du verre, du latin « vitrum » verre, sous la forme occitane « veyriera ». Le suffixe « as », en occitan, sert à désigner les habitants d’un hameau.
Trois orthographes différentes entre le 18ème et le 21ème siècle, Veirieras en 1756, Verrieras en 1808 et Veyriéras sur la carte Ign.

Toponyme lié à l’industrie du verre, du latin « vitrum » verre, sous la forme occitane « veyriera ». Le suffixe « as », en occitan, sert à désigner les habitants d’un hameau.

Le hameau est cité en 1271, lors de l’affranchissement par Bernard Raymond, chevalier, moyennant la somme de 39 livres, Itier, Guillaume et Pierre de las Veyrieras, ses hommes liges et taxables – Archives communales de Périgueux II-5 voir aussi S.h.a.p. – 1907- p 51 d’E Bayle. L’émancipation de la classe rurale a déjà commencé en Périgord bien avant le signal du Roi.

En 1473, une reconnaissance, en 1474 et 1481, une assence de terres sont effectuées au profit de la famille De Vessac, seigneur de Veyrieras à Léguillac de l’Auche. Réf 24 J archives du Lieu dieu.

En 1498, une reconnaissance de  rentes est effectuée à Beaulieu, une vente d’un bois à Léguillac en 1553, par Pecou de Veyrières. Réf 24 J archives du Lieu dieu.

Le hameau se situe à 1km 800 de Léguillac de l’Auche à environ 102 mètres d’altitude.


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