Léguillac de l’Auche, découvrez l’une des plus anciennes familles présente depuis 1470 dans le bourg, après 30 années de recherches partons à la découverte des patronymes Meyssensas, Neyssensas, Neycensas et autres orthographes.
Plus de 5 siècles d’archives privées et publiques, de documents historiques, des centaines d’actes et de noms de famille.
Berceau des familles Neyssensas depuis 1470
Origines du nom Léguillac
De qu’elles informations dispose-t-on pour établir une chronologie de l’histoire de l’occupation du sol sur Léguillac-bourg, la toponymie pourrait-elle se substituer à l’archéologie ? La tentation est grande …….
Léguillac dans le domaine occitan
Phonétique
Proche de Léguillac, se situe le village de Saint-Aquilin, Saynt-Agulhi - Agulhin / Agulin , du latin « Aquilinus », qui signifie aigle, courbé en bec.
1 - Issue de l’occitan « oucha » très
bonnes terres de labour situées à proximité du village et qui montrent
l’intérêt qu’elles représentent pour la subsistance des habitants mais
aussi pour la fiscalité seigneuriale, ou « aucho » terres défrichées de longue date, toujours à proximité du village. L’apparition probable de « l’auche » peut se situer à la fin de la guerre de cent-ans, après 1450 donc, période de défrichements intenses.| Archéologie aérienne – photos prises en 1945 – 1966 et 2009 |
Photos Persée - Aquitaine - In: Gallia. Tome 27 fascicule 2, 1969. pp. 343-380
par J Coupry et blog de Fred
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Seule une boucle de ceinture,
aujourd’hui au musée du Périgord, est découverte dans l’un des sarcophages.
Faite de bronze, elle se compose d'une contre-plaque et d’une plaque, d'une boucle
et d'un ardillon. Sur sa face et son revers subsistent trois tenons, disposés
en triangles, servant à fixer la plaque au cuir. Inconnues lors des grandes
invasions germaniques, elles apparaissent au 5ème siècle sous la forme de
petites plaques-boucles cloisonnées ou en fer damasquiné. La plaque-boucle est
destinée à fermer la ceinture tout en constituant l’un des ornements des plus
riches et des plus variés des œuvres wisigoths et mérovingiennes.Voir le sarcophage de Glenon identifié sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine d’époque Mérovingienne.
| Sarcophage de Glenon |
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| Relevé aimablement communiqué par Monsieur Serge Avrilleau |
Le souterrain du bourg, un refuge populaire près de l’église
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| Façade de l’église au 11ème siècle |
La porte à 3 m 40 de largeur entre les deux pilastres extérieurs. Les tailloirs sont à 3 m 50 et chaque voussure à 0 m 20.


Un petit oculus est présent entre la porte et le cordon.
La façade, ornée d'une arcature aveugle ou ouverte au-dessus de la porte, se termine peut-être par un pignon triangulaire aigu comme la chapelle Saint-Jean de Chancelade ou l’église de Bois Moreau en
Saintonge. L’intérieur en forme de rectangle de 6 m 40 de largeur se
termine par une abside circulaire de 3 m 75 de diamètre, le tout peu
éclairé et appelée vôute en cul de four.
Début 12ème, entre 1100 et 1150 l’église est dotée «
d’un clocher à coupole très élévé, agrémenté par côté de deux
absidioles ou chapelle rayonnante et d’une abside de la même largeur que
le reste de l’église». Côté Est, est accolé au clocher carré un chevet identique à celui de Saint-Martin de Limeuil ou celui de Ribérac.| Eglise de Segonzac |
La
fonction de la colonne est de recevoir la retombée des arcs situés
au-dessus et de diffuser la poussée vers le fut de la colonne puis le
sol. Sa forme diffère suivant sa fonction, soit en colonne adossée,
pilier carré ou cruciforme, ou colonne engagée dans le mur. Le haut de
la colonne de forme carré se nomme le tailloir ou abaque, la corbeille le plus souvent historiée, l’astragale en forme d’anneau, le fût, et enfin la base rectangulaire.![]() |
| Moule à cloche |
Pierre
Mimet (1169-1182) succède à Jean d’Asside lorsqu’Henri II roi
d’Angleterre assiège le Puy-Saint-Front. En 1170 il accompagne, en
Espagne, Eléonore fille d’Henri II lors de son mariage avec Alphonse de
Castille. Pierre Mimet consacre l’église de Saint-Alvère et plusieurs
autels à Chancelade entre 1171 et 1178.![]() |
| Saint-Astier |
Bertrand
de Goth, premier des sept papes qui siège en Avignon sous le nom de
Clément V, séjourne à l’abbatiale de Saint-Astier les 13 et 14 octobre
1304. Le 15 au soir il se dirige vers le prieuré de La Faye par le
chemin de Léguillac et la Font de l’Auche. Accueilli par le cinquième
prieur du lieu, l’abbé de la Serre, il visite l’hôpital des pauvres.![]() |
Côte : 41 Fi 12 - A39P20 - dessin réalisé en 1894 par A Roumejoux - Archives Départementales de Périgueux |
A quelques kilomètres de là, Hélie de Bourdeilles embellit l’église de Saint-Astier en 1462.
Le
17 octobre 1568, Mouvans et François de Barjac seigneur de Pierregourde
se retranchent à Mensignac. Le comte Cossé-Brissac et le jeune duc de
Guise « connaissant l’humeur bouillante de Mouvans » se dirigent
alors vers le château de Fayolle et se cachent derrière un côteaux
voisins. Mouvans les croyant partis, et sans écouter Dassier, tombe dans
le piège du « bois de Chantegeline », le duc de Guise « le voit de loin se donner de la tête contre les arbres ». Entre mille et deux mille huguenots « sont taillés en pièce ».
Pierregourde est tué dans le « bois de Fayolle » quant à Mouvans, il
décède quelques jours après dans une maison du village de Chantegeline.
Le restant de l’armée huguenote, poursuivie par les paysans, s’enfuit
vers Ribérac. Dassier et l’armée des Provençaux, logés à Saint-Astier,
apprenant la défaite de Mouvans et empêchés par François de Bourbon, duc de Monpensier, se rendent à Aubeterre où l’attend le prince de Condé.
L’abbaye de Chancelade est pillée, brûlée, et les quelques religieux âgés sont tués sur place faute de pouvoir s’enfuir - Shap 1904.![]() |
| Le Périgord en 1584 par Bonsignori |
Jane de Puychirpel - Meyssensas - 1630
Les Puychirpel, des notables ruraux Léguillacois
Etudions tout d’abord la répartition d’un patronyme relativement rare en France, sans qu’il y ait de lien avec les Puychirpel de Dordogne :
La première apparition du patronyme en France est attestée en 1081 avec le chevalier Maurice Eschirpel cité lors de la donation d’une pièce de terre sise à Chaumont sur Loire dans le Loir et Cher.
En 1118, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jean d’Angély en Charente Maritime, dans un Etat des rentes, mentionne un Rainaldi Aischirpel ou Eschirpel.
Plus près de nous, en Dordogne, en consultant le registre des Comptes du consulat de Périgueux - Série CC on relève :
En 1323, Porte Limogeanne, Hélias Eschirpel est vendeur de fer. En 1339, rue l’Eguillerie, vit Aymeric d'Eschirpel, en 1444, Raymond Eschirpel est prudhomme et allègue sa qualité de clerc. Entre 1449 et 1467, on rencontre Aymeric de Puey Eschirpel et enfin, en 1630, le patronyme Puychirpel apparait sur les liasses judiciaires des Insinuations de la Sénéchaussée de Périgueux.
Madame Raluy cite dans son ouvrage consacré à Léguillac de l’Auche, un texte daté de 1321, émanant des archives du prieuré de la Faye, rédigé lors de « la vente d’une pièce de terre appartenant à Guillaume de Puychipel, un autre daté de 1400 concerne un pré de Puychipel ».
« D’anciens documents de 1474 et 1503, du temps d’Arnaud de Fayolle, citent aussi la présence d’un meynement de Puychipel et d’un Joanni de Puychipelt, d’une Catherine de Puychipel et enfin d’un Léonardo de Puychipel ».
Deux actes de baptême marquent encore la présence des Puychirpel sur Léguillac jusqu’à la moitié du 17ème siècle, dont le premier ne témoigne pas de leur lieu de vie, le curé ne mentionnant pas le hameau.
En 1624, une petite Jacquette, fille de Pierre Brunet, sieur de la Chieze et de Demoiselle Catherine de Bourdeilles nait à Léguillac de l’Auche, puis plus aucune trace de la famille Chieze.
Le 26 juillet 1628, Thomas De Puychirpel est parrain de Thomas Descouts, fils de Seguin Descouts et Marguerite Puychirpel, marraine Marion Descouts, en présence de Charles Rondet, Rampnouilh, les curés Pierre Charrière et Conseillaud.
Le couple n’habite pas Puychaud mais le bourg de Léguillac. En effet ceux sont les notaires Pierre Rondet et son fils Charles, son épouse Annette Meyssensas, qui habitent à présent Puychaud un peu avant 1615, accompagnés peut-être d’une famille de métayer entretenant la propriété….
Sur l’acte de baptême, les parrain et marraine Puychirpel des années 1600 ont disparu, tout comme le patronyme Puychirpel disparait de Léguillac après
1635 avec le décès de Guilloune De Puychirpel, avec présence par ascendance, de quelques arrières petits-enfants Meyssensas.
Autre remarque, Thomas contrairement à Guirou de Puychirpel ne sait signer, peut être cette branche est elle tombée dans la condition paysanne ?
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| 1620, naissance à Puychaud d’un enfant Rondet et Meyssensas |
On localise de même le patronyme Puychirpel sur Neuvic, dans le courant du 16ème avec Girou Puychirpel et son épouse Anne Durieux vers 1613. Girou est laboureur au lieu de Seycat. Les descendants seront nombreux jusqu’en 1792. Le prénom Girou se retrouve à la même époque sur Neuvic et Léguillac, un simple hasard ?
Une hypothèse sur l’implantation des Puychirpel à Neuvic
Une partie des membres De Puychirpel de Puychaud, certains de simples laboureurs, participèrent-t-ils à la construction, à l’entretien des terres du château de Neuvic dont les travaux débutèrent en 1520 au temps d’Annet de Fayolle, époux de Charlotte d’Abzac de la Douze. Il s’agit de la même famille de Fayolle qui revendique en 1723 le ténement de Puychipel à Léguillac de l’Auche par actes passés en 1474 et 1503.
Peu à peu, le patronyme, au fil des écrits des curés et officiers d’état civil, évoluera en Peychirpel, Puychirpel, Eychirpel, et aujourd’hui, Echirpeau, ….
L’origine du patronyme De Puychirpel
Madame Higounet Nadal dans son ouvrage « Périgueux aux 14ème et 15ème siècle : étude de démographie - 1978 ».
« Les lieux composés de « puey » : Parmi les collines de la région en effet, les plus massives ou les plus riches ou celles qui constituaient des repères topographiques ont donné leur nom à certain laboureurs, tel Puy Astier, Puey Chirpel ».
Quant au diminutif, escarpe / eschirpe - il peut s’agir d’un talus de fortification, au-dessus d'un fossé - « pied » d’une muraille, d’un rempart.
(Mais aussi, avec peu de probabilité cependant, issu d’eschirpel / ecirpel - diminutif d’escirpa / eschirpa qui signifie bourse ou eschirpeu qui désigne aussi une sorte de piège à oiseau).
En 1172, dans le cartulaire de Chancelade, Puychaud se nomme déjà « Nemus de Poichaus », dérivé peut-être d’anciennes limites primitives de propriétés ou fiefs.
Bien que la particule « De » dans un nom de famille soit souvent associée à la noblesse française, celle-ci n'en est pas un gage. En 1321, la particule « De » utilisée par Guillaume de Puychirpel, signifie simplement que nous sommes en présence d’un patronyme toponymique, qui devint peut-être par la suite un titre de noblesse d’apparence. L’ascension sociale des De Puychirpel se traduit par la présence d’une belle signature au 17ème siècle. Les De Puychirpel ne sont pas cités dans l’armorial de la Noblesse du Périgord.
L’actuel Puychaud, confirme Mme Raluy, correspond bien géographiquement aux descriptions des parcelles présentes dans les archives de la famille de Fayolle.
La signature, témoignage d’une position sociale
Les documents signés sont d’une grande diversité. La position sociale a une incidence sur la pratique de la signature, dans le cas de Girou nous n’avons pas affaire à la signature d’un simple laboureur mais d’un notable bien établi à Léguillac.
Seules deux signatures de Girou de Puychirpel sont recensées sur le registre paroissial, en 1606, lors de la naissance de Girou de Puychirpel et 1611 lors de la naissance de Charles Janailhat, parrain Charles Rondet, notaire à Puychaud.
La présence de Girou en 1611 sur un acte de baptême demeure l’unique preuve des liens des Puychirpel avec quelques notables locaux, les Rondet père et fils, notaires, les Ducluzel, (peut-être Pierre ainé Ducluzel) une famille prospère, seigneurs de Brouillaud à Annesse et Beaulieu et bien sur les Janailhat.
Un Cluzel paye la dime en 1641, en 1688, un Cluzel, avocat à la cour de Périgueux, possède la métairie des Biarneix. La famille Ducluzel est une famille de magistrat anoblie en 1723. Pierre Ducluzel de la Chabrerie émigre à la Révolution et ses biens confisqués. Il possédera, après 1770, le domaine du But, dont dépendaient les métairies de Fareyrou, Leyterie, Levraut et enfin Caroly. En 1671, à une époque peu prospère pour le château du But, lors d’un inventaire après le décès de Samuel De Testard, sont cités à Puychaud, une maison, grange, aysine, terre et vigne, 18 journaux 24 brasses. (6,6 hectares)
En 1688, après le départ des Rondet, une famille Bouthier entretient les terres de Puychaud, puis une famille Bardon en 1751.
En 1777, la métairie de Puychaud appartient au Sieur Jean Simon Dumaine.
En 1808, sur le plan cadastral, une seule habitation est signalée, entourée d’un jardin, d’un pré, de pâture et de terre.
On ne sait si Guilhoune Meyssensas habita Puychaud, de même le registre paroissial ne permet pas de découvrir sa filiation, sa date de naissance peut se situer aux alentours de 1580. Aucune mention du décès du couple. Ont-ils migrer vers un autre village ?
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Le prénom féminin Guilhoune en 1599 chez les Meyssensas |
Ce que l’on sait et ce que l’on peut imaginer
Peu de temps avant 1606, Thomas de Puychipel contracte alliance avec une roturière, Guilhoune Meyssensas. Thomas, faute d’apporter une situation confortable, octroi la notoriété de sa famille à sa future épouse, qui, de son côté, considère peut-être son mariage comme moyen d'ascension sociale.
Dans le courant du 14ème siècle, Guillaume de Puychirpel est possesseur de terres à Puychaud, simples laboureurs au départ, par l’acquisition de biens fonciers, comme peut-être le maynement de Puychirpel par Johanni de Puychirpel, les Puychirpel se hissent au rang des notables Léguillacois et Guirou signera d’une belle écriture les actes du 17ème siècle.
Ainsi tout au long du 16ème siècle, susceptibles d’être à tout moment renvoyés à leurs origines roturières, les Puychirpel auront à cœur d’adopter le mode de vie des notables par l’acquisition de terres notamment. Devenus riches roturiers, les Puychirpel eurent « le désir plus ou moins conscient de renouer avec des racines rurales à travers l’acquisition d’un fief et rejoignait la possibilité de mener un train de vie de notable, de paraître ce que l’on entendait devenir » - Figeac M. dans Les noblesses en France.
Des Meyssensas entre 1628 et 1773
La plupart des Meyssensas sont inhumés dans « les tombeaux de leurs prédécesseurs » dans les cimetières de Léguillac de l’Auche, Annesse, Mensignac ou Périgueux entre 1628 et 1773.
Toujours en ce qui concerne les Meyssensas, sur l’ensemble de la Dordogne et la même période, les registres de sépultures portent la mention « enseveli dans les tombeaux de ses prédécesseurs » dans seulement 14 % des cas. Dans plus de 80 % des cas les curés indiquent seulement que le défunt est inhumé dans le cimetière voire même sans mention, notamment en période épidémique.
Quant au rituel funéraire des inhumations dans l’église, pratiquées « près du saint » titulaire d'un lieu de culte, il concerne seulement 10 % des Meyssensas soit 4 Meyssensas tout au long des 16ème et 17ème siècles. Le rituel permettant au défunt de bénéficier de la protection du saint est seulement réservé à quelques parroissiens et, bien sur, plus couteux que celui des corps destinés aux cimetières.
L’élection de sépulture est un mélange de croyances religieuses et d’interêts sociaux qui affirme le rang social dans la communauté villageoise. (article - Simon ou le privilège d’être inhumé dans l’église - dans Implantations - Mensignac.
En ce qui concerne le cimetière d’Ancien Régime, il est partagé entre les principales familles de la paroisse au sein d’un « espace familial » que rien ne matérialise, il n’y a donc ni tombe individualisée ni pierre tombale. Le défunt rejoint ainsi « les tombeaux de ses prédécesseurs ou de ses ancêtres » sous le regard de la grande croix qui domine le cimetière.
L’acte principal des funérailles se déroule à l’église en présence du corps du défunt et des paroissiens accompagné d’un service solennel. Au son de la cloche les paroissiens à leur tour, joignent leurs prières à celles de l’église.
Le testament, quant il est connu, comprend deux parties : la 1ère à trait au salut de l’âme, la 2ème à des dispositions matérielles. Le testament indique systématiquement la nature et le lieu de sépulture du défunt : « son dit corps estre porté et ensevelit au simmetiere de l’esglise parochielle du bourg du dit Lagulhac et tombeau de ses predecesseurs » (testaments de Pierre et Marot ci-dessous).
En 1684, Pierre Meyssensas dit Grand-Pierre, laboureur à bras à la Font de l’Auche, « souhaitant assurer le salut de son âme au paradis » définit dans son testament ses dernières volontés. (Voir article « Léguillac de l’Auche, des actes notariés depuis 1626 à 1703 »).
Sous
l’Ancien Régime le testament est à la fois civil et religieux : Pierre « a
fait le signe de la Saincte Croix sur luy, disant « In nomine patri,
filii, spiritus sancti, amen ». Et a recommandé son corps et ame a Dieu le
createur et a la benoicte Vierge Marie et a tous les Sainctz et Sainctes de
paradis. Les priant dinterceder pour luy envers Nostre Seigneur Jesus-Christ,
pour le salup de son ame.
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| Acte de décès de Pierre en 1684 |
Le signe de croix témoigne de l’appartenance de Pierre et Marot à la communauté religieuse chrétienne.
Et a vouleu et veut ledit testateur que lors quil aura plu a Dieu separer lame de son corps, sondit corps estre porté et ensevelic au semeintiere de lesglize parochielle du bourg de Lagulhac et tombeau de ses feux predecesseurs trespassés et que a sa sepulture, octave et fin de lan, il soit appellé et convoqué deux prestres - messe chantant et Dieu priant pour le salup de son ame - payables par son heritiere bas nommée. ». Rare d’ailleurs sont les testateurs tel que Pierre et Marot, malgrès leur situation au bas de l’échelle sociale, qui appellent à des messes post-mortem pour assurer le salut de leur âme.
A ce stade les testaments du notaire Reynaud semblent tous porter les mêmes termes.
Pierre multiplie les intercesseurs, Dieu, Marie et Jésus-Christ afin de s’assurer quelques garanties supplémentaires sur le chemin vers le paradis. Ceci nous révèle les craintes et les angoisses de Pierre face à la mort et au devenir de son âme. Il n’oublie pas de préciser son choix quant à la destination de son corps après son décès, « tombeau de ses feux predecesseurs trespassés ». Enfin, Pierre demande à son héritière, sa fille Jeanne, et à ses frais, de « convoquer deux prêtres à l’octave et la fin de l’an pour une messe chantée », deux étapes peut-être en lien avec la décomposition du corps. L'Octave des Défunts est une neuvaine commémorée le 2 novembre selon la tradition catholique ; pendant plusieurs jours consécutifs les fidèles participent à des prières. L’octave de l’An se déroule entre le jour de Noel et le jour l’an.
L’histoire retient la piété affirmée des populations tout au long du 17ème siècle, piété qui transparait dans les testaments.
En fin de cérémonie, Pierre et Marot, après la procession, sont conduits en terre.
Le 28 aout 1684, Marot, tisserand au Tabac à Léguillac de l’Auche, le notaire royal Reynaud indique « lequel, estant au lit couché mal disposé de sa personne, toutes fois par la grace de Dieu en ses bons sens memoyre et entandement, considerant qu’il n’y a rien au Monde si certain que la mort ny chose plus incertaine que l’heure d’icelle ». Le notaire royal Reynaud reprend mot pour mot les mêmes termes que le testament de Pierre.
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| Eléments disparus de l’église de Léguillac de l’Auche, (S.h.a.p.) |
Mondine en 1628 à Léguillac de l’Auche
« L'année 1628 fut très mauvaise. La famine, la guerre et la peste envahissaient les provinces de France, même celle du Périgord qui fut surchargée de tous les Limousins réduits à la faim et qui furent nourris avec la libéralité des gens de bien. Il s'y trouva plus de 6000 pauvres auxquels on faisait l'aumône générale aux deux portes de la ville de Périgueux, savoir, celle de Taillefert, entre les deux villes et à celle du Pont » - Journal de Pierre Bessot.
Le 2 mars 1628, Mondine Meyssensas, épouse de Martial Martrenchard, est inhumée « ad sanctos » dans l’église de Léguillac. Le curé Charrière procède aux sacrements. (430/782 - Ad Dordogne).
Contrairement aux Meyssensas, les Martrenchard ou Mastrenchard ne sont pas nombreux en Périgord. Un couple est présent à Périgueux vers 1614 avec Martial de Martrenchard, tailleur. La plupart sont répartis entre Léguillac de l’Auche et Annesse entre 1621 et 1670. Nous ne connaissons pas la catégorie socio-professionnelle de l’époux de Mondine. Le seul lien avéré est la présence lors de deux baptêmes en 1624 et 1626 de deux familles de notables Léguillacois, les De Linard et les Rapnouilh.
Se seront donc les réseaux de sociabilité qui vont vraisemblablement entrer en ligne de compte dans le choix de la sépulture « ad sanctos ».
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| Chapiteaux de l’église de Léguillac de l’Auche |
Sur une période de 15 ans (1611-1626) il coexiste peut-être deux Mondine Meyssensas sur la paroisse de Léguillac de l’Auche, l’une au hameau d’Armagnac et l’autre dans le bourg de Léguillac de l’Auche mais difficile de l’affirmer…..
Le 11 mars 1611, Mondine est marraine du petit Pierre, fils de Jehan Meyssensas et Marguerite Simon, hameau non localisé. Le menuisier Pierre Simon est parrain.
En décembre 1611, Mondine est marraine de Mondine Meyssensas, fille de Marot et de Catherine Barzac de Font-Chauvet, le parrain se nomme Jehan Meyssensas.
En mars 1612, Neymard Meyssensas est fils d’Andrieu et de Janne Vergniaud de Font-Chauvet, marraine Mondine, parrain autre Neymard Meyssensas.
Le 6 janvier 1621, Bernichon Veyssière nait de Léonard et Jane Martrenchard, Mondine est marraine.
Le 18 décembre 1622, Mondine Meyssensas fille de Tony Meyssensas et de Catherine Barzac, de Font-Chauvet, sont parrain Gabriel Barzac et marraine, Mondine Meyssensas.
Le 26 septembre 1623, Mondine nait au hameau de Caroly, fille de Guilhem Vergnaud et Marie Gontier, Mondine Meyssensas est marraine.
Le 13 février 1624, Mondine est marraine du petit Charles du Martrenchard, fils de Mathieu et de Raymonde Rapnouilh, tous habitants du bourg.
Le 8 aout 1624, Mondine est marraine d’Anthoyne, fils d’Anthoine et de Catherine Barzac du hameau de Font-Chauvet. Le parrain Anthoyne Meyssensas et Mondine habitent le hameau d’Armagnac.
En décembre 1626, Mondine est à nouveau marraine du petit Jean du Martrenchard, fils de Jean et Sicarie De Linard habitants tous le bourg. Le parrain Jehan de Linard signe l’acte.
La plupart des baptêmes se déroulent entre décembre et mars, pic des naissances, en dehors donc des impératifs de la vie économique et des travaux agricoles.
Marguerite en 1672 à Annesse
Le 2 février 1672, le prêtre Mourcin inhume dans l’église Sainte-Blaise, Marguerite Meyssensas, habitante du « village » des Fieux, paroisse d’Annesse, agée de « 42 ans ». Les marguilliers Arnaud (épouse Marie Dufour) et Sicaire Desenrens (épouse Marguerite Bouchillou) sont présents. Les litres funèbres extérieure et intérieure des de La Roche-aymon sont déjà présentes sur l’église Saint-Blaise.
Marguerite est vraisemblablement fille de Pierre Meyssensas et Martialle Bournet née le 2 janvier 1633, décédée à l’age de 39 ans et non 42 ans. (Ad Dordogne-94/648). Le parrain se nomme Léonard Chastanet, la marraine, Marguerite de Langlade, en présence de Guilhou Simon et Pierre Meyssensas.
L'emplacement du village d'Anesse aurait été choisi par Saint-Hilaire de Poitiers lors d'un voyage en Périgord pour venir vénérer les reliques de Saint-Front. S'ensuivit la construction d'un oratoire vers l'an 360 puis son évolution en chapelle au 9ème siècle et enfin l'édification de l'église au 11ème siècle.
Au 15ème siècle, le choeur polygonal est bâti et témoigne du remaniement important de ce bâtiment roman.
En effectuant des recherches sur l’inhumation « ad sanctos » de Marguerite, j’ai découvert l’acte de baptême de son fils unique, Pierre, fruit d’un viol. Marguerite a été abusée sexuellement en juillet 1653 par un cavalier de l’armée du Seigneur de Sauveboeuf lors de la Fronde qui sévit en Périgord entre 1648 et 1653. (voir l’article sur l’agression sexuelle de Marguerite paragraphe « Implantations » - Annesse).
Le château de Belle-Ile à Annesse, à la toute proximité de l’église Sainte-Blaise, est l’une des demeures de la famille de Bourdeille dont est issue la première femme de Joseph de La Roche-Aymon, Marguerite de Bourdeille. Le portail et la demeure du 17ème siècle conservent encore le souvenir du passage de Marguerite Meyssensas en 1672. L’inhumation de Marguerite dans l’église a-t-elle un lien avec l’évènement survenu en juillet 1653 ?
Jeanne en 1679 à Léguillac de l’Auche
Jeanne Meyssensas, agée de 20 ans, est inhumée par le curé Château dans les tombeaux de ses prédécesseurs par le curé Château le 27 septembre 1679 (Ad-Dordogne 777/782). En étudiant attentivement les écrits du curé Château, les mentions « les tombeaux de ses prédécesseurs » correspondent bien à des inhumations dans le petit cimetière de Léguillac de l’Auche.
Le notaire Rondet Pierre est inhumé « dans l’église » le 2 octobre 1679.
Thony en 1681 à Léguillac de l’Auche
Le curé Mazouny à la particularité de mentionner « dans les tombeaux de ses prédessesseurs », « dans le cimetière » ou parfois même sans indication. Thony est enterré le 16 janvier 1681 à l’age de 70 ans, les présents, marguilliers la plupart du temps ne sont pas indiqués (Ad - 1/259).
Thony ou Antoine est l’époux de Guilhonne Roquet marié avant 1643. Lors de la naissance de l’un de leurs enfants, Marie, son parrain se nomme Pierre de Linard, fils de Pierre de Linard bourgeois de Périgueux.
Catherine en 1681 à Léguillac de l’Auche
Le 3 février 1681, Catherine Meyssensas est enterrée par le curé Mazouny dans « les tombeaux de ses prédessesseurs » à l’age de 50 ans après avoir reçu les sacrements (Ad - 1/259). Est-ce l’une des sœurs de Thony, du village « d’Armaignac » ?. Le curé Mazouny ne mentionne que très rarement le lieu d’habitation du défunt. Thony et Catherine sont inhumés dans le petit cimetière de Léguillac de l’auche.
Le 8 juillet 1688, Marsaudou Meinssesas, 60 ans, métayer à Sainte-Geline (Chantegeline), habitant le village de Merle est inhumé dans « les tombeaux de ses prédessesseurs » par le curé Vidal en présence de Jean et Marot Chabanas. Lors de son mariage en 1651 avec Guilloune Bibaud, Marsaudou est laboureur. Son fils Sicaire dit Garçon eu maille à partir avec le prieur de La Faye au temps de Louis XIV. Marsaudou est inhumé dans le cimetière de Léguillac.
Jean en 1754 à Saint-Sulpice de Mareuil
Jean Meissensas est né en 1694. Lors de son décès le 30 janvier 1754, Jean habite Saint-Sulpice de Mareuil. Jean est « enseveli dans les tombeaux de ses ancêtres » ors Jean n’est pas originaire de Saint-Sulpice. Le curé Saunier est le desservant de la paroisse, cependant c’est un curé différent qui inhume Jean Meyssensas accompagné de Jean et Léonard Ranou qui n’ont signé « pour ne scavoir de ce enquis ». Le curé Saunier indique la plupart du temps « enseveli dans le présent cimetière », ou « enseveli dans la présente église », plus rarement « enseveli dans les tombeaux de ses prédécessseurs », on trouve une seule fois le 28 avril 1752 la mention enterré « dans les tombeaux de ses prédécesseurs dans le cimetière ».
Il parait peu probable en effet que Jean, étranger à la commune, ait pu être inhumé dans le cimetière dans un espace réservé à une famille Meyssensas.
L’église romane de Saint-Sulpice-de-Mareuil fut construite au 12ème siècle. Elle possède une nef unique et un avant-chœur voûté d’une coupole au-dessus de laquelle se dresse un clocher carré. Le portail est richement décoré (anges, griffons)
Le nom de la paroisse est lié à Saint-Sulpice, archevêque de Bourges au 7ème siècle qui selon la légende serait né près d'Excideuil.
Catherine en 1766 à Mensignac
Le 16 mars 1766 est enterrée dans l’église de Mensignac, Catherine Messencas agée de 4 ans décédée au village des Combareaux en présence de Léonard Varaillon et Jean Chabreyrou, sacristains. Le curé desservant se nomme Banizette. (Ad-77/535). L’inhumation dans l’église a-t-elle un lien avec la famille Meyssensas du village des Chalards dont l’un des membres, Simon sera enterré en 1773 dans l’église ? voir article « 1773 - La sépulture de Simon - Le privilège de reposer dans l’église » dans Implantations. Les Combareaux dérive de Combe en gaulois « Cumba », la vallée sèche.
Léonard Varaillon sera inhumé dans l’église de par sa fonction de sacristain. La famille Chabreyrou est implantée sur Mensignac aux alentours de 1600 comme les Varaillon. (réf : registre paroissial de Mensignac)
Simon en 1773 à Mensignac
En 1766, Simon est « enterré dans l’église en des tombeaux de la fabrique » de Mensignac. Le curé Guines de Gardes officie avec deux sacristains, Léonard Varaillon et Jean Chabreyrou. Voir article consacré à l’inhumation de Simon dans la rubrique « Implantations » et village de Mensignac.
Le tableau répertorie les inhumations « Ad Sanctos » et « dans les tombeaux des prédécesseurs ».
En 1683 le curé Mazouny les 14 et 20 du mois d’octobre inhume deux enfants en bas âge de la famille Veissière habitant la Font de l’Auche à Mensignac. Une enfant Veissière d’un an sans prénom « en danger de mort à la maison dans le village de la Font de l’Auche par certificat du curé Rey de Mensignac en présence de son père Pierre Veissière et de Naillat Grandou, qui l’avont ondoyé ». Une deuxième tout jeune enfant d’un jour décède 7 jours plus tard, sans prénom, « fille de Martin Veissière, maître menuisier, de la Font de l’Auche et de Gabrielle Tailleferie, ondoyée en la maison en danger de mort, en présence de Guillaume Guinabert, maître serrurier, et Pierre Veisière qui ne savent signer »
Quelques jours après, le 8 avril 1652, au matin, Marsandou Meyssenssas pense ses derniers instants venus, en effet, une éclipse de soleil « asses consydérable » commence entre neuf et dix heures de matin. La peur est si grande dans le village que « chacun s’est disposé comme si c’était les derniers jours du monde. L’ensemble des habitants de Léguillac se confessent et communient ». Marsandou « fait ses provisions d’herbes et de bois pour parfumer sa maison afin de chasser les mauvaises vapeurs des ténèbres de l’éclipse ». On raconte que quelques huguenots se seraient convertis à la religion catholique ……
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| Montanceix |
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| Extrait de la carte de l’Evêché de Périgueux édité en 1679 réalisée par Guillaume Sanson - (1633-1703) et ses incohérences. |
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| Guillaume Le Boux |
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| Les décès tout au long de l’année 1693 |
Le clergé paroissial paye un lourd tribu
1736 - conflit entre le curé de Léguillac et le prieur de La Faye
Le 21 mars 1764, le curé Bussenoux rédige l’acte de baptême de Marie Meissensas fille de Bernard habitant le bourg.
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| Acte de décès par le curé Saulnier le 20 juin 1726 |
« Le 18 février 1778, avant midy au bourg de Léguillac de Lauche, archiprétré de Valeuil, diocèse de Périgueux, dedant le presbitère, et en vertu de la commission de Monseigneur l’Illustrissime, le Révérentissime Evêque dudit Périgueux, …….. à la demande de Messire de Valbrune, habitant de son château, le fief de La Batut, paroisse de Saint-Astier, nous a dit scavant et mémoratif, de la naissance, le bapteme, de ses enfants, en présence de gens connus et dignes de foy » dont Martin Neyssensas, voiturier du village de Tamarelle, à Saint-Astier, ne sachant signer, accompagné de Géraud Lafaye, domestique, Gabriel Dumarchapt dit Ladouze, Martial Gendraud du présent bourg qui tous témoignent de la naissance de Françoise de Valbrune, le huit may 1742.
Sous la direction de César-François Cassini de Thury la représentation de l’église de Léguillac avant 1800.
Réalisé en 1808, le plan de l’église, parcelle 490, indique bien la partie gothique, au Nord, à l’Est, Sud et Ouest l’ancien cimetière et, au sud et à l’est, les contreforts du chevet.
La cloche de 405 kilos est refondue avec le même poids, à Saint-Emilion, par Emile Vauthier et bénite le 13 septembre de la même année par le curé Nuc. Dédiée à Saint-Cloud, le maire Bardy est parrain et marraine Emilie Malherbe, veuve Rapnouil.
« l’église de Léguillac était l’un des édifices romans les plus anciens et les plus intéressants, non seulement du Périgord, mais même de France » Marquis de Fayolle en 1903
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1841 - Epidémie de suette militaire
Statistiques sur Léguillac de l’Auche
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| Côte : 41 Fi 12 - A39P20 - dessin réalisé en 1894 par A Roumejoux - Archives Départementales de Périgueux |
La suette militaire, document référencé aux Archives - 5 M 25, est définie par des « sueurs très abondantes accompagnées d'éruption de vésicules emplies d'un liquide jaunâtre, pas plus gros qu'un grain de millet et aussi serrées les unes contre les autres que le sont des grains sur les épis d’une plante. S'y ajoutent de fortes poussées de fièvre ainsi que des maux de tête. »
Le décès intervient dans les 2 jours. A Trélissac, 20 à 30% des malades décèdent avec 42 morts en 16 jours. La létalité moyenne en Périgord s’élève à 13%. En termes de comparaison le choléra atteint les 50%.
Petite encyclopédie médicale du professeur Hamburger :
« La suette miliaire est caractérisée par l'existence de sueurs profuses, de fièvre, d'une éruption vésiculaire, parfois de gêne respiratoire et de troubles cardio-vasculaires ayant pu entraîner la mort. Caractère épidémique localisé possible dont l’origine reste inconnue »
L’épidémie, en provoquant une véritable panique collective, atteint l’ensemble des classes de la population, pauvres comme bourgeois ou nobles, les « mieux nourris ». En presque deux années, le Périgord comptabilise 19281 malades et 1125 décès, soit 6%. Les malades, souvent plus jeunes que plus âgés, en bonne forme, habitent le plus souvent en zone élevée.
Comme chez leurs voisins, la peur s’amplifie au sein des familles Neyssensas. Charles, Antoine et Jean le savent, l’épidémie s’étend rapidement et les victimes meurent le plus souvent en deux jours. Et bien souvent, comme en 1832, la suette accompagne précède ou suit une autre épidémie de rougeole ou de choléra.
Il va falloir pourtant reprendre confiance pour faire échec à la peur, les médecins de Périgueux vont bientôt apporter leurs aides…… et surtout rassurer une partie de la population souffrant brusquement de maux qu’ils assimilent à tort à la suette.
Le recensement en 1841
La paroisse est encore habitée par quelques familles Neyssensas, dernières descendantes en ligne directe de Guillaume Meyssensas, aubergiste dans le bourg en 1526.
Les Neyssensas ont quitté définitivement le bourg après la révolution. Nous les rencontrons localisés dans quatre hameaux.
Armagnac, hameau habité par un seul couple : Charles Neyssensas, cultivateur, son épouse Marie Fénelon et leurs enfants, Charles, Léonard, Louis, Marie, Anne, et Anne Lamy, veuve et mère de Charles.
Lépine, avec Antoine Neyssensas, 61 ans, agriculteur, décédé en novembre 1841 quelques mois après Catherine, 67 ans, décédée en mars et non mentionnée sur le recensement. On relèvera 3 décès à Lépine.
Le But, comptera 2 décès. L’épidémie épargnera les couples Jean Neycensas, cultivateur, son épouse Antoinette Dupont et Guillaume Neycensas, son épouse, Antoinette Dauriac, leur fils Jean et leur fille Marguerite, leur oncle, Jean, et Elie Neycensas, domestique.
Perpezat, le dernier hameau encore habité par une descendante de Guillaume, Marguerite Neyssensas et son époux Jean Dupeyrat, cultivateur, épargnés par l’épidémie.
En 1841 Léguillac de l’Auche comptabilisent 29 décès dont 11 dus à la suette
Deux Neyssensas décèdent en 1841 : Catherine et Antoine - hameau de Lépine
Le mois de Septembre reste le mois le plus préoccupant pour la municipalité
Les hameaux et l’épidémie
Brève analyse de l’épidémie de suette militaire à Léguillac de l’Auche en 1841
Il semble que l’épidémie débute à Léguillac dès 1840, le nombre de décès passant d’une moyenne annuelle habituelle de 14 décès à 20, pour atteindre un seuil de 29 décès en 1841, pour enfin ralentir en 1842, le nombre de décès s’établissant à 18.
Par catégorie socio-professionnelle, 11 habitants sans activité professionnelle décèdent, 6 cultivateurs et 3 agriculteurs, 2 domestiques, 1 apprenti-charron, 1 mendiant, et 5 nourrissons dont 2 venant de l’hospice de Périgueux. L’abandon d’enfants, puis le placement étaient, si ce n’est courant, en tout cas accepté avec, dans la décennie 1 enfant abandonné pour 27 naissances. Les couples pauvres délaissaient plus facilement les filles, les garçons étant potentiellement des bras supplémentaires pour entretenir les terres.
La moyenne d’âge des défunts est de 42 ans tous sexes confondus, 43 ans pour les femmes avec 17 décès, et 40 ans pour les hommes avec 12 décès.
La plupart des décès ont lieu le matin avec 16 décès, 5 l’après-midi et 8 le soir. Les lieux dont le nombre de décès est le plus élevé sont Martinie, le bourg de Léguillac avec 4 décès, 3 décès à Lépine, puis 2 à Belair, le But, le Maine, et Sireix. 10 autres hameaux compteront 1 décès sur l’année 1841.
Le plus grand nombre de décès se situe dans le courant du mois de septembre avec 13 décès.
Les autres mois comptabiliseront entre 1 et 3 décès mensuels.
La presse locale traite quotidiennement de l’épidémie …….
La presse locale et la suette militaire
La presse, l’Echo de Vésone, en cette année 1841 relaye les informations de terrain.
L’Echo de Vésone du 9 septembre 1841
Réf Ad Périgueux : PRE 417-15
L’épidémie continue
Une des conséquences de l’épidémie
Les médecins, Lestang, Piquet, Laferrière, Lanauve, Moreau, Maigne, Larobertie, et Theulier redoublent d’efforts pour soigner les patients, à Razac, Annesse, Marsac, Coulounieix, Trélissac, Antonne, Boulazac, Saint-Aquilin, Léguillac de l’Auche, La Chapelle-Faucher et Saint-Pierre de Côle. Les habitants de Périgueux quant à eux peuvent compter sur les médecins de Limoges et autres villes alentours.
L’abandon
L’Echo de Vésone du 16 septembre 1841
Les remèdes
18 septembre 1841
L’épidémie se termine à Périgueux
La vie du village de Léguillac de l’Auche reprend son cours en fin d’année 1842.
Réf : Mémoire de la Dordogne - une épidémie oubliée par A. Sadouillet-Perrin - page 38.
La maladie et son double par C. Beauchamp en 1993 - Persée.
Parrot - Histoire de l'épidémie de suette militaire qui a régné en 1841 et 1842 dans le département de la Dordogne.
1843 - Le procès de Marguerite et Antoine
L’ensemble des informations présentes dans l’article sont extraites de documents consultables en ligne auprès des Archives de la Dordogne et du site de généalogie Généanet.
La mise en ligne des registres d’écrou du département de la Dordogne nous éclaire sur un procès qui fit date et jurisprudence à Périgueux en 1843.
Pour le 19ème siècle et le début du 20ème siècle, il existait plusieurs catégories de détention et autant de séries de registres d’écrou.
Ont été étudiés en particulier les registres de la Maison d'arrêt et de correction de Périgueux qui enregistrent les prévenus en attente de jugement devant le tribunal correctionnel.
2Y80 - Registre d'écrou des prévenus et inculpés - arrêt et correction (table).
2Y108 - Registre d'écrou des accusés et condamnés - maison de justice auprès du tribunal criminel et de la cour d'assises.
2Y140 - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table).
2Y141 - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table).
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La petite Marguerite Neyssensas nait à Léguillac de l’Auche le 9ème jour du mois de Prairial, en l’An X (17 septembre 1802) à 9 heures du soir, des époux Pierre Neyssensas, 31 ans, tisserand et Jeanne Veyssière, 27ans, habitants le chef-lieu de Léguillac de l’Auche. Les témoins se nomment Bernard Simon, 22 ans et Jean Patissou, 58 ans, habitants du bourg.
Marguerite est petite-fille du couple Guillaume et Marguerite Dupuy, mariés le 14 novembre 1765 à Montrem. L’ascendance n’a pas été recherchée.
L’acte est signé au temps de la gouvernance de Napoléon Bonaparte, au pouvoir depuis 1799 après le coup d'État du 18 Brumaire, nommé premier consul à vie à partir du 2 août 1802. Il est sacré empereur en la cathédrale Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804 par le pape Pie VII.
On rencontre le père de Marguerite aux archives de la Dordogne……. Quelques années auparavant.
« La Convention, le 24 février 1793, décrète l'état de réquisition permanente pour tous les citoyens âgés de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants. Pierre Neyssensas, 25 ans, (erreur sur la date de naissance), tisserand à Léguillac est requis pour habiller les soldats. Son père Guillaume est cultivateur.
Pierre est réquisitionné pour habiller les soldats, de ce fait il lui est interdit de travailler pour aucun particulier. Les matières premières ne tardent pas à faire défaut, les prix augmentent sensiblement. Les besoins considérables en habillement se composent d’habits, vestes, culottes, paires de guêtres d’étoffe, chapeaux, sacs de toile, sacs de peau, chemises, paires de bas, cols noirs et cols blancs ». Réf : blog partie « Guerre ».
Marguerite semble être la fille unique du couple. Ses parents sont décédés avant son mariage en 1827, avant l’âge de 56 ans pour Pierre et 52 ans pour Jeanne. A ce jour après recherches sur les tables décennales, leurs décès n’apparaissent sur aucun registre ?
Le 22 février 1827, Marguerite, 25 ans, épouse à Léguillac de l’Auche, Antoine Lejeune, 23 ans, garçon charron né à Mensignac le 18 mars 1804. Les témoins se nomment Martial Garreau, 29 ans, servant à gage, Jean Baptiste, 34 ans, menuisier, Pierre Soulier, 63 ans, charpentier, habitants Léguillac, et Jean Naboulet, 46 ans, cultivateur, habitant du village de Beaulieu, commune d’Annesse.
La famille Lejeune à des origines Belges depuis la fin du 17ème siècle, en Wallonie, province de Liège. Le père d’Antoine, Jean Joseph Lejeune décède en Belgique en avril 1812 lors d’une épidémie de dysenterie qui fait des coupes sombres au sein de la population Belge. Antoine est alors âgé de 8 ans.
La mère d’Antoine, Marie Pautard, Mensignacoise de naissance, habite en 1827 le hameau du Chalup situé à 1 km 5 de Mensignac avec son fils Antoine. Les parents d’Antoine eurent 5 enfants, le 1er enfant en 1798, le dernier enfant en 1808, tous nés à Mensignac.
Le parcours de Marguerite et Antoine s’inscrit dans un contexte de fragilité économique des campagnes. En 1830, la population rurale du Périgord est majoritairement composée de petits paysans et de journaliers vivant dans des conditions précaires. Les difficultés économiques, combinées à l’augmentation des impôts et à l’insécurité foncière, nourrissent un fort ressentiment envers les élites locales.
Les attaques et pillages de châteaux lors de la révolution de Juillet 1830 traduisent une violence sociale dirigée contre les symboles de la domination nobiliaire, perçue comme responsable des inégalités persistantes. Ces actions ne sont pas uniquement politiques : elles relèvent aussi d’une contestation économique et sociale.
La peur du retour de l’ordre féodal et la mobilisation des élites
Face à cette agitation, la petite bourgeoisie et la noblesse réagissent rapidement en armant les gardes nationales, ce qui montre la crainte d’un soulèvement paysan généralisé. Cette réaction révèle la fracture sociale profonde entre élites et populations rurales.
Même si les droits féodaux ont été abolis juridiquement en 1789, leur souvenir reste très vif dans les campagnes. La peur du retour de la dîme et des corvées, mentionnée pour 1849, illustre la persistance d’une mémoire collective marquée par l’exploitation seigneuriale. Cette angoisse structure durablement les comportements politiques ruraux.
La politisation progressive des campagnes (1830-1849)
Il existe une continuité entre les révolutions de 1830 et de 1848. Dix-huit ans après la révolution de Juillet, les campagnes répondent de nouveau à un appel antiféodal lors de la révolution de Février. Cette répétition souligne une politisation croissante du monde rural, qui ne se limite plus à des violences spontanées mais s’exprime aussi par le vote.
Le succès des socialistes aux élections législatives de 1849 en Dordogne s’explique par leur capacité à capter ces peurs et ces attentes, en se présentant comme les défenseurs des paysans contre les abus des notables locaux. Le vote devient ainsi un prolongement de la contestation sociale.
Marguerite et Antoine habiteront Léguillac de l’Auche durant quelques années (1827-1841). Leurs 3 enfants naissent à Léguillac entre 1828 et 1834. En 1831, le recensement nous indique qu’Antoine est charron dans le bourg. Un seul autre charron est en activité dans l’un des hameaux de la paroisse de Léguillac, il s’agit de Jean Veyssière, 50 ans.
Quelques temps après, le couple quitte Léguillac. En 1841 le recensement localise Antoine et ses 3 enfants, rue de Périgueux à Lisle, à 15 km au nord de Léguillac dans l’une des habitations situées à la sortie du village en direction de Périgueux.
Les trois enfants du couple n’ont que quelques mètres à parcourir pour rejoindre l’école gratuite située dans la maison personnelle de l’instituteur Monsieur Naboulet sise rue de Périgueux, trop mal aérée et exiguë pour accueillir 52 élèves en 1850. Monsieur Naboulet prendra sa retraite en 1861.
Antoine partage son activité de charron avec le maréchal-ferrant Léonard Gaillard, situé tout à côté, et la rue de Périgueux ne manque pas de petits métiers à cette époque, boulanger, cordonnier, galocher, coutelier, cabaretière, chevrier, menuisier, tailleur de pierres et d’habits, aubergiste. Aujourd’hui la place de la Forge à l’entrée du village est un souvenir du maréchal-forgeron et du charron de la rue de Périgueux.
On remarque sur la partie haute de la maison de gauche une fenêtre du 16ème, l’une des maisons les plus anciennes du village, à droite l’entrée d’une habitation avec encadrement classique du 18ème siècle avec une évocation simplifiée des chapiteaux antiques accompagnant la moulure d’imposte.
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| Le village de l’Isle |
On note que Marguerite n’est pas mentionnée en 1841 sur le recensement l’Islois, en effet, Marguerite, 39 ans, est employée en qualité de domestique-cuisinière chez Madame de Saint-Cyr à Périgueux à 21 km de Lisle.
Il est vrai que l’état des routes s’améliore sensiblement après 1830. En effet avant 1840, « aucune route proprement dite ne sillonne encore la vallée de la Dronne. C’est à peine si quelques vieux chemins ont eu quelques réparations. Les Lislois vont à Périgueux à pied, les plus fortunés font le voyage à cheval. Il y a quelques voitures publiques d’une lenteur désespérante ». Histoire de Lisle par l’abbé Farnier en 1945.
En 1835, l’enquête de Cyprien Brard souligne l’absence de route départementale traversant Lisle, le maire espère que sous peu, un complément à la départementale de Périgueux à Ribérac sera mis en service.
Marguerite, domestique-cuisinière, est gagée pour l’entretien et le service de la « domus », dans un sens plus large, « domestique » signifie celui qui demeure chez un maître et dans une même maison.
Le métier de cuisinière, une profession largement invisibilisée ?
Marguerite, éloignée de sa famille, est cantonnée à la cuisine domestique considérée comme secondaire.
Au sein d’une hiérarchie genrée, les hommes revendiquent la haute cuisine, considérée comme un art noble, technique et créatif, les femmes sont assignées à la « cuisine ménagère », perçue comme naturelle, instinctive, liée au foyer plutôt qu’au prestige.
Le statut de cuisinière de maison bourgeoise.
Marguerite a été retenue pour un emploi de cuisinière sans contrat et vit chez Madame de Saint-Cyr qu’elle suit parfois lors de ses déplacements. Elle n’a pas de droits sociaux (congés, salaires déclarés, assurance…).
Les conditions de travail sont difficiles. On exige de Marguerite des journées de 12 à 14 heures, peu ou pas de repos et une constante perfection. En l’absence d’apprentissage, Marguerite a appris « sur le tas », par observation et transmission orale et doit savoir cuisiner sur mesure, faire preuve d’adaptation permanente, avoir une gestion économique (forfaits par convive) et recycler rationnellement les restes.
Marguerite, comme une grande partie des cuisinières du 19ème siècle, souffre d’une mauvaise réputation sociale (clichés de voleuses, ignorantes, impliquées dans « l’anse du panier »). L’anse du panier pour une domestique, une employée de maison, est la majoration du prix des courses pour gagner sur son patron.
Les méfaits commis par des employés de maison ne sont pas rares ainsi, « la nommée Marie Rebière, servante chez Mr Rebière, propriétaire à Nantheuil, vient d’être arrêtée comme incendiaire. Elle est prévenue d’avoir mis le feu à quelques objets de valeur déposés dans le grenier de la maison habitée pas ses maîtres. » l’Echo de Vésone - mars 1841.
Le 8 avril 1843 auprès de la Cour d’assises de la Dordogne, « le nommé Jean Dumas, âgé de 18 ans, est accusé de plusieurs vols, commis chez le sieur Carbonnière, pendant qu’il servait en qualité de domestique, et après qu’il eût été renvoyé pour ce fait.
Les vols principaux, ceux pour lesquels il est poursuivi, ont eu lieu, après sa sortie, à l’aide d’escalade et d’effraction intérieur. Le premier vol était d’une somme de 1100 francs, le second de 400 francs. Dumas a avoué son crime. Il a été condamné à 4 ans de prison et aux frais ». L’Echo de Vésone d’avril 1843.
En ce temps-là : Périgueux en 1841 ne manque pas d’activités : extraits de L’Echo de Vésone
Les mouvements du port : sont arrivés le 23 décembre 1840, Sarragos, la Société, sel et avoines, venant de Libourne.
Le 24, Granger, les Deux-Frères, denrées coloniales venant de Bordeaux.
Le 1er janvier 1841, Martin, l’Espérance, sel et planches de pin venant de Libourne.
Le 1er janvier, Cassias, le Jeune Dulon, tabac et bois de Nerva venant de Bordeaux.
Les départs du port de Périgueux :
Le 24 décembre 1840, Lafaye, les Deux Rochers, feuillard pour Bordeaux.
Idem, Simondet, le Saint-Etienne, madriers de noyer pour Bordeaux.
Idem, le Héros, fer et carrassonne pour Bordeaux.
Au théâtre : Dimanche prochain 10 janvier 1841, pour la clôture définitive, le Gymnase Castelli donnera une première représentation de Napoléon Bonarparte, ou le Petit Caporal, vaudeville en 1 acte, Henri IV en famille, vaudeville en 1 acte, le Dépit Amoureux, haute comédie en vers en 1 acte, Les Couplets d’adieu aux habitants de Périgueux.
Bal paré et masqué : Février 1841
« Périgueux est entouré de séductions ; les plaisirs lui naissent de toutes parts. Demain Dimanche, bal paré et masqué au Grand Café de la Comédie, spectacle et bal paré masqué au théâtre. C’est à ne s’y pas reconnaitre, c’est à perdre la tête et à ne savoir auquel entendre. Tous nos dimanches, d’ici mardi gras, doivent ainsi être filés de festivals parés et masqués, de soirées vénitiennes, de tombolas, et parsemés de débardeurs, de positions, de hussards, de Mazaniellos, de Figaros, de dominos de toutes les couleurs, joyeuses, étincelantes et tournoyantes planères de notre zodiaque périgourdin ».
Février 1841 :
« On dit que l’ordre vient d’être donné pour que les gendarmes, tant à pied qu’à cheval, portent désormais moustache comme tous les autres corps qui composent notre armée ».
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Pendant ce temps, une nuit de février 1841, le quotidien de Marguerite et Antoine bascule vers l’irrémédiable.
Le couple est reconnu coupable de vol domestique chez Madame de Saint-Cyr qui se porte partie civile. Une fois sa plainte entendue par les juridictions répressives, le juge d'instruction du tribunal civil, Raymond Courtois est saisi. Le code d'instruction criminelle établit une procédure inquisitoire et secrète qui accorde bien peu de droits aux victimes durant la phase d'instruction.
Raymond Courtois (domicile : Faubourg Saint-Martin) transmet un mémoire auprès de la chambre des mises en accusation de Bordeaux. « Par arrêt de la cour Royale de Bordeaux, chambre des mises en accusation en date du 3 juillet 1843 », Marguerite et Antoine sont convoqués devant la cour d’Assises de Périgueux le 19 aout 1843.
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L’Echo de Vésone du 1er aout liste les affaires qui doivent être jugées pendant la session extraordinaire de ce mois d’aout 1843.
16 aout, Jean Liotou, meurtre, Jean Guilhem, vol.
17 - Simon Reynaud, assassinat - Pierre Tronche, vol.
18 - Rodolphe Zehender , assassinat, Guillaume Juge, vol.
19 - Jeanne Neycensas, Antoine Lejeune, Jeanne Guinot, vol.
21 - Delusin, homicide - Castang, vol.
22 - Delmont, faux témoignage - Trufy, vol.
23 - Hyves et Fr Authier, vol - Quilhac et Andreau, fausse monnaie.
24 - Jamain, faux.
26 - Pajot, vol et faux – Vilaine, vol.
Lors de l’audience du 16 aout, une session extraordinaire s’ouvre sous la présidence de Monsieur le conseiller Mimaud.
« Monsieur le président, après l’appel de Messieurs les jurés, leur a adressé un discours dans lequel il leur a rappelé leurs devoirs en général et la juste sévérité que leur imposait notamment la multiplicité des vols dans le département, circonstance qui a obligé à ouvrir une session extraordinaire d’assises.
Après l’allocution, les débats de la première affaire commencent…. Avec un certain Liotou, accusé de meurtre ».
Les jurés ne sont pas non plus à l’abri des vols !!!
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Puis vint le 19 aout avec l’affaire qui nous concerne plus particulièrement.
Les faits tels qu’ils sont relatés dans L’Echo de Vésone du 20 aout 1843
« Dans le courant du mois de février 1841, une somme d’environ 8000 francs fut dérobée à la veuve dame de Saint-Cyr, dans un placard de la maison qu’elle possède à Périgueux. Le vol ne pouvait avoir été exécuté que par quelqu’un connaissant bien les localités. Mme de Saint-Cyr avait alors pour cuisinière la femme Lejeune, pour femme de service une nommée Jeanne Guinot, et pour domestique Georges Choury. Ce dernier fut seul soupçonné ; mais aucune poursuite ne fut dirigée contre lui.
Choury ne resta que peu de temps chez Mme de Saint-Cyr ; les femmes Lejeune et Guinot n’en sortirent que dans les six derniers mois de 1842.
Ce premier vol paraissait oublié, lorsqu’au mois de janvier dernier (1843), le nommé Gabriel Tourenne, envoyé à Périgueux par Mme de Saint-Cyr, qui se trouvait à la campagne, s’aperçut qu’un vol de linge avait été commis, par des individus qui s’étaient introduits dans l’appartement à l’aide d’effraction ; et bientôt après, M. le commissaire de police, appelé sur les lieux, constata le vol d’une somme de 6000 francs, placée dans un petit placard, dont la serrure avait été forcée.
Ce second vol éveilla l’attention de la justice ; on découvrit que les époux Lejeune, dont la position était on ne peut plus gênée avant l’entrée de la femme chez Mme de Saint-Cyr, faisaient maintenant beaucoup de dépense et achetaient même des immeubles qu’ils payaient comptant. Une perquisition eut lieu chez eux et amena la découverte d’argent dont ils ne purent justifier la propriété.
Bientôt, enfin, la femme Lejeune avoua les vols qui lui étaient imputés ; mais accusa de complicité Jeanne Guinot et Georges Choury, qui avaient, disait-elle, partagé avec elle les dépouilles de Mme de Saint-Cyr.
Jeanne Guinot, questionnée à son tour, nia toute participation au vol, mais confessa qu’elle avait reçu une somme de 720 francs, qu’elle savait provenir de la soustraction commise.
Quant à Choury, il protesta énergiquement de son innocence, et les investigations de la justice ont prouvé qu’il était faussement accusé par la femme Lejeune ».
En ce qui concerne Lejeune lui-même, malgré de constantes dénégations, de graves présomptions le présentent comme complice de sa femme.
En conséquence, Marguerite Neycenssas, femme Lejeune, Antoine Lejeune et Jeanne Guinot, épouse Buisson, sont accusés de soustractions frauduleuses, à l’aide d’effraction intérieure.
Les charges qui s’élevaient contre les accusés ayant été complétement justifiées aux débats, le jury, après trois heures de délibération, a rendu un verdict de culpabilité, à la suite duquel la femme Lejeune a été condamnée à dix ans de travaux forcés avec exposition, son mari à dix ans de réclusion avec exposition et la femme Guinot à une année de prison ».
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| Palais de Justice de Périgueux |
Chronologie des évènements qui se déroulent avant la tenue de la Cour d’Assises de la Dordogne le 19 aout 1843.
Condamnation des principaux protagonistes du cambriolage
Nous apprenons à la lecture de L’Echo de Vésone du 23 avril 1843 que les gendarmes procèdent à l’arrestation de quatre voleurs de Mme de Saint-Cyr, Marguerite et Antoine Lejeune le 14 avril, Jeanne Guinot et Georges Chouri le 17 avril après dénonciation de leur complicité par Marguerite. Georges Chirou sera disculpé quelques mois plus tard.
Georges Chouri
Georges, né à Trélissac le 31 octobre 1810, se marie au Change le 9 février 1841. Georges, domestique, est âgé de 31 ans, son épouse, Marguerite Vacher, 22 ans, est née au Change en 1819.
Georges, pendant quelques mois, sera suspecté de vol au domicile de Mme de Saint-Cyr.
Arrêté à Trélissac le 17 avril par la police en vertu d’un mandat d’amener délivré par le Juge d’instruction de Périgueux, Georges Chouri, cultivateur, est accusé de vol. Après avoir était entendu au commissariat, il est incarcéré à la maison d’arrêt de Périgueux le 20 avril 1843 accompagné par le gendarme Vigier. Le concierge Blanchard signe le registre d’accueil. Le 21 avril, Georges Chouri passe à la maison d’arrêt et de correction sous le numéro 279.
Georges Chouri, porte « une casquette en velours, une cravate en soie noire, une chemise en toile, un gilet en drap bleu, une veste en drap bleu, un pantalon en drap bleu, une paire de soulier, le tout en mauvais état ». Georges, 33 ans, « nez long, taille 1 m 62, cheveux, sourcils et yeux châtains, menton rond, visage ovale, front découvert, teint coloré », est accompagné de l’huissier Châsteau, porteur d’un ordre délivré par le juge d’instruction auprès du tribunal de première instance de Périgueux, Raymond Courtois ; l’huissier signe l’acte d’écrou.
« Chouri, protesta énergiquement de son innocence et les investigations de la justice ont prouvé qu’il était faussement accusé par la femme Lejeune ».
48 jours après son incarcération, une ordonnance délivrée par le procureur auprès du tribunal civil de Périgueux indique « qu’il n’y a pas lieu de suivre », Georges Chouri quitte libre la maison d’arrêt le 7 juin 1843.
Georges décède en 1895 à l’âge de 84 ans.
Jeanne Guinot
Arrêtée à Escoire le 17 avril par la police en vertu d’un mandat d’amener délivré par le Juge d’instruction de Périgueux, Jeanne Guinot, couturière, « femme Buisson » est accusée de vol. Après avoir était entendu au commissariat, Jeanne est incarcérée à la maison d’arrêt de Périgueux le 20 avril 1843 accompagnée par le gendarme Vigier. Le concierge Blanchard signe le registre d’accueil. Le 21 avril, Jeanne passe à la maison d’arrêt et de correction sous le numéro 278.
Jeanne est fille de Jean et Marie Desmarton, née à Saint-Pierre de Côle le 28 mars 1816. Jeanne s’est mariée le 8 janvier 1843 avec Jérôme Buisson à Escoire. Un peu plus de 3 mois après son mariage, Jeanne est en prison.
La fiche d’écrou numéro 278 (réf 2 Y 80) nous donne quelques informations supplémentaires sur Jeanne, âgée 26 ans, « 1 m 45, nez mince, bouche moyenne, cheveux et sourcils châtains, menton rond, visage ovale, front couvert, teint pâle et yeux gris, sans marque particulière ».
Jeanne est vêtu d’un « fichu de tête en coton brun à raies blanches, un fichu de cou brun et jaune, une chemise en toile, une robe en laine grise-foncée, un tablier en coton rouge, une paire de bas en laine noire, une paire de soulier, le tout en assez bon état ». L’huissier se nomme Chasteau et le juge d’instruction Raymond Courtois. Jeanne est inculpée immédiatement de vol.
Jeanne est transférée à la maison de Justice sous le numéro 106, « en vertu d’une ordonnance de la chambre des mises accusation de la Cour Royale de Bordeaux en date du 3 juillet 1843 ».
Le 4 aout 1843 Jeanne Guinot se présente au greffe de la maison de Justice de Périgueux accompagnée du sieur Chasteau.
Le 23 novembre suivant, « le procureur du Roi (Gérard Dumonteil Lagrèze) ordonne au gardien chef de la maison de correction de recevoir et garder la nommée Jeanne Guinot » sous le numéro 26.
« Par arrêt de la cour d’assise de la Dordogne séant à Périgueux en date du 20 aout 1843, la nommée Guinot Jeanne est déclarée coupable, d’avoir volé une certaine quantité de linge au préjudice de Mme de Saint-Cyr sans circonstances aggravantes et a été condamnée à la peine d’un an d’emprisonnement, la dite a commencé à subir sa peine le 20 aout 1843 ».
Jeanne « est radiée d’écrou en vertu d’un ordre écrit du procureur du Roi motivé sur l’expiration de la peine de Guinot Jeanne, le 19 aout 1844 ».
L’article de l’Echo de Vésone du 23 aout 1843 mentionnait « Jeanne Guinot, questionnée à son tour, nia toute participation au vol, mais confessa qu’elle avait reçu une somme de 720 francs, qu’elle savait provenir de la soustraction commise ».
Les registres d’écrou consultés ne mentionnent plus la somme de 720 francs.
Marguerite Neyssensas
Le registre d’écrou de Périgueux (référence aux Ad de Périgueux - 2Y80) mentionne l’entrée à la Maison d’Arrêt de Marguerite Neyssenssas le 14 avril 1843, accompagnée de l’huissier « Jean-Baptiste Chasteau jeune, nouvellement nommé par ordonnance royale du 9 février 1843 près du tribunal civil de Périgueux, en remplacement du sieur Peyroulet. Le sieur Chasteau a prêté serment à l’audience du tribunal le 2 mars courant ». (L’Echo de Vésone de mars 1843).
Jean-Baptiste Chasteau, huissier du parquet, habite rue Notre Dame.
« Nous Raymond Courtois, juge d’instruction près le tribunal de première Instance séant à Périgueux, mandons et ordonnons à tous exécuteurs et mandements de Justice de saisir et conduire dans la Maison d’Arrêt de Périgueux la nommée Neyssensas Marguerite, inculpée de vol, ordonnons au Gardien Chef de la recevoir et garder suivant la Loi. Périgueux le 14 avril 1843. Signé Raymond Courtois ».
Marguerite, sans profession, demeure à l’Isle avec sa famille. Son signalement est décrit avec précision : « âgée de 38 ans, taille 1 m 60, nez long et pointu, grande bouche, cheveux noir-gris, menton long et plat, sourcils noir-gris, visage ovale, front découvert, teint pâle, et yeux châtains ».
Avant son entrée en cellule, Marguerite porte « un mouchoir de tête pareil à un turban, une chemise en toile de coton, une robe Napolitaine marron, une paire de bas en laine noire, une paire de chausson en lisière de toile, le tout en assez bon état ».
Robe Napolitaine : étoffe de laine fine et douce.
Chausson en lisière de toile : La lisière est une réutilisation de la bordure d’un drap, en ficelle ou lanière pour tenir les enfants en bas âge, mais aussi pour la confection de chaussons fabriqués à partir de drap, de lisière, de laine, de flanelle, de toile, de fil, de coton……
Après son admission en cellule Marguerite doit se vêtir d’une robe, d’un tablier, de bas de laine, d’un fichu, et de chaussons et sabots. Le tissu médiocre et rugueux utilisé pour sa confection donne son surnom à cette tenue : le « droguet ». Sa couleur peut varier, mais reste volontairement terne et peu salissante, oscillant entre le marron et le gris. À cela s’ajoute la coupe des cheveux.
« Par arrêt de la cour Royale de Bordeaux, chambre des mises en accusation en date du 3 juillet 1843, la nommée Neycensas Marguerite a été renvoyée devant la cour d’assises de la Dordogne sous l’accusation de crime de vol la nuit, à l’aide d’escalade et d’effraction extérieure et intérieure, au préjudice de Mme de Saint-Cyr.
Le même arrêt porte qu’elle sera conduite dans la maison de Justice de Périgueux avec injonction au gardien chef de recevoir et garder. En se conformant à la loi, fait et jugé en la Chambre du Conseil par la cour Royale de Bordeaux le 3 juillet 1843 ».
Le commis greffier Bordelais se nomme Saladin, Place de la Concorde à Bordeaux.
Le 4 aout 1843, Marguerite est transférée à la Maison de Justice de Périgueux sous le numéro 105 et franchit la porte du 10 de la Place du Coderc accompagnée de l’huissier Chasteau qui présente un ordre délivré par Monsieur le procureur du Roi de Périgueux.
Marguerite et son époux Antoine Lejeune attendent leur passage devant la cour d’assises de la Dordogne prévue le 19 aout 1843.
La décision du tribunal conclue à la culpabilité de Marguerite et d’Antoine : En conséquence, Marguerite Neycenssas, femme Lejeune, Antoine Lejeune et Jeanne Guinot, épouse Buisson, sont accusés de soustractions frauduleuses, à l’aide d’effraction intérieure.
Les charges qui s’élevaient contre les accusés ayant été complétement justifiées aux débats, le jury, après trois heures de délibération, a rendu un verdict de culpabilité, à la suite duquel la femme Lejeune a été condamnée à dix ans de travaux forcés avec exposition, son mari à dix ans de réclusion avec exposition et la femme Guinot à une année de prison ».
Marguerite et Antoine : le vol domestique de janvier 1843
Analysons la qualification juridique du vol domestique dans le Code pénal de 1810, en soulignant que la sévérité de la peine ne repose pas uniquement sur l’acte de vol lui-même, mais sur la dimension morale et sociale de la trahison commise par un domestique envers son maître. (Marguerite viole la confiance du maître, rompt le rapport d’autorité, menace symboliquement l’ordre social bourgeois, même si dans son cas elle n’était plus employée lors du vol). Il montre également comment, en pratique, les jurys du 19ème siècle atténuent souvent ces sanctions, ne jugeant pas toujours le vol domestique aussi grave que ne l’entend le législateur.
L’organisation juridique du vol dans le Code pénal : le vol est qualifié selon : le moment (jour ou nuit), le lieu (maison habitée, édifice religieux, champ, etc.), les moyens utilisés (effraction, escalade, fausse clé…), la qualité de l’auteur (domestique, apprenti, aubergiste, etc.). Certaines circonstances aggravantes ne s’appliquent que si plusieurs d’entre elles sont cumulées (exemple : vol de nuit + escalade ce qui est le cas pour Marguerite).
En revanche, la qualité de domestique est toujours en soi aggravante, même sans circonstance supplémentaire.
Le vol domestique est donc pensé comme une attaque contre la hiérarchie maître-serviteur, une atteinte à la sécurité matérielle mais surtout à l’ordre de classe.
Certains penseurs du 18 et 19ème siècle dénoncent la sévérité excessive des sanctions, la primauté donnée à la défense des biens matériels, ce qui révèle les valeurs bourgeoises dominantes.
La pratique judiciaire, souvent plus compréhensive face à la misère et à la banalité des vols domestiques démontre une forme d’adoucissement de la répression.
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Le vol domestique en milieu rural au 19ème siècle, peut-il être considéré comme une forme de contestation sociale des domestiques, envers leurs maîtres.
Les domestiques à gages (domestiques, valets, journaliers, métayers, bergers…) sont souvent dans une situation de fragilité sociale et économique. Le vol qu’ils commettent ne relève pas seulement de la misère extrême « les époux Lejeune, dont la position était on ne peut plus gênée avant l’entrée de la femme chez Mme de Saint-Cyr », mais souvent d’une réaction à l’exploitation, aux frustrations ou aux injustices subies et peu, peut-être, s’apparenter à une auto-justice contre un maître considéré comme injuste. Ce vol devient alors un acte individuel de résistance sociale, reflet des tensions du rapport maître-serviteur.
Les vols portent souvent sur de la nourriture ou quelques vêtements, quelques sommes d’argent modiques.
Le profil des voleurs : Majoritairement des hommes (79 %), souvent très jeunes, moins de 26 ans dans 61 % des cas, ils vivent une condition instable, précaire, souvent transitoire, constituant une main-d’œuvre mobile et isolée.
Des rapports sociaux révélés malgré le discours de confiance morale, dans la pratique, un rapport maître-serviteur fondé sur la méfiance, enquête, surveillance, fouilles, soupçons sont fréquents et un faux pas détruit irréversiblement la relation. Le voleur est vite exclu du marché du travail local.
Dans la majorité des cas, les maîtres ne portent pas plainte immédiatement « Dans le courant du mois de février 1841, une somme d’environ 8000 francs fut dérobée à la veuve dame de Saint-Cyr, dans un placard de la maison qu’elle possède à Périgueux. Le vol ne pouvait avoir été exécuté que par quelqu’un connaissant bien les localités. Mme de Saint-Cyr avait alors pour cuisinière la femme Lejeune, ce premier vol paraissait oublié, lorsqu’au mois de janvier dernier (1843) … ».
Marguerite, malgré peut-être quelques soupçons, reste au service de Mme de Saint-Cyr toute l’année 1841 et le 1er semestre de 1842, A-t-elle était renvoyée ?
On ne sait ce que Marguerite invoqua pour sa défense, si dans un premier temps elle accuse Jeanne Guinot et Georges Choury d’avoir commis le forfait, peut-être dans un deuxième temps, invoque-t-elle la misère ou la faim « un vol nécessaire », l’injustice ou la dureté de sa maîtresse ?
L’Echo de Vésone et les registres d’écrou montrent que le vol domestique dans les campagnes, villes et villages du 19ème siècle est très courant dans les archives judiciaires. Perçu par l’État comme un crime grave, le vol domestique est souvent réinterprété avec indulgence par les jurés. Tel ne fut pas le cas pour Marguerite et Antoine qui substituèrent une somme considérable pour l’époque : 16875 francs soit 39375 euros.
Pourvois en cassation
Les époux Lejeune se pourvoient en cassation pour vice de procédure. En effet, l’huissier Chasteau a omis de fournir la liste du jury aux époux Lejeune, la veille de l’établissement du tableau des jurés. En soit cela constitue bien ouverture à cassation en vertu de l’article 395 du Code d’instruction criminelle. Les époux Lejeune se présentent auprès de la cour Royale de Bordeaux le 5 octobre 1843.
Le cout de l’acte d’exploit par l’huissier s’élève à 9 francs 65 centimes et Chasteau, de préciser à la Cour « j’ai remis copie à l’accusé parlant à sa personne », et la cour de conclure qu’il ne résulte pas de l’exploit d’huissier qu’une copie ai été remise aux époux Lejeune mais seulement à l’un deux sans en préciser son nom.
À l’issue du nouveau procès, la condamnation est confirmée et les accusés se voient imposer le paiement des frais du premier procès ainsi que des frais de la « procédure à recommencer ».
L’huissier Chasteau est également condamné à prendre en charge les frais supplémentaires en raison d’une faute commise dans l’exercice de sa fonction.
Jean-Baptiste Chasteau se pourvoi en cassation après l’arrêt de la Cour de Cassation du 5 octobre 1843, mais aussi les époux Lejeune qui vont être entendu à nouveau le 7 décembre 1843 par la Cour d’assises de Bordeaux.
L’arrêt Chasteau fait jurisprudence en 1844 et devient l’arrêt 3625 sous l’intitulé :
« Frais et dépens - Procédure annulée - Condamnation - Frais ».
« Lorsqu'un officier ou magistrat instructeur, ayant commis une nullité, a été condamné aux frais de la procédure à recommencer, conformément à l'art. 415, la Cour d'assises qui prononce une nouvelle condamnation pénale contre l'accusé peut le condamner aux frais des deux procédures, mais seulement pour la garantie du trésor et sans préjudice de l'obligation principale, existante à la charge de l'auteur de la nullité ».
« Attendu que la Cour d'assises de la Gironde, par suite du renvoi ordonné par la Cour de cassation, a dû, comme elle l'a fait, condamner les époux Lejeune à payer la totalité des frais avancés par le trésor, tant sur la première que sur la seconde procédure, sauf la solidarité précédemment prononcée contre Jeanne Guinot, par l'arrêt de la Cour d'assises de la Dordogne, qui n'a été cassé que sur le pourvoi des époux Lejeune ; qu'ainsi les droits du trésor sont à couvert et que l'art. 368 a été observé ;
Attendu, d'une autre part, que l'huissier Chasteau condamné par arrêt de la Cour du 5 octobre 1843, comme coupable d'une faute grave, à payer les frais de la procédure à recommencer, a été constitué débiteur principal envers le trésor public, et sans répétition contre les époux Lejeune, desdits frais, et non simple garant de la solvabilité desdits condamnés; que ces frais ont été légalement liquidés par l'arrêt attaqué, tant en vertu du renvoi prononcé par la Cour de cassation, qu'en exécution dudit art. 415, distinctement de ceux avancés sur la première procédure annulée.
D'où il suit que l'arrêt attaqué n'a commis aucun excès de pouvoir, a sainement appliqué l'art. 368 du Code d’instruction criminelle, et s'est conformé à l'arrêt de cassation du 5 oct. 1843, qui a renvoyé les époux Lejeune devant ladite Cour d'assises de la Gironde, en liquidant, comme elle l'a fait, les nouveaux frais à la charge du demandeur, rejette le pourvoi de l’huissier Chasteau ». Réf : Bulletin des arrêts de la Cour de cassation rendus en matière criminelle - Du 1er juin 1844 - Cour de cassation - M. Isambert rapporteur.
La Cour d’assises de renvoi a-t-elle violé les articles 368 et 415 du Code d’instruction criminelle en mettant à la charge des accusés Lejeune et de l’huissier Chasteau les frais de la procédure recommencée après cassation du 5 octobre 1843 ?
Ancien collège de Guyenne - Palais de justice de Bordeaux
qui recevra les époux Lejeune, les 5 octobre et 7 décembre 1843
Cet arrêt consacre plusieurs principes propres au droit criminel du 19ème siècle : la reprise après cassation implique une nouvelle liquidation des frais. Le jugement de renvoi doit reconsidérer l’ensemble des dépenses judiciaires. Les accusés restent responsables des frais de justice, même si une partie de la procédure a été annulée. L’auxiliaire de justice fautif (ici Chasteau) peut devenir directement débiteur des frais causés par sa faute. L’arrêt conforte une conception budgétaire du procès pénal : le trésor public ne doit rien perdre.
Les époux Lejeune peuvent être condamnés aux frais des deux procédures, en conformité avec l’article 368.
L’huissier Chasteau, ayant commis une faute professionnelle, est légitimement tenu de supporter, comme débiteur principal, les frais de la nouvelle procédure, selon l’article 415.
Les droits du Trésor public sont préservés, ce qui suffit à justifier la solution. L’arrêt montre un système procédural où les accusés bénéficient peu des effets favorables d’une cassation.
Les époux Lejeune se pourvoient à nouveau en cassation et se présentent devant la Cour de cassation de Bordeaux le 7 décembre 1843.
« Sortie le 1er novembre 1843, conduite à Bordeaux devant la cour d’assises de la Gironde sous la responsabilité du gendarme soussigné Barbancey, chef d’escorte ».
Réf : Maison d'arrêt et de correction de Périgueux, 8 avril 1842-16 janvier 1848, 2 Y 108.
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| Les tours de l'ancien Hôtel-de-ville de Bordeaux, vers 1840 |
Dans le même temps à Périgueux …….
La condamnation définitive des époux Lejeune
Par arrêt de la cour d’assises séant à Bordeaux en date du 7 décembre 1843, Marguerite, « domestique-cuisinière est déclarée coupable de vol commis par deux personnes dans une maison habitée à l’aide d’effraction extérieure et intérieure et d’escalade et encore par un domestique à gages, a été condamnée à la peine de dix ans de travaux forcés en vertu de la loi du 17 avril 1832.
Le Procureur Général de la Cour Royale de Bordeaux valide l’acte de transfèrement de Marguerite le 31 décembre 1843.
La dite a commencé à subir sa peine le 11 décembre 1843, jour de l’expiration du délai pour le pourvoi ». Signé par le greffier Marqué. (2 Y 108)
En l’absence d’information précise, il est possible que Marguerite ai été incarcérée du 1er novembre 1843 au 11 janvier 1844 à la nouvelle prison départementale du fort du Hâ. En effet, les détenus Bordelais sont transférés dans la nouvelle prison le 16 août 1843. Aucune information n’est notée concernant sa détention à Bordeaux lors du 1er pourvoi en cassation le 5 octobre 1843.
« Chaque détenu est renfermé dans une chambre particulière où il ne verra personne, pas même le guichetier qui lui apporte à manger par un guichet pratiqué par la porte d’entrée de la chambre. Elle est disposée de manière qu’il pourra, par ce guichet, voir le prêtre qui célébrera tous les dimanches la messe au bout du dortoir. Ce sera le seul vivant avec lequel il lui sera permis de communiquer pendant la détention ».
À la fin du 19ème siècle, les prisons du Hâ ont servi de lieu de rétention pour les femmes de toute la région qui, condamnées par la justice, étaient rassemblées à Bordeaux pour embarquer vers la Nouvelle-Calédonie afin de s’y marier avec d’anciens bagnards devenus colons.
Le retour de Marguerite et d’Antoine à la prison de Périgueux
Marguerite et Antoine quittent Bordeaux le 11 janvier 1844 afin d’être exposée publiquement le 24 janvier comme l’indique le jugement de 1ère instance de Périgueux, confirmé en Cassation. Ils sont accompagnés par le gendarme Barbancey.
Leurs regards se croisent peut-être pour la dernière fois avant d’être incarcérés.
Marguerite, sous l’autorité des Sœurs de Nevers, est présente à la prison de Périgueux lors de la visite de l’abbé Audierne fin janvier 1843.
La prison de l’ancien couvent des Augustins située aux 22 allées de Tourny, (Détention de Marguerite entre les 14 avril 1843 et 18 février 1844), ferme ses portes en 1862 ; les prisonniers sont transférés dans la nouvelle prison, 2 place Belleyme. Aujourd’hui l’emplacement de l’ancien couvent est dédié au Musée d'Art et d'Archéologie du Périgord.
L’Exposition publique de Marguerite et Antoine
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| Une demande de grâce dispensant de l’exposition publique |
Le pourvoi en grâce de Marguerite est validé par le pouvoir souverain et elle ne sera donc pas exposée publiquement. Marguerite quitte la Maison d’arrêt de Périgueux à destination de la prison pour femmes de Cadillac le 18 février 1844. (2 Y 141)
Marguerite à cet instant quitte le Périgord et ne reverra pas Antoine et ses trois enfants pendant toute la durée de son incarcération.
L’exposition publique d’Antoine, le 24 février 1844,
se déroule Place Francheville pendant 1 heure.
L'exposition publique est une peine infâmante prévue par l'article 22 du Code pénal de 1810 : « Quiconque aura été condamné à l'une des peines des travaux forcés à perpétuité, des travaux forcés à temps ou de la réclusion, avant de subir sa peine, sera attaché au carcan sur la place publique : il y demeurera exposé aux regards du peuple durant une heure; au-dessus de sa tète sera placé un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation ».
La Loi du 28 avril 1832 modifie l’exposition qui se fait à présent sans l’attachement au carcan. L’exposition est supprimée le 12 avril 1848 par décret. « Quiconque aura été condamné à l'une des peines des travaux forcés à perpétuité, des travaux forcés à temps ou de la réclusion, avant de subir sa peine, demeurera, durant une heure, exposé aux regards du peuple sur la place publique. Au-dessus de sa tête sera placé un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation ».
Les expositions publiques se déroulèrent jusqu’en 1839, Place du Coderc, puis se déplacèrent place du Foirail ou Place Francheville.
Pierre Delcouderc, âgé de vingt-sept ans, rendu célèbre par ses crimes, y fut exécuté le 16 avril 1845.
Deux condamnés, lors de la même session de la Cour d’Assises que Marguerite et Antoine, Pierre Tronche pour vol et Jean Liotou pour meurtre, sont exposés Place Francheville en octobre 1843, pendant une heure.
En 1843, Périgueux ne manque pas d’activités
« Périgueux est vraiment une ville de prédilection pour les plaisirs. Les bals se succèdent assez rapidement, et pourtant ils sont nombreux et brillants, comme on ne les vit jamais. Le deuxième grand bal de la préfecture a été encore plus beau que le premier. Le petit salon de jeu a été envahi par les danseuses, et il s’y est formé un fort beau quadrille.
L’immense salle à manger de la préfecture avait été transformée en salle de jeu. Les tables de à jouer étaient au nombre de vingt. Les curieux qui circulaient autour de ces tables chargées de lumière et occupées par d’actifs partenaires, donnaient une animation toute particulière à cette salle, qui faisait la suite et le pendant de la salle de bal. Le vestibule était orné et décoré fort élégamment, c’était un spectacle vraiment royal que cette longue ligne de lustres. Le bal a été gai, animé, cordial et s’est prolongé jusqu’à 4 heures du matin ».
« Monsieur Auguste a donné dimanche dernier sa première représentation de prestidigitation et de ventriloquie. On peut dire hardiment, et sans craindre d’être démenti, qu’on ne vit jamais dans notre ville un escamoteur de sa force et un ventriloque aussi étonnant. Mardi soir, le spectacle sera complété par des intermèdes de fantasmagorie, et des scènes de dislocation des frères Marseillais ».
« Le bal donné hier par Monsieur de Trémisot, maire de Périgueux, et ses administrés, a été le plus nombreux qui se soit vu dans notre ville, de mémoire de danseurs, même les plus émérites Pour recevoir une affluence aussi considérable, il eut presque fallu les salons de l’hôtel de ville de Paris… »
Le transfert de Marguerite à la prison de Cadillac
« Transfert de Marguerite Neyssensas à Cadillac par la voiture cellulaire n°5 sous la responsabilité du soussigné fondé de pouvoir de Monsieur Guillot Père et fils aîné, entreprise de transport cellulaire des condamnés ». Marguerite est accompagnée par le gendarme Sauvajon.
Réf : Transfèrements - Registre d'écrou - dépôt et passagers (table) 9 juin 1843 au 10 mai 1846 référence 2 Y 141
Le transport cellulaire des condamnés selon le marché passé avec l’entreprise Guillot père et fils ainé.
Article 1
« Un brigadier de gendarmerie sera préposé à la conduite des forçats depuis le lieu de départ de la voiture cellulaire jusqu'à destination ».
Vu notre décision du 29 juin 1837, portant que « les hommes condamnés à la peine des travaux forcés seront ferrés au moyen d'anneaux passés aux jambes et réunis par une chaîne ».
Article 3
« Les femmes condamnées, quelle que soit la nature de leur peine, ne seront point enchaînées. Seulement les poucettes pourront leur être mises, sur l'ordre du brigadier. Les femmes seules pourront conserver leurs souliers ».
Les entrepreneurs fourniront à chaque forçat les effets d'habillement et autres prisonniers qui serviront dans toutes les saisons :
Article 14
« Une chemise de chanvre ou de lin, Un bonnet de laine ou de coton, une cravate de couleur en coton, une casaque du modèle de celle des bagnes, un pantalon et une limousine, dont une partie sera d'étoffe jaune et l'autre d'étoffe gris, un gilet sans manches.
En hiver, les entrepreneurs fourniront, en outre, à chaque condamné, un caleçon en tricot de coton, en été, de semblables caleçons seront tenus en réserve dans chaque voiture, pour être distribués aux forçats qui souffriraient de la rigueur du temps. L’étoffe de ces vêtements sera de laine et fil. Pour la chaussure, en été, une paire de chaussons en droguet, fil et coton, avec doubles semelles, en hiver, une paire de demi-guêtres et une paire de chaussons en droguet, fil et laine, avec doubles semelles. Ils fourniront également des sabots à chaque forçat ; aucun ne pourra être autorisé à faire usage de bottes ou de souliers ».
Après un premier marché passé avec Guillot père et fils ainé pour le transport des forçats, un nouveau marché est passé le 6 février 1839 pour 9 années, avec extension pour le transport des condamnés destinés aux maisons centrales de force et de correction et ce à partir du 1er mars 1839.
Article 18
La nourriture des forçats se composera, en route, savoir :
« Le matin, pour le déjeuner, d'un demi-kilogramme de pain, et de 32 grammes de fromage ou de charcuterie, ou d'un œuf dur, au choix de l'administration.
Le soir, pour le dîner, d'un autre demi-kilogramme de pain et de 125 grammes de lard, saucisson, jambon, veau, mouton, porc ou bœuf, sans os. Le pain sera de la même qualité que celui de la troupe. La nourriture sera la même pour les autres prisonniers. Toutefois elle ne leur sera due qu'autant qu'ils n'auront pas reçu la ration du jour avant de quitter la prison, et s'ils ne doivent pas être déposés à leur destination le jour même, savoir : du 1er mai au 31 octobre, avant 7 heures du soir, et du 1er novembre au 30 avril, avant 5 heures ».
La prison de Cadillac en 1844
Le château de Cadillac est transformé au 19ème siècle en première maison centrale pour femmes en France (1822-1891), puis en maison de correction pour jeunes filles (1891-1952). La prison de Cadillac est une institution totalitaire, où l’enfermement, la moralisation religieuse et le travail forcé se combinent pour contrôler et redéfinir le rôle social des femmes.
Après son rachat par l’État en 1818, le château devient un laboratoire de la pénalité féminine. Les détenues, issues pour la plupart des classes populaires rurales, jeunes et analphabètes, sont condamnées surtout pour des crimes de survie (vols, infanticides, prostitution clandestine). L’administration pénitentiaire, toute-puissante et indépendante du judiciaire, y développe une triple logique punitive, rédemptrice et utilitariste. Cadillac est donc à la fois couvent, prison et usine.
L’institution va isoler physiquement et symboliquement Marguerite du monde extérieur : elle ne pourra correspondre et voir ses trois enfants, et sera sous surveillance constante, ses gestes et son temps seront uniformisés. Son quotidien sera rythmé par un règlement minutieux : lever à l’aube, longues heures d’atelier, prière, silence obligatoire. Cette discipline vise à briser toute individualité et à transformer les détenues en corps dociles et productifs.
La religion joue un rôle central : la prison fonctionne comme un couvent pénitentiel où la confession, la prière et la contrition servent à inculquer l’obéissance. Les Sœurs de la Sagesse assurent à la fois la surveillance, le soin et la moralisation des prisonnières. Le modèle religieux est instrumentalisé par l’État pour légitimer la domination masculine et sociale : la femme doit être soumise à Dieu, au mari et à l’ordre établi.
Parallèlement, la prison devient une manufacture textile importante, insérée dans l’économie industrielle régionale. Marguerite travaille dix à douze heures par jour pour des entrepreneurs privés, dans un système d’exploitation justifié par la morale du travail. Le travail pénal est présenté comme moyen de rédemption, mais sert surtout à produire une main-d’œuvre féminine disciplinée, préparée aux exigences du capitalisme industriel.
Ainsi, Cadillac incarne la fusion entre pénitence religieuse et productivisme économique, fondée sur la « nature féminine » supposée docile. Loin d’être un espace de réhabilitation, la maison centrale apparaît comme un outil d’asservissement social et genré, transformant la culpabilité en mécanisme de contrôle. Le modèle, reproduit dans d’autres établissements pour femmes, marque durablement la gestion du féminin dans les institutions disciplinaires modernes : une prison-couvent-usine où s’apprend la soumission.
L’emploi du temps des condamnées
« Lever des détenues : 6h30 pour la saison d’hiver (1er octobre-20 mars), 5h en saison d’été (20 mars-1er octobre). Entrée aux ateliers : 7h en hiver, 5h30 en été.
Distribution du café : aussitôt l’entrée dans les ateliers.
Travail : 7h30 à 10h en hiver, 5h30 à 10h en été.
Déjeuner : 10h toute l’année.
Promenade : 10h30.
Travail : 11h à 16h toute l’année.
Dîner : 16h.
Promenade : 16h30.
Travail : 17h à 20h toute l’année. Coucher : 20h en hiver, 20h30 en été »
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| Réfectoires au temps de Marguerite |
Comment-meurt-on à Cadillac ? Mourir à Cadillac signifie souvent succomber aux conditions extrêmes de détention. C’est un lieu d’enfermement total : isolement, discipline stricte, surveillance constante, travail forcé et encadrement religieux.
Une prison très mortifère : les registres d’écrou montrent :
1822-1825 : 17 % de décès (102 décès sur 610 détenues)
1848-1853 : 16 % (94 décès sur 573 détenues)
1864-1866 : environ 8,5 % - le taux le plus élevé du pays.
Les causes : faim et malnutrition (régime végétal, bouillon gras hebdomadaire), froid et manque d’hygiène, maladies pulmonaires dues à l’éclairage nocturne permanent dans les dortoirs, épuisement par le travail forcé dans les ateliers textiles, et enfin, mauvais traitements et privations disciplinaires. Le système d’alimentation oblige les détenues à produire toujours plus pour pouvoir se nourrir correctement - un cercle vicieux qui menait à l’épuisement et à la maladie.
Mourir à Cadillac, c’est mourir d’épuisement, de faim, de maladie ou de désespoir dans une institution qui se veut à la fois couvent, usine et prison.
Le château-prison de Cadillac symbolise l’apprentissage forcé de la docilité et de la servitude imposé aux femmes pauvres et « déviantes ».
La condamnation pour vol apparaît comme la principale cause d’enfermement des femmes à Cadillac. Le profil des femmes condamnées, elles viennent presque toutes des classes populaires rurales ou urbaines les plus pauvres, en moyenne, elles ont 34 ans, sont souvent analphabètes et exercent des métiers précaires : couturières, domestiques, journalières agricoles, fileuses, etc. Un quart sont mères célibataires.
« Article 1er. Le silence est prescrit aux condamnés. En conséquence, il leur est défendu de s’entretenir entre eux, même à voix basse ou par signes, dans quelque partie que ce soit de la maison. »
L’instauration de la règle du silence dans les prisons françaises s’applique à compter de 1839. Inspirée du modèle américain, cette règle vise à empêcher la « contagion » du crime entre détenus et à favoriser leur amendement moral. Le silence, associé à la solitude, doit renforcer le caractère punitif de la peine, empêcher les distractions, encourager la réflexion et le repentir, et maintenir la discipline. Cependant, cette mesure, très dure et souvent enfreinte, a été dénoncée comme une souffrance inutile et a finalement été supprimée en 1971-1972.
Marguerite décède le 22 mai 1847 à l’âge de 44 ans et 8 mois, à dix heures du matin à la Maison Centrale, décès déclaré par Jean Ganet, ancien tonnelier, âgé de 50 ans, gardien de la Maison Centrale et Pierre Buval, tisserand, 59 ans, employé à la Maison Centrale, tous deux ne sachant signer. Marguerite subira l’enfer carcéral de Cadillac pendant 3 ans, 2 mois et 27 jours.
Brève étude sur les décès au sein de la Maison Centrale de Cadillac en 1847
On recense 80 décès à Cadillac, dont la majorité est liée à la présence de l’hôpital Sainte-Marguerite, lequel devient, après 1838, un asile psychiatrique autonome exclusivement dédié au traitement des malades mentaux. Cette spécialisation explique en grande partie la surmortalité structurelle observée dans le village.
Environ un quart des décès survient au sein de la Maison centrale, avec 21 décès, parmi lesquels figure celui de Marguerite. L’âge moyen des condamnées décédées s’établit à 41 ans ; il descend à 39 ans si l’on exclut le cas atypique de Marie Sempé, décédée à l’âge de 83 ans. À l’inverse, Catherine Salaycta, morte à 20 ans, est la plus jeune condamnée recensée. Son décès souligne la violence du parcours carcéral, où l’enfermement, la maladie, la malnutrition et l’isolement social fragilisent des corps déjà éprouvés.
La répartition par âge montre une population relativement jeune : 6 condamnées ont moins de 30 ans, 6 ont entre 30 et 40 ans, tandis que 9 sont âgées de plus de 40 ans. Ces femmes meurent bien avant l’espérance de vie féminine du 19ème siècle.
Les décès sont plus fréquents aux mois de février et d’octobre, ce qui peut suggérer une influence saisonnière, possiblement liée aux conditions climatiques ou sanitaires (Epidémie de grippe de 1847). Les mois d’hiver et d’intersaison sont traditionnellement associés à une recrudescence des maladies respiratoires, des épidémies et à une aggravation des conditions matérielles dans les établissements fermés, où l’humidité, le froid et la promiscuité favorisent la diffusion des pathologies.
Concernant le moment du décès, 7 condamnées meurent le matin, 8 l’après-midi et 6 le soir, cette répartition horaire des décès (matin, après-midi, soir) ne fait pas apparaître de schéma net, ce qui tend à indiquer des morts liées à des processus de dégradation progressive plutôt qu’à des événements brutaux. Cette observation concorde avec l’image d’une mortalité lente, conséquence de maladies chroniques, de troubles mentaux sévères ou d’un affaiblissement général.
Enfin, l’origine géographique révèle un fort ancrage régional : la majorité des condamnées est issue de l’Occitanie et du sud de la Nouvelle-Aquitaine, avec une surreprésentation notable de trois départements - les Pyrénées-Atlantiques, le Lot et le Lot-et-Garonne, ce qui s’explique à la fois par la proximité géographique de Cadillac et par les logiques administratives de placement, qui favorisent l’envoi des condamnées dans des établissements relativement proches de leur département d’origine. Cette concentration régionale contribue à faire de Cadillac un lieu d’enfermement ancré dans son territoire, tout en participant à l’invisibilisation sociale de ces femmes, souvent coupées durablement de leurs réseaux familiaux.
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| Village de Cadillac |
Antoine Lejeune
Le parcours carcéral d’Antoine s’étudie de façon concomitante à celui de Marguerite jusqu’au 18 février 1844.
Lors de son admission à la Maison d’arrêt de Périgueux, le 14 avril 1843, Antoine porte « une casquette en drap bleu, une chemise en toile, un gilet en drap avec fond en couleur mélangée, une veste en drap café, un pantalon de même drap et même couleur, une paire de bas en coton bleu, une paire de soulier, le tout en bon état ».
Antoine, 39 ans, charron à Lisle, mesure « 1m 64, porte un nez long, une bouche moyenne, cheveux et sourcils grisonnants, menton rond, visage ovale et front découvert, les yeux gris et le teint brun ».
Antoine adopte, une fois en cellule, la tenue pénale d’usage, une vareuse, un pantalon, un gilet, un béret, des chaussons et sabots, à cela s’ajoute la tonte des cheveux, moustache et barbe.
A la demande du Juge d’instruction Raymond Courtois, l’huissier Chasteau présente au gardien-chef Blanchard, Antoine Lejeune pour son incarcération. Le gardien enregistre Antoine sous le numéro 271 sur le registre d’écrou (2 Y 80 - feuillet 93). A ce stade de la procédure, Antoine est prévenu de vol et fait l’objet de poursuites, Marguerite est déjà inculpée de vol. Le 4 aout 1843, Antoine est transféré à la Maison de Justice de Périgueux en vertu de l’ordonnance de la Chambre des mises en accusation rendue le 3 juillet par la Cour Royale de Bordeaux.
Le registre d’écrou de la Maison de Justice inscrit sur le registre d’écrou 2 Y 108, Antoine sous le numéro 107 - feuillet 36.
En première instance Antoine avait été condamné par la Cour d’appel de Périgueux à 10 ans de réclusion. Au sens judiciaire : La réclusion est une peine en matière criminelle. Peine afflictive et infamante, elle est définie comme suit dans l'article 21 du Code pénal de 1810 : « Tout individu de l'un ou de l'autre sexe, condamné à la peine de la réclusion, sera renfermé dans une maison de force, et employé à des travaux dont le produit pourra être en partie appliqué à son profit, ainsi qu'il sera réglé par le gouvernement. - La durée de cette peine sera au moins de cinq années, et de dix ans au plus ».
La peine de réclusion est abolie en France en même temps que celle des travaux forcés par l'Ordonnance du 4 juin 1960.
En cassation, la peine s’aggrave pour Antoine.
Le 7 décembre 1843, la Cour d’assises de Bordeaux dans son jugement condamne Antoine à dix ans de travaux forcés, « déclaré coupable de complicité de vol commis par deux personnes, dans une maison habitée, à l’aide d’effraction extérieure et intérieure et d’escalade et encore par une domestique à gages ».
Antoine « commence à subir sa peine le 11 décembre 1843, jour de l’expiration du pourvoi en cassation ». Le greffier Bordelais Marqué signe l’arrêt.
Le 24 février 1844, quelques heures après son exposition publique Place Francheville à Périgueux, Antoine quitte la prison pour être « transféré à Rochefort par la voiture cellulaire ».
Les bagnes de l’Océan - Rochefort
Antoine, à présent forçat, est acheminé de brigade de gendarmerie en brigade, depuis la prison de Périgueux par la voiture cellulaire. Il échappe au châtiment spectacle, l’exposition publique de la « chaîne », disparue en 1836. Antoine parvient à Rochefort 4 jours après, le 27 février, pour subir à présent l’invisibilisation de la violence pénale, désormais cantonnée à un espace clos, le bagne de Rochefort. Les forçats rochefortais proviennent de 22 départements correspondant à l’actuelle Nouvelle Aquitaine.
Le bagne de Rochefort en 1834
Les données chiffrées montrent clairement que Rochefort est le plus petit des trois bagnes encore en activité sous la Monarchie de Juillet. Les effectifs, bien inférieurs à ceux de Toulon et de Brest, tendent même à diminuer entre 1831 et 1836. Le développement des nouvelles technologies de la vapeur et du fer se poursuit inexorablement et s’accélère au début des années 1850.
La salle Saint-Antoine est réservée aux condamnés à vie, à long terme et aux suspects, elle est soumise à une surveillance particulière et son entrée est interdite à tout visiteur.
La salle Saint-Gilles accueille les forçats en couple, et en « chaussette - anneau simple à la cheville » moins lourdement condamnés, comme Antoine ; l’objectif reste de protéger les petits criminels récupérables et libérables. Contiguës à la salle Saint-Antoine, la « salle des doubles chaînes » pour les indociles.
Le bagne de Rochefort participe pleinement au système économique et militaire de l’État : la majorité des forçats est employée aux travaux de l’arsenal, à la traction des navires (la cordelle) ou au transport de matériaux lourds. Le bagne apparaît ainsi comme un réservoir de main-d’œuvre contrainte, indispensable au fonctionnement des infrastructures navales.
La confiance accordée par le commissaire du bagne permet à certains forçats d’accéder à des fonctions moins pénibles, (Antoine, en qualité de charron, bénéficia peut-être d’une détention moins contraignante en travaillant à la forge du bagne) tandis que les récalcitrants subissent des punitions sévères comme la « double chaîne » (deux forçats réunis à la même chaine). Le bagne fonctionne donc comme un microcosme social autoritaire, où l’obéissance conditionne les chances de survie et de relative amélioration du sort.
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| L’ancienne forge du bagne, transformée en atelier de petite chaudronnerie en 1882 |
En effet on doit mettre l’accent sur la mortalité exceptionnellement élevée du bagne de Rochefort due principalement aux « fièvres canicules », liées à l’environnement insalubre et au climat.Le chiffre final est accablant : sur environ 25 000 forçats accueillis en 82 ans, plus de la moitié sont morts en détention. Cette mortalité massive interroge directement la légitimité morale et politique du système des bagnes, qui apparaît moins comme un instrument de réinsertion ou de punition proportionnée que comme un dispositif d’élimination sociale.
Antoine apprend le décès de sa mère, Marie Pautard, 72 ans, cultivatrice, le 1er octobre 1846, après la déclaration de son gendre, Jean Valade, tisserand, 38 ans et Jean Bourdeillette, fossoyeur, 50 ans, habitants du bourg. Lors du recensement de 1846, Marie Pautard habite avec sa fille Marie Lejeune, 37 ans, son gendre Jean Valade, son petit-fils Bertrand 18 mois, son autre petit-fils, Jean Eugène, âgé de 13 ans recueilli par le couple après l’incarcération de ses parents. La famille habite rue Froide.
Peu de temps après, Antoine apprend le décès de sa femme Marguerite le 22 mai 1847.
Antoine quitte le bagne de Rochefort à la mi-février 1852 lors de sa fermeture définitive, transféré au bagne de Brest, il intègre son nouveau lieu d’incarcération le 28 février 1852. D’autres détenus furent envoyés dans les colonies pénitentiaires.
Les bagnes de l’Océan : Brest
Le registre du bagne de Brest révèle quelques changements physiques chez Antoine depuis le départ de la prison de Périgueux. (Matricules 2832 à 4000, cotes Shd 2 O 35 page 364/403.
Après quelques 8 années, 1 mois et 4 jours, passés au bagne de Rochefort, Antoine porte à présent « une barbe châtain foncé gris, une petite cicatrice à l’avant-bras droit, une autre à la naissance du poignet, une troisième au tibia de la jambe gauche et une cicatrice sur le derrière du cou ».
Après le bagne de Rochefort où l’intoxication palustre fait de nombreuses victimes, ou le choléra sévit en 1849, Antoine va devoir affronter l’humidité constante du bagne de Brest, cause du développement d’épidémies de scorbut et d’affections de voies respiratoires, la tuberculose restant la principale cause de décès (Phtisie pulmonaire).
« Pendant la période 1846 - 1852 étudié par Eugène Mongrand, 1307 forçats entrent au bagne de Brest atteint du scorbut, quant à Rochefort, il y sévit fréquemment. A Brest l’effectif moyen annuel, pendant la période, est de 2939 condamnés avec un taux de mortalité de presque 5 pour cent - 146 décès ». Concernant la tuberculose, sur 633 hospitalisés, près de 200 forçats décèdent, la pneumonie enlève 120 forçats pour 348 hospitalisés, sur 68 hospitalisés, 41 forçats décèdent de congestion cérébrale. Le Bagne de Brest considéré au point de vue hygiénique et médical - 1856 - par Mongrand
Antoine et la disparition des bagnes métropolitains au milieu du 19ème siècle
Le remplacement des bagnes en France s’effectue par un système de transportation pénale vers les colonies, notamment la Guyane. Ce changement majeur est dû principalement aux transformations économiques, sociales et sanitaires qui rendent les bagnes métropolitains obsolètes et montre comment la colonisation offre un nouveau débouché à la pénalité forcée.
En effet, la mécanisation des arsenaux et l’introduction de la machine à vapeur réduisent drastiquement les besoins en main-d’œuvre non qualifiée. Autrefois, les bagnards constituaient une ressource essentielle pour les travaux lourds de construction navale. Désormais, cette force de travail devient inutile et encombrante, ce qui renverse la logique économique ayant justifié l’existence des bagnes. Le bagne de Brest ferme en 1858.
La colonisation comme nouvelle justification du travail forcé
À l’inverse de la métropole, les colonies connaissent un déficit brutal de main-d’œuvre après l’abolition de l’esclavage en 1848. Les forçats sont appelés à remplacer les esclaves affranchis.
La transportation pénale devient un instrument de colonisation, permettant d’exploiter des territoires perçus comme hostiles et sous-peuplés. Le bagne n’est donc pas supprimé, mais déplacé géographiquement, révélant une continuité entre esclavage, travail forcé et pénalité coloniale.
On assiste à un glissement du bagne productif au bagne colonial, révélateur des mutations du 19ème siècle : industrialisation, abolition de l’esclavage, hygiénisme et impérialisme. Loin d’une suppression humanitaire des travaux forcés, la transportation pénale apparaît comme une reconfiguration utilitariste et coloniale de la peine, au service de l’économie et de l’expansion française.
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| 3D - Modélisation - Larvor D. |
En marge du parcours carcéral d’Antoine, un personnage connu, Eugène-François Vidocq, aventurier, bagnard repenti, détective et chef de la police française, séjourna au bagne de Brest. 54 ans avant l’arrivée d’Antoine. En 1798, Vidocq âgé de 23 ans parvient à s'échapper du bagne en se déguisant en matelot. Il y était emprisonné depuis deux ans pour faux en écritures.
La réinsertion sociale et professionnelle d’Antoine en 1853
Le parcours d’Antoine, en tant qu’ancien détenu, est rigoureusement encadré entre la sortie du bagne de Brest le 11 décembre 1853 et son lieu de résidence. Il doit se présenter, munis d’une feuille de route, aux autorités locales des communes identifiées sur leur itinéraire.
Le maire de la commune de Lisle est prévenu par courrier de l’arrivée de l’ancien bagnard, ce qui lui permet de mettre en place des mesures d’accueil et de surveillance. Il lui est également précisé la profession de l’ancien détenu, ici charron, afin de savoir s’il peut prétendre à des moyens d’existence dans la commune. Deux membres de la famille Picot exercent la profession de charron sur le bourg de l’Isle, il s’agit d’Arnaud et Antoine Picot, 38 et 53 ans.
En réalité, le choix du lieu de résidence ne dépend pas toujours du détenu et peut être assigné par les autorités. Antoine ne rompt pas le ban, en d’autres termes, il ne quitte pas le périmètre géographique qui lui est été imposé.
Le 28 aout 1854, Antoine se marie à Lisle avec Elisabeth Chauvin, 53 ans, née à Tocane le 29 Germinal an 10, servante à Bussac, fille majeure et légitime de Guillaume Chauvin, décédé à Léguillac-de-l’Auche le 06 mai1822, et d'Anne Lagarde, décédée à Mensignac le 05 février 1838. Un contrat est passé le 8 aout 1854 entre les deux époux devant Maitre Fourgeau, notaire à Lisle.
Le recensement de 1868 note encore la présence d’Antoine Lejeune, 64 ans, charron, et son épouse Elisabeth rue de Périgueux. Le 4 juin 1874, Antoine, 70 ans, décède à la Chapelle Mouret, à 5 km au sud de Terrasson chez son fils Jean-Eugène, huissier.
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| Belleyme |
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| Carte de Belleyme |
Mais il faut être prudent dans la démarche, en effet l’article à tout à fait pu se « greffer » sur un ancien toponyme, en période occitane, après l’an mil.
Armagnac
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| Saint Astier |
L’épiscopat de Pierre d’Abzac débute à Lectoure en 1488, donc peu de temps après la fin de la guerre, et surtout après la fin des comtes d'Armagnac en 1473 et la destruction de leur chateau de Lectoure, en ce même temps, un autre d’Abzac, Pierre Ier d’Abzac, est prieur commandataire du prieuré de La Faye, à Léguillac de l’Auche, situé à environ 2km du lieu-dit Armagnac et 1km 800 de la Font Chauvet. Pierre 1er a vraisemblablement fait appel à Pierre V afin de lui procurer quelques laboureurs pour cultiver les terres du prieuré, en friches, dévastées.
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| Saint Gervais Lectoure |
Baby

Belair
Béniveau
Les Biarneix
Blanchou
Boudeau
au But
Jean de Testard est seigneur du But, en 1647. Dans l’Armorial de la noblesse en 1789, la famille De Testard est mentionnée « du But », de « la Caillerie », de « Perpezac ».
Caroly
Cayot
La Chabanne
Aux Champs
La Croze
Fareyroux
Faucherie
La Faye – prieuré de
Faya issu du latin « fagia », faja ou faia est une hêtraie, francisé en Faye.
Domus de Faya en 1209, Sancta Maria de la Faia en 1224, écrit Fagia en 1240 (Lespine vol. 33).
Le 13 octobre 1304, le prieur Gérard de la Serre, reçoit la visite de l’archevêque Bertrand de Goth, le futur pape Clément V, pape du procès de l’Ordre du Temple, sous Philippe le Bel.
1481- Série H des archives départementales de Périgueux - 9H6 – Acensement du moulin de Sieurac à Razac sur l’Isle.
A partir de 1499, 8 membres de la famille d’Abzac sont prieurs.
Guillaume, conseiller en la cour du parlement de Bordeaux, chanoine de Saint Front, Hugues en 1505, Pierre, pronotaire du Saint Siège, prieur commandataire en 1510, 1518, George, chanoine de Saint Front, prieur commandataire entre 1536 et 1538, Jacques, entre 1528 et 1544, Jean lui succède. On retrouve à nouveau Georges en 1587. Jean en 1638, puis Pierre d’Abzac en 1685, 1692 et 1724, que l’on rencontre tout au long des archives.
1711- 1752 - Série H archives départementales - 9H3 - Liève de rentes et comptes de métayage.
1326 - 1770 - 9H4 - Rentes foncières à Léguillac de l’Auche
1767 - 1770 - 9H5 – Arpentements à Annesse, Beaulieu, Chantérac, La Chapelle Gonaguet, Mensignac et Saint Apre.
En 1692, dans Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Messire Pierre d’Abzac, abbé de La Douze, prieur commendataire du prieuré de La Faye, habitant le prieuré, se plaint de ce que depuis quelques mois les habitants des villages du Chalard, de la Chabanne et de Chignac, paroisse de Mensignac et Beaulieu, voisins de la forêt de La Faye, vont y commettre des dégâts considérables, y coupent beaucoup d’arbres par le pied, chênes et châtaigniers, en ébranlants d’autres, emportent beaucoup de bois de brasse et des fagots de chênes. Le plaignant veut avoir réparation d’un si grand préjudice.
En 1752, le prieuré possède 68 tenances réparties sur les paroisses d’Annesse, Beaulieu, Chanteyrac, Laiguillac, Mensignac et Saint Apre.
19 tenances appartiennent à la paroisse de Léguillac de l’Auche, sans compter quelques lieux disparus aujourd’hui.
Cote aux Archives Départementales : 12 J 365
Le prieuré de La Faye est situé au nord-ouest du bourg de Léguillac-de-l'Auche.
Le prieuré a été modifié avec la construction des tours et les percements de l'aile sud aux 17ème ou 18ème siècles. L'église a été détruite à la Révolution. L'ensemble est constitué de quatre bâtiments fermant une cour carrée dont l'entrée à l'ouest est défendue par un châtelet.
Le prieuré Augustinien de la Faye, l’élévation ouest, le châtelet, l’élévation sur le jardin, l’ancienne abbaye et l’ail de la chapelle du Moyen age, sont référencés sur le site de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine, sont, tout ou partie, sous protection archéologique.
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| Abbaye de la Couronne - Charente |
Le hameau de la Faye se situe à 1km 300 de Léguillac de l’Auche à environ 125 mètres d’altitude.
La Font de l’Auche
Fontchauvet
Le hameau de Fontchauvet, est écrit Fontchauve sur la carte de Cassini, Fontchauvet sur Belleyme, Fon Chauve sur le plan Napoléonien et Fontchauvet sur la carte Ign.
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| Vallon de Font Chauvet - au fond Léguillac de l'Auche |
1) A moins que le toponyme soit lié à l’une des deux périodes de défrichements qui eurent lieu après l’an 1000. En effet, Font Chauvet se situe à quelques centaines de mètres du Moutot, - voir article sur « Le Moutot », ancien site du premier fortin en bois construit vers l’an mil. La petite colline fut entièrement déboisée pour recevoir l’enceinte du fort.
De même en Haute Vienne sur le territoire de Saint-Julien le Petit existait une motte castrale, "coiffée" d'un château vers l'an mil. A proximité de la motte est mentionné le lieux-dit Fonchauvaux.
Monsieur Serge Avrilleau note en avril 2012 :
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| Ign actuel |
4) On pourrait penser, de même, avec la proximité du prieuré Augustinien de la Faye que les moines, dont la tonsure est apparu dès le 6ème siècle, connaissaient le point d’eau, en effet, la Font Chauvet est une tenance du prieuré attestée en 1752 - Cote - 12 J 365 – des archives de château de Borie Petit.
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| Au fond du vallon se situait la Font Chauvet et le hameau |
Il s’agit de rentes en argent, en froment, seigle, avoine, gélines, journées d’homme à la volonté du seigneur, de deux à cinq par an, taille aux quatre cas de 10 ou de 20 sous, et moitié de l’acape à chaque changement d’héritier. Parfois le seigneur, ou prieur se réservent une partie des tours, étangs, garenne et colombier du repaire, comme en 1460, sur l’accence de la Vigarie à Sanilhac.
Girondeau
Glenon
Les Granges
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| Cultures près des Granges |
Ferronie (Grange de)
La Grezerie
Jalabrou
Labat
Linard
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| Le lin |
le Maine
Maison neuve
Martinie
le Mas
Merlet
Mondy
Le Moulin du Prieur
Le Moutot
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| Photographie 1949 |
Le sommet dénudé sur la photo, est occupé par une forte palissade, au centre duquel se situe un fortin en bois, en rouge, muni d’une tour de guet, l’ancêtre du donjon.
L’hypothèse Scandinave :
les Plantes
Pépinie
Pommerede
Poude
La carte de Belleyme mentionne « La Poude » en 1776, par contre le hameau n’apparait pas sur la carte de Cassini en 1756. Sur le plan cadastral Napoléonien, Poude est mentionné « à Poude », puis le hameau n’est pas désigné sur la carte Ign, seules les habitations apparaissent.
Puychaud
Sirieix - ou Boscus Marbu ?
Le Sol du Dyme
Dans l’Armorial de la Noblesse, en 1789, Messire François Laulanie du Grézeau, écuyer, est seigneur des Tuilières, paroisse de Léguillac de l’Auche.
Veyriéras












































































































































































































































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